Partie I · Chapitre 24
Je ne peindrai pas la joie de la bonne mère Simplet, lorsqu’elle nous vit arriver ; et qu’elle sut que son petit-fils était ce même Bernard qui m’avait obligé si noblement. Elle courait de ses bras dans les miens ; elle nous nommait ses deux enfans… — « Et moi donc », dit Sans-Regret, « est-ce que je n’aurai pas ma part de tout cela ? Allons, embrassez-moi comme eux, car je veux être aussi de la famille. Je sais bien que je ne lui fais pas-là un grand cadeau ; mais c’est égal. Pour ce qui est du bon cœur, je mérite d’en être, et mille bombes m’écrasent plutôt… (Il accompagna l’expression d’un grand coup de plat de sabre sur la table, qui fit trembler la mère Simplet.) « Ah ! pardon, ma bonne mère ; mais, tenez, c’est que je jure d’vous aimer toujours comme si j’étais votre fils. Allons, notre mère, que j’vous embrasse ; et dites-moi vîte où l’on vend le meilleur vin du quartier ».
On le lui enseigna. Il y courut, et revint avec tout ce qu’il fallait pour une collation. À force de le surveiller, il fut assez sobre ; et, quand nous nous séparâmes, il avait encore sa raison.
Le soir, Justine rentra moins triste qu’à l’ordinaire. — « Je les ai vus tous deux ; et pendant toute la journée. — Et moi, j’ai retrouvé mon petit-fils. C’est ce même Bernard. Il était encore là tout-à-l’heure. » Quand elle eut raconté l’anecdote en détail : — « Hélas ! dit Justine, n’y aura-t-il donc que moi ?… ». Elle en aurait dit davantage, si je n’avais pas été là. — « Prends courage, mon enfant », lui dit la mère Simplet. « Il ne faut jamais se défier de la bonté du Ciel. Tu le vois, c’est au moment où l’on y compte le moins… »