‹ BlançayChapitre 44 sur 70 · Partie II · Chapitre 08

Partie II · Chapitre 08

Arrivé à Paris, je laissai Madame d’Arleville déployer toute sa sensibilité pour son Pyrame, et pendant qu’elle consultait les Médecins, je courus chez ma bonne mère Simplet. Comme j’allais ouvrir sa porte, je l’entendis chanter, et distinguant, dès les premiers mots, qu’elle improvisait air et paroles, je m’arrêtai pour écouter ; voici ce que j’entendis : La basse n’est pas, comme on pourrait le croire, une addition subséquente ; elle était formée par le ronflement sourd et chevroté du rouet qui s’alliait assez bien avec la voix tremblante et cassée de la chanteuse.

Nota. Cette basse étant faite pour un clavecin, si l’on veut la jouer avec un instrument qui ait de la tenue comme le violoncelle, il faut ne prendre que les notes de la basse fondamentale. On les a marquées ici, les noires par des points, les blanches par un signe qui leur ressemble.

« Oui, ma bonne mère, oui, vous allez être heureuse. Ce soir, sans faute, vous le verrez, ce cher Bernard. — Ô ciel ! c’est vous, mon cher enfant ! que je vous embrasse donc. Par quel hasard ?… Mais comment savez-vous que Bernard ?… — Je l’ai rencontré sur la route. — Cette pauvre Lisbeth ! comme elle va être contente ! Et sa maîtresse donc ! C’est elle qui a acheté le congé de Bernard, et c’est bien autant pour me rendre mon cher fils, que pour donner à Lisbeth le mari qu’elle aime. Allons vîte leur faire part… Laissez-moi donc passer ; je veux être la première à leur annoncer cette bonne nouvelle. » Et la voilà arrivant de toute la vitesse de ses jambes chez Julie, qui, avertie par le bruit précipité de sa béquille…… Mais elle n’a pas le tems de lui demander ce qui lui fait tant hâter sa marche… — « Il l’a vu. Il vient… Il n’a plus que six lieues…… Ce soir, sans faute, nous le verrons ». On se doutait bien que c’était de Bernard qu’il s’agissait ; mais ses idées étaient si bouleversées par l’excès de la joie, qu’on aurait pu être long-tems sans en être sûr, si je n’avais été son interprête.

Il n’est pas besoin de dire quelle fut la joie de Lisbeth. On se promit bien d’aller à la rencontre de Bernard. Je m’en faisais une fête ; mais Madame d’Arleville ne me permit point d’être de cette agréable partie.

Àforce d’argent, elle avait engagé un Médecin à venir soigner Pyrame, à la campagne, où cette pauvre bête serait plus tranquille, respirerait un air plus pur, etc. etc. Il fallut donc repartir tout de suite.

Je le rencontrai bien, ce cher Bernard ; mais la voiture dans laquelle je me trouvais n’était pas à mes ordres. Je ne pouvais seulement pas demander qu’elle allât moins vite et je n’eus que le tems de faire signe à Bernard par la portière. Mon meilleur ami retournait auprès d’une mère respectable, devenue aussi la mienne par ses bienfaits ? il allait unir sa destinée à celle de son amante : ma présence aurait mis, j’en suis sûr le comble à son bonheur, et je m’éloignais ! Cruelle nécessité d’engager sa liberté pour assurer son existence, à combien de sacrifices tu nous forces !

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