‹ BlançayChapitre 38 sur 70 · Partie II · Chapitre 02

Partie II · Chapitre 02

Au lieu de la prétention de briller qui préside aux bals de la ville, on n’avait là que le desir de s’amuser. On y dansait de tout son cœur ; le ménétrier jouait de toute sa force, et la vraie gaieté animait tout le monde. Au lieu de ces tables de jeu, auxquelles vont combattre, pendant toute une nuit, ceux qui ne dansent pas, les mères et les vieillards, assis sur des banquettes, encadraient le tableau et ajoutaient à son effet. Enfin, chacun des rubans qu’Adèle avait donnés aux jeunes villageoises, nouait une collerette et parait un chapeau… Est-il surprenant qu’au village la moindre assemblée devienne une fête ?

C’était pour moi qu’elle en était véritablement une, pour moi qui dansais avec Adèle. Chaque fois que nos mains se touchaient…… nous n’avions pas, comme à la ville, de ces gants, qui exigent un serrement décidé, auquel la pudeur se résout difficilement. Nos mains étaient nues, le moindre frémissement était senti. Et puis ce terrein inégal qui, en mettant de l’incertitude dans les pas, forçait, pour les assurer, de s’appuyer un peu sur la main du danseur…… Je ne sais si mon imagination me trompait, mais elle me rendait bien heureux, et je me livrais à tout le charme de ces illusions, lorsque Madame d’Arleville revint, suivie d’un laquais portant sa bibliothèque d’Église, ses carreaux, son épagneul…… Elle entend la musique, apperçoit la danse, arrive furieuse, fait renverser l’orchestre ; et, s’en prenant à tout le monde : — « Comment, Monsieur d’Arleville, vous autorisez de pareilles choses ! Et vous, Mademoiselle, c’est comme cela que vous vous respectez ! Danser comme une folle au milieu d’un tas de paysans ! Vous profitez bien des exemples que je vous donne ».

En un instant, la jolie assemblée fut dispersée.

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