‹ BlançayChapitre 39 sur 70 · Partie II · Chapitre 03

Partie II · Chapitre 03

Nous ne fûmes pas quittes aussi promptement des aigres et pieuses remontrances de Madame d’Arleville. Le Curé, qui fut mandé, ce bon M. Francir, en fut le principal objet. — « Il était inconcevable qu’un homme de son âge permît des plaisirs aussi profanes ! — Madame, les malheureux, que le sort condamne à des travaux pénibles, seraient bien à plaindre, si, après une semaine entière de travail, ils n’avaient pas un jour de récréation. — Monsieur le Curé, l’Écriture dit un jour de repos. — Cela est vrai, Madame, mais, pour l’homme que l’habitude de la fatigue rend actif et robuste, un repos absolu serait une peine, au lieu d’être un dédommagement. — Comment ! Monsieur le Curé, vous mettez de la prétention dans vos réponses ! Vous feriez mieux d’en mettre à convaincre vos paroissiens, que le Dimanche est entiérement destiné à prier. — Madame, pour obtenir assez, il ne faut pas exiger trop. L’enfant qui revient de l’école, embrasse son père, lui fait quelques caresses, puis va se livrer aux amusemens de son âge. Si on exigeait que le tems qu’il leur destine, il le passât tout auprès de son père, croyez-vous qu’il mît la même ferveur dans ses caresses ? — Il est bien étonnant, M. Francir, qu’à votre âge, vous ayez un esprit de tolérance aussi dangereux dans un Pasteur. — Plus on vieillit, Madame, plus on doit devenir indulgent. L’expérience ne sert qu’à prouver les abus de l’intolérance, et j’aime mieux être entouré d’enfans qui m’aiment comme un père, que de gens qui me craindraient comme…… — M. le Curé, finissons un verbiage inutile. Je suis trop instruite sur cet objet, pour que vos phrases puissent ébranler mes principes. Il n’y a qu’un mot qui serve. Je prétends que vous défendiez les jeux et toute espèce d’amusemens, le Dimanche. — Je suis fâché, Madame, de ne pouvoir faire ce que vous desirez : mais je n’agis jamais contre ma façon de penser. — Vous êtes bien hardi, Monsieur, de me tenir tête sur un pareil sujet. Comptez que j’en porterai des plaintes. Eh ! qui aura donc de la religion, si les Pasteurs eux-mêmes…… Cela est affreux ! Grand Dieu ! quel siècle ! quelle perversité ! Monsieur, le Curé, je vous reverrai quand vous aurez adopté d’autres principes. — Madame, ce ne serait pas ce motif-là qui m’en ferait changer ».

M. Francir sortit, en faisant un salut si expressif, que, pendant quelques minutes, Madame d’Arleville fut comme suffoquée. — « Grand Dieu » ! dit-elle enfin, « qui pourrait croire de pareilles choses ? Et l’on s’étonne que les Seigneurs ne répandent pas le bonheur dans les campagnes ! Ce serait une si grande jouissance pour moi, que de rendre tous mes vassaux heureux ! mais non ; ils ne savent l’être que dans le péché. Et leur Pasteur encore, qui au lieu de les éclairer…… Il n’y a plus ni piété, ni vertu sur la terre ».

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