Partie I · Chapitre 27
« Vous-même » ? dit Lisbeth. « Ah ! ce sera bien moi, ne vous déplaise. Monsieur m’avait déja lu votre lettre. J’avais bien entrevu que votre plan était de me renvoyer : ce que vous venez de dire me le confirme ; mais vous rayerez cela de vos tablettes, s’il vous plaît, car, pour moi, je ne vous quitte pas, voyez-vous » ?
— « Je suis bien sensible, ma chère Lisbeth, à cette preuve de ton attachement ; mais je ne suis plus en état… — De quoi ? de me garder ? Je vais vous prouver que si. Vous ne quittez pas votre logement ? — Non ; il n’est pas assez cher… — Vous pouvez me laisser ma chambre ? — Tant que tu voudras. — Eh bien ! voilà tout ce que je vous demande. Le tems que nous gagnerons par la vie tranquille que vous allez mener, je l’emploierai à broder ; il me vaudra pour le moins autant que des gages. — Mais, Lisbeth… — Mais, Madame, vous savez comme je suis entêtée : je n’en démordrai pas. Vraiment oui ! je souffrirai que ces jolies petites mains aillent écumer un pot, et toucher des oignons ! que ce joli teint aille se griller devant un fourneau ! Non pas, Madame, non pas, s’il vous plaît. Allons, invitez bien vîte Monsieur à dîner pour demain ; il me tarde de lui prouver que je suis assez bonne cuisinière. — Je n’ai pas besoin de l’inviter. Il est chez une tendre amie, qui ne comptera plus de momens d’existence que ceux qu’elle passera avec lui ».
Un baiser fut le garant de ce qu’elle disait ; un baiser en fut aussi le remercîment.
« Voilà qui est au mieux », dit Lisbeth, « nous avons été riches jusqu’à ce jour : à présent nous allons être heureux ; car moi, il y a un certain Bernard… suffit, suffit ».