‹ BlançayChapitre 37 sur 70 · Partie II · Chapitre 01

Partie II · Chapitre 01

Quelque tems après, je retournai à la campagne ; mais ce fut pour aller à la terre de M. d’Arleville : et quelle différence ! Ce n’est pas qu’il ne fût beaucoup aimé, ainsi que ses deux enfans : mais la réputation de Madame d’Arleville l’y avait précédée. Cependant, comme elle n’y était pas encore venue, on lui fit les honneurs que l’on crut devoir à la nouvelle épouse d’un Seigneur que l’on chérissait. Tout le village vint au-devant d’elle : mais on n’avait pas cet air empressé qui fait tout le charme des hommages : le respect seul avait dicté la harangue du Bailli : et ce qui marquait encore plus, c’est que, dans les phrases qui s’adressaient à M. d’Arleville et à ses deux enfans, on retrouvait l’expression du sentiment. Leurs yeux disaient à l’observateur attentif : « Quel dommage que ce brave homme ait cette femme-là pour épouse ! Nous étions heureux. Il y a bien à craindre à présent que nous ne le soyons plus ». Les plus malins regardaient alternativement la Dame et l’Abbé Fallacio, (qu’elle menait par-tout) et semblaient dire : « Voilà sûrement celui dont on nous a parlé ».

Madame d’Arleville répondit à la harangue du Bailli, par deux ou trois mots qu’elle appela un remercîment : puis s’informa s’il y avait de la piété parmi ses vassaux, enjoignit au bon Curé Francir d’y tenir la main, promit sa bienveillance à ceux qui prieraient le plus : tout cela brodé de quelques phrases mystiques, et dit du ton de dignité d’un être supérieur qui veut bien descendre de sa sphère. Elle finit par donner au Curé diverses choses pour l’ornement de l’Église. Adèle était allée se mêler parmi les villageoises, qu’elle embrassoit bien cordialement, donnant aux jeunes des rubans ; aux vieilles, des croix, des boucles, des colliers…… Son frère, entouré des hommes, leur parlant avec cette affabilité si puissante sur l’inférieur, leur annonçait que, le Dimanche suivant, son père donnerait des prix pour la course, et que l’on danserait ensuite.

La joie revint animer la physionomie de ces braves gens, mais ils regardaient toujours M. d’Arleville, avec l’air de dire : — « Quel dommage qu’une aussi bonne Demoiselle, qu’un aussi bon jeune homme aient une pareille belle-mère » !

Il n’y eut que quelques vieilles femmes, dévotes aussi, mais de bonne foi, qui, sachant qu’elle allait tant à l’Église…… Il s’en faut qu’elle en rabattît dans un endroit où elle voulait donner l’exemple. Tous les jours, elle y passait trois ou quatre heures. Le Dimanche, elle y resta presque toute la journée, persuadée qu’au respect pour son rang, ses vassaux joindraient la vénération pour sa piété. Elle se trompait. Nulle part on n’est dupe long-tems de la fausse dévotion. Dès que l’office fut fini, en laissa la béate dans son banc seigneurial, et pendant qu’elle feuilletait ses livres, on était déja au château, disputant le prix de la course, et dansant sous les marronniers de la grande cour.

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