Partie II · Chapitre 11
Quelques affaires me fournissaient un prétexte pour ne pas être du voyage. Je les fis valoir avec toute l’adresse d’un amant qui craint de s’éloigner…… Jamais, non, jamais je n’aurais eu le courage de quitter Adèle. L’absence qu’elle venait de faire m’avait appris combien son existence était nécessaire à mon bonheur. À son départ, son frère et moi nous nous étions embrassés : la tante, qui les emmenait, et qui était de ces femmes du bon vieux-tems, en avait fait de même. Adèle était là ; j’avais osé faire un mouvement vers elle…… La bonne tante n’avait rien trouvé de si simple au moment d’un départ ; le père ne s’y était pas opposé ; mais Adèle avait paru craindre que je ne profitasse de l’occasion. J’avais deviné cette crainte, respecté sa rigueur, et trouvé dans son embarras un dédommagement auquel j’attachais le plus grand prix. À son retour, dans l’ivresse de sa reconnaissance pour tous les soins que j’avais eus de son père, elle avait fait vers moi un mouvement que la pudeur avait arrêté aussi-tôt ; mais j’avais apperçu l’intention, et mon cœur s’était livré plus que jamais à toutes les illusions de l’amour. En vain la raison venait-elle m’offrir son miroir. — « En quoi suis-je coupable » ? me disais-je. Seul je souffrirai de cette passion. Jamais Adèle ne saura…… ». Insensé que j’étais ! mes yeux lui disaient à chaque instant ce que ma bouche n’aurait jamais osé prononcer. Les siens… j’osais croire… Amour ! Amour ! comme tu te joues des faibles mortels ?
Le jeune d’Arleville fut plus courageux que moi. Il est vrai que la possession, la certitude d’être aimé, et d’un autre côté la tendresse filiale… Enfin il eut la force de quitter Julie pour accompagner son père.