Partie I · Chapitre 31
Bernard voulut l’interrompre. — « Sarpebleu, mon camarade, ne viens pas mettre ta délicatesse à la traverse de ma volonté. C’est arrêté comme ça dans ma tête. Tu me ferais dix saignées que je n’en démordrais pas. Allons, à ta santé à celle d’la future. À propos, si nous chantions le trin-trin ? — Volontiers », dit Bernard. « Va pour le trin-trin », dit la mère Simplet. « Je parie qu’il faudra faire chorus, et puis trinquer, et puis boire, J’aime ces chansons-là, moi ; pourvu que vous ne me fassiez pas plus boire que je ne voudrai, car n’faut pas se griser. Vous entendez bien, Monsieur Sans-Regret. — Oh ! que oui, la maman. Je vois bien que vous me coulez-là une leçon sans que ça paraisse ; mais c’est égal. Vous avez raison, et je serai sobre, je vous le promets. Chantons toujours ».
RONDE.
Nous répétâmes tous les quatre derniers vers, en marquant la mesure et l’intention du troisième par le choc de nos verres entre eux, tandis que Sans-Regret faisait sa partie avec le sien contre une bouteille. Nous en fîmes de même à chaque couplet.
II.
Pastourelles et pastoureaux
Aiment entendre le murmure
Et des zéphyrs et des ruisseaux
Quï vont caressant la verdure.
Mais moi qui n’aime que le vin,
Un seul bruit flatte mon oreille :
C’est le trin-trin ; c’est le trin-trin
De mon verre et de ma bouteille.
III.
Un orchestre a seul des attraits
Pour l’amateur de la musique.
Les frons, frons, frons de vingt archets
Pour lui sont un plaisir unique.
Mais moi qui n’aime que le vin,
Un seul bruit flatte mon oreille :
C’est le trin-trin ; c’est le trin-trin
De mon verre et de ma bouteille.
IV
L’attente d’un billet galant
Occupe-t-elle une fillette ?
Le cœur lui bat quand elle entend
Le pan, pan, pan de la claquette.
Mais moi qui n’aime que le vin, etc,
Pour le guerrier, dans les combats
Tambours, clairons, artillerie,
Et des armes tout le fracas,
Voilà la meilleure harmonie.
Mais quand il est dans un festin,
Un seul bruit flatte son oreille :
C’est le trin-trin ; c’est le trin-trin
De son verre et de sa bouteille.
« Pardi ! vlà qui est bien gai », dit la mère Simplet. — « Oui », dit Sans-Regret ; mais ce qui ne l’est pas, c’est que je joue de mon reste. Allons, buvez tous à notre bon voyage ; car voilà notre tems expiré. Faut que nous rejoignions ».
En effet, ils partirent le surlendemain. Nous pleurâmes tous en embrassant Bernard. Nous avions formé le projet de le conduire jusqu’à quelques lieues de Paris ; mais il n’eut pas son exécution : je fus retenu par le travail d’une place que j’avais depuis quelques jours. C’était celle de Secrétaire de M. d’Arleville le père, que son fils, à la recommandation de Julie, avait obtenue pour moi.