‹ BlançayChapitre 56 sur 70 · Partie II · Chapitre 20

Partie II · Chapitre 20

Le récit de mes malheurs et la part que mes bons amis y prenoient, adoucirent, pendant quelque tems, le sentiment de mes peines. Cet allégement fut un peu prolongé par un trait dont la montre de Bernard fut la cause.

Le jeune Péters, le lendemain de mon récit, revint de l’école sans chapeau, disant qu’il l’avait perdu ; mais qu’il attendrait bien aisément le printems, époque à laquelle il devait en avoir un neuf. On était alors dans le fort de l’hiver. Précisément, ce jour-là, il faisait un tems qui ne devait pas l’engager à attendre si patiemment le retour de la belle saison. Il tombait de la neige ; ses cheveux en étaient couverts, et chaque pointe portait son glaçon : il avait les oreilles rouges et très-douloureuses. Cependant, élevé comme tous les enfans devraient l’être, il ne fut pas grondé, mais on ne le plaignit pas ; et, puisque par son défaut de soin, il s’était privé du moyen de se garantir du froid, on trouva tout simple qu’il en endurât la rigueur.

Àpeine était-il arrivé, qu’une pauvre femme vint apporter son chapeau. C’était la mère d’un enfant qui avait une de ces maladies de tête auxquelles le premier âge est sujet. Il n’avait pour la couvrir, que les débris d’un bonnet. Cependant sa mère était infirme, et n’ayant que lui pour la servir, il fallait qu’il sortît souvent. Le jeune Péters l’avait rencontré, le matin, par le tems affreux qu’il faisait, et l’avait forcé de recevoir son chapeau. Je laisse à juger combien il fut caressé, quels éloges il reçut. — « Qu’est ce que cela », répondit-il, « en comparaison de ce bon Bernard ? — Ô Bernard ! m’écriai-je, « voilà encore une belle action qui t’est due ! Aimable enfant, vous lui ressemblerez, j’en suis sûr. Rendez-en grace au ciel. C’est la plus grande faveur qu’il puisse vous faire ».

M. Péters envoya acheter deux chapeaux, l’un pour l’enfant malade l’autre pour son fils. Le chapeau que celui-ci avait donné fut placé dans sa chambre, comme un tableau de famille, ou plutôt, comme un monument qui, en rappelant sa belle action, lui imposait l’obligation d’être toujours tel qu’il s’était montré dans cette circonstance.

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