‹ BlançayChapitre 2 sur 70 · Partie I · Chapitre 02

Partie I · Chapitre 02

J’étais sorti de chez eux à six heures du matin. Il en était quatre après midi, que je n’avais pas encore cessé de marcher, parcourant toutes les rues de Paris, sans penser seulement que je marchais, sans même sentir le besoin que j’avais de que j’avais de manger. Enfin, excédé de fatigue, je cherchais un endroit pour me reposer, lorsque je me trouvai devant une Église. J’y entrai. Il y avait une quantité de chaises, mais je n’avais pas trop d’argent, et on m’aurait arraché celle que j’aurais osé prendre. J’allai m’asseoir sur les marches d’une chapelle. Il s’était écoulé une heure à-peu-près, quand je m’apperçus que l’Église s’était remplie de monde. La conversation de ceux qui m’environnaient m’apprit que l’on alloit prêcher ; que le sujet du sermon serait la charité chrétienne ; enfin, que le prédicateur était l’Abbé Fulgens.

J’avois vu souvent venir chez mes Professeurs un Abbé de ce nom, qui possédait de très-gros bénéfices, qui était accueilli dans les plus grandes sociétés, et qui même disposait à son gré de plusieurs personnes puissantes. — « Si ce pouvait être lui » ! dis-je en moi-même. Le prédicateur parut au moment où je formais ce vœu. C’était effectivement l’Abbé que je connaissais.

Àsa vue, un rayon d’espoir pénétra dans mon ame. Cet espoir augmenta encore, et alla toujours croissant pendant son sermon, qui était écrit avec toute l’énergie imaginable. Lorsqu’il fut fini, je courus vîte à la sacristie, pour instruire M. l’Abbé de mes malheurs ; mais hélas ! le Prédicateur et l’Abbé étaient dans le même homme, deux êtres bien différens. L’esprit avait fait le sermon ; le cœur n’entendit pas mes plaintes. L’Orateur, qui venait de déployer toute la chaleur du sentiment, m’écouta avec tout le froid de l’insensibilité ; et le ton d’onction apostolique, qu’il avait eu dans la chaire, fit place au ton dédaigneux d’un protecteur qui refuse.

Un laquais étant venu dire à M. l’Abbé, que Madame la Duchesse l’attendait, il s’élança hors de la sacristie, avec l’élégante légèreté d’un agréable, et sortit avec la Duchesse, au milieu d’une foule de pauvres qui tendaient la main, et qui n’obtinrent seulement pas un regard.

Page 1