Partie I · Chapitre 23
Àla première Église, Sans-Regret ne manqua pas à ce qu’il avait promis. Nous entrâmes. En vérité, dans tout autre, endroit, j’aurais ri de son air gauche.
Sa main toute entière baignée dans le bénitier ; son embarras, sa mine d’ivrogne à laquelle il tâchait de donner un air décent ; son œil de sacripan qu’il voulait forcer d’exprimer la contrition ; la roideur avec laquelle il se mit à genoux ; son sabre à plat sur le pavé, son chapeau par-dessus, ses mains jointes sur sa poitrine :
« Mon bon Dieu », dit-il à demi-voix, « je ne suis pas seulement digne de te prier ; je suis un trop grand vaurien pour ça, je le sais bien ; et il faut que tu sois aussi bon que tu l’es pour ne m’avoir pas encore exterminé : mais c’est égal. Permets-moi seulement de t’en remercier, ainsi que du bonheur de Bernard.
» Camarade », en s’adressant à moi, « auriez-vous quelque livre d’oremus ? car je n’en ai jamais su ».
En sortant, il apperçut un tronc pour les vieillards : il y mit toute sa monnaie. Nous fîmes comme lui. À la porte, une vieille femme, soutenue par des béquilles, étendit une main estropiée. « Vas trouver ton Curé », lui dit Sans-Regret ; « nous avons mis toute notre monnaie dans le tronc. — Hélas » ! répondit la femme. — « Comment, hélas » ! reprit Sans-Regret. « Est-ce que cela ne serait pas distribué en toute justice ? Si je le croyais, je rentrerais tout de suite pour ficher le tronc en déroute. — Il vaut mieux croire », lui dis-je, « que l’on n’y met pas assez. — À la bonne heure. Demain, je repasserai par ici, et j’aurai de la monnaie ; entendez-vous, la bonne » ?