‹ BlançayChapitre 5 sur 70 · Partie I · Chapitre 05

Partie I · Chapitre 05

La première fois que je me levai, je me rappelai, en prenant mes habits, cette collation de Bernard, qu’il m’avait donnée avec un air si pénétré de ma situation. Je trouvai dans ma poche une part toute entière. Le bon jeune homme n’avait rien mangé pour me tout apporter. Mais quelle fut ma surprise de trouver aussi une montre d’argent Elle lui avait été donnée par un pensionnaire qu’il avoit soigné pendant une longue maladie. C’était le seul bijou, l’unique bien que le pauvre Bernard eût au monde, et ne voyant que ma situation, ne consultant que son cœur, il s’en était privé pour moi, et avec quelle délicatesse !

« Le brave garçon » ! s’écria la vieille, quand elle sut la cause de ma surprise ; « le bon Dieu ne l’abandonnera jamais. Ah ! c’est bien beau, oui, bien beau de sa part ; si jamais je peux le rencontrer !… mais c’est une action de prince ; c’est plus encore, puisqu’il n’avoit que ça. Oh je veux, dimanche prochain, aller entendre la Messe à ce Collége-là, à l’intention de ce bon Bernard ; ensuite le voir, l’embrasser »…

Je l’interrompis, pour lui témoigner combien je souffrais de ce que mes jambes ne me permettaient pas d’aller, dès l’instant même, remercier Bernard, le serrer dans mes bras, publier son bienfait ; mais le conjurer de reprendre sa montre, que je ne pouvais garder sans abuser…

« Bien ! mon cher enfant », me dit la vieille, en m’embrassant ; « je vois que vous êtes un brave garçon. Le ciel vous maintienne toujours comme ça. Mais soyez tranquille ; j’irai dimanche. Nous sommes à vendredi ; cela ne fera que deux jours de retard ».

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