‹ BlançayChapitre 42 sur 70 · Partie II · Chapitre 06

Partie II · Chapitre 06

La Fleur sortit au plus vite. En sortant, il laissa la porte ouverte : j’étais devant cette porte : le lit était en face ; le jour d’une fenêtre portait précisément sur le visage de celui qui occupait le lit, et ce jour me fit reconnaître Bernard. Le reconnaître et m’élancer vers lui, fut l’ouvrage d’un seul instant. Son camarade, celui qui avait si bien accueilli la Fleur, c’était notre cher Sans-Regret, qui, après les premiers momens d’effusion, voulait absolument aller au village voisin célébrer la rencontre avec une ou deux bouteilles. Je refusai, donnant pour excuse, qu’il me faudrait partir dès que la voiture serait raccommodée. — « Est-ce que vous êtes avec cette…… » ? Je lui mis la main sur la bouche, en lui disant qu’il pourrait me faire beaucoup de tort.

Bernard lui prescrivit de se taire, et voulut même, à ma considération, faire une politesse à Madame d’Arleville, en se levant tout de suite pour céder la chambre. Sans-Regret ne le lui permit qu’après bien des assurances qu’il nétait plus malade.

C’était une colique que Bernard avait eue. — « C’est bien étonnant », dit Sans-Regret, quand nous fûmes dans le jardin, où nous allâmes pour laisser toute la chaumière à la disposition de Madame d’Arleville, « c’est bien étonnant qu’il ait eu cette colique-là ! Dans l’endroit où nous avons couché cette nuit, il n’y avait que de la mauvaise bière, de la mauvaise eau : il n’a pas voulu se résigner, comme moi, à ne boire que de l’eau-de-vie. Il est vrai que je m’étais bien conditionné ; mais lui, il souffrait comme une malédiction. Heureusement qu’nous avons trouvé cet honnête jeune homme qui nous a amenés chez lui, et qui a eu bien soin de Bernard ; car, moi, faut en convenir, je n’étais pas en état d’çà ; mais c’est égal ; j’ai fait un somme, y n’y paraît plus, sinon que je suis bien altéré ».

Je l’interrompis, pour lui demander par quel hasard je les rencontrais-là. — « Tiens » ! dit-il, « est-ce qu’il ne le sait pas » ? — Bernard m’apprit que Julie avait donné à Lisbeth de quoi lui acheter son congé, pour qu’il pût l’épouser. En comparant les dates, je vis que c’était le premier usage qu’elle avait fait des bienfaits de M. de Sermeuil.

« Pour moi », dit Sans-Regret, je n’ai obtenu qu’un petit campos pour accompagner Bernard. C’est ici qu’il faut nous quitter ; mais je n’veux pas le laisser malade, et, avant que nous nous séparions, faut réchauffer avec du bon vin ces maudits glaçons qu’il a bus hier. Moi-même j’ai soif comme une canicule…

On vint me chercher pour partir. La dévote n’était pas patiente : je n’eus que le tems de les embrasser.

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