Partie II · Chapitre 31
Le jeune d’Arleville, dont on avait attendu le retour pour célébrer mon mariage, desirait aussi bien impatiemment le moment où il pourrait s’échapper pour courir à Paris. Son père était allé le recevoir à son débarquement à Calais, ne l’avait plus quitté, et l’avait ainsi obligé de nous donner des momens que l’amour réclamait pour Julie. Il était d’autant plus pressé de la revoir, qu’aux inquiétudes dont on est toujours tourmenté loin d’une personne chérie, se joignaient celles que cause un silence prolongé depuis long-tems, il n’avait reçu aucune lettre de Julie. Il cherchait à se persuader que de fausses combinaisons entre son itinéraire et les jours de courrier en étaient la cause ; mais un secret pressentiment dont il voulait en vain se défendre…… Hélas ! il n’était que trop fondé. Julie avait quitté Paris.
J’avais espéré que moins timorée, à mesure qu’elle avait recouvré sa santé, elle avait abandonné le projet formé dans sa maladie. Mais elle l’avait exécuté à la réception de la lettre par laquelle d’Arleville l’informait de son arrivée en France. Bernard et la mère Simplet étaient avec moi ; elle avait éloigné Lisbeth, et enfin si bien choisi son moment, si bien pris ses mesures, que personne, absolument personne, ne savait le lieu de sa retraite.
Que devint l’infortuné d’Arleville lorsque Lisbeth toute en larmes lui remit cette lettre !
« Des raisons que je ne puis vous dire, me forcent à m’éloigner, à vous ôter même l’espérance de nous revoir jamais. Je vous paraîtrai sans doute bien coupable. Je vous assure cependant que je ne suis qu’à plaindre ; et que, si vous remplaciez par une opinion désavantageuse les sentimens que vous m’avez accordés jusqu’à ce jour, vous seriez bien injuste envers
Julie.