Partie II · Chapitre 29
Le soir, le Notaire fut mandé, pour dresser le contrat. M. d’Arleville voulait me reconnaître riche de…… Il allait stipuler la somme…… Je l’interrompis pour dicter moi-même cent mille écus.
Tout le monde resta comme pétrifié. « Comment ! que cela veut-il dire » ? Et quand j’eus raconté l’évènement qui avait changé mon sort. — « Mon père », dit Adèle du ton de l’inspiration, « tout est expliqué. Je suis sûre que sa fortune était bien plus considérable, et que c’est à lui que nous devons le rétablissement de la nôtre. Oui, j’en suis sûre ; c’est à lui ». Je voulus jouer l’étonnement ; mais M. d’Arleville et Justine adoptèrent cette idée d’Adèle, avec tant d’empressement, s’y livrèrent avec tant de confiance, que je ne savais déja plus comment me défendre, lorsque le Notaire acheva de m’en ôter l’espoir, en disant que c’était moi qui avais annoncé cette heureuse nouvelle.
Le secret que j’avais gardé sur mon voyage, le rapprochement des dates, ne laissèrent plus de doute ; et, quoi que je disse, jamais je ne pus les dissuader. — « Mon ami », me dit M. d’Arleville, « je voulais faire votre bonheur ; je vous dois le mien. Nous sommes dignes l’un de l’autre ».
Quand je vis qu’il n’y avait plus absolument aucun moyen de défendre mon secret, je voulus au moins ne pas m’approprier tout l’honneur d’une action dont la moitié appartenait à une autre. Je racontai le fait dans toute sa vérité. Ce fut une occasion heureuse de faire connoître à M. d’Arleville l’intéressante personne que son fils aimait. Il la jugea aussi favorablement que je pouvais m’y attendre. J’entrevis même qu’il n’aurait pas été fort éloigné de consentir que son fils l’épousât. Il avait trop appris, dans son malheur, à apprécier l’opinion, pour ne s’être pas affranchi de beaucoup de préjugés, et pour considérer dans ses semblables autre chose que leurs qualités personnelles.