‹ BlançayChapitre 43 sur 70 · Partie II · Chapitre 07

Partie II · Chapitre 07

« Vous connaissez ces gens-là » ! me dit Madame d’Arleville, en plaçant à la fin de sa phrase le même point que l’on met après le mot fi ! — « Oui, Madame. L’un des deux est mon meilleur, mon plus cher ami ». J’ajoutai le récit des preuves que Bernard m’avait données de l’excellence de son cœur. — « C’est bien », me dit-elle, « de ne point oublier ces choses-là. Il faut le rembourser. — Il y a long-tems, Madame, que la dette d’argent est payée ; mais celle de la reconnaissance, rien au monde ne pourra jamais l’acquitter. — À la bonne heure ; mais vous voilà dans une autre sphère. Vous ne pouvez plus avouer de pareilles gens. — Dans quelque rang que la fortune me place, je me ferai toujours honneur d’un ami comme Bernard. — Songez qu’en voyant des gens au-dessous de soi, on peut se faire beaucoup de tort. — Je ne peux le craindre que vis-à-vis de personnes dont l’opinion, dès ce moment-là, me deviendrait indifférente ». En prononçant ces derniers mots, je serrai un peu le ton. Un mouvement d’inquiétude que fit Pyrame, fixa, ou du moins eut l’air de fixer l’attention de M. d’Arleville.

Quelques instans après, l’ennui me faisant desirer que le tems avançât, je voulus savoir quelle heure il était. « Est-ce-là », me dit-elle, « cette fameuse montre ? — Oui, Madame » ; Elle la prit, l’examina avec un sourire dédaigneux ; puis me la rendant : — « M. Bernard n’était pas fastueux dans ses présens ».

J’ouvris la bouche pour répondre. J’eus la prudence de me retenir, et je fis bien. J’aurais fâché sans corriger. À quoi bon ?

Je m’empressai de remettre la montre à sa place, me reprochant comme un sacrilége de l’avoir exposée au mépris d’une profane.

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