‹ BlançayChapitre 61 sur 70 · Partie II · Chapitre 25

Partie II · Chapitre 25

J’avais pris un autre nom que le mien. Je m’étais déguisé autant qu’il n’avait été possible. J’eus en outre l’attention de n’arriver chez aucune personne de ma connaissance, craignant toujours l’effet de l’ordre du Roi. Bernard, que je vis avec toutes les précautions imaginables, pour ne pas nous exposer, m’apprit qu’un seul créancier avait remboursé tous les autres, et qu’avec trois cents mille livres, je pourrais libérer tous les biens de M. d’Arleville. Je courus chez ce créancier.

Quel fut mon étonnement d’apprendre que précisément, dans le même instant, on était chez lui, pour prendre des arrangemens ; que c’était une jeune Dame…… — « Je la connais », m’écriai-je, il n’y en a qu’une, il n’y a que Julie… ». Tout en disant cela je me précipite dans la chambre où elle était, doutant si peu que ce fût elle, que je me trouvai dans ses bras avant de m’être donné le tems de la reconnaître.

Après les premiers momens de surprise et de joie, après les félicitations de Julie sur ma nouvelle fortune, et les miennes sur le retour de sa santé, elle me dit avec la franchise d’une personne qui ne s’étonne point de la bienfaisance d’autrui, parce que la sienne ne lui coûte aucun effort ; elle me dit que j’arrivais bien à propos pour partager avec elle le bonheur de rétablir la fortune de M. d’Arleville. Seule, elle n’aurait pu acquitter qu’une partie des dettes ; mais en me chargeant d’une moitié, elle pouvait acquitter l’autre, moyennant l’abandon des trois quarts de son revenu. Je fis d’inutiles efforts pour qu’elle me laissât chargé de tout. Je ne pus pas obtenir qu’elle cédât même pour une partie. — « Ce qui vous restera de votre fortune », me dit-elle, « est nécessaire à votre bonheur. M. d’Arleville, auquel vous voulez sûrement, comme moi, laisser ignorer à qui il doit le rétablissement de la sienne, ne pourra avoir d’autre motif pour vous accorder la main d’Adèle, que le bien que vous posséderez. Pour moi, que m’importe, hélas ! d’avoir un peu plus ou un peu moins ? Riche ou non, toute espérance m’est interdite. Je dois renoncer au seul homme…… ! Mais ne parlons pas de cela. En s’occupant de son mal, on use son courage, et j’ai besoin de tout le mien. Oh ! oui, mon ami ! j’en ai bien besoin », ajouta-t-elle, en portant son mouchoir à ses yeux. Puis, se levant tout à-coup, elle alla trouver le créancier avec lequel nous avions à traiter.

L’arrangement fut bientôt terminé. Le même jour, nous envoyâmes à M. d’Arleville une quittance générale de tout ce qu’il devait, après avoir pris les précautions nécessaires pour qu’elle lui parvînt sûrement, et pour qu’il ignorât de quelle part elle lui venait.

Je passai le reste de la journée enfermé chez Julie, avec Bernard, Lisbeth, et ma bonne mère Simplet, qu’en arrivant j’avais trouvée devant sa vierge de plâtre, ornée de fleurs, et autour de laquelle brûlaient cinq ou six cierges, en action de graces de ma nouvelle fortune.

Je partis au milieu de la nuit pour retourner en Hollande. Le château de M. d’Arleville était presque sur ma route ; je ne pus résister au desir d’y aller. La vue d’un endroit où l’on s’est trouvé avec une personne chérie a toujours tant de charmes !

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