‹ BlançayChapitre 68 sur 70 · Partie II · Chapitre 32

Partie II · Chapitre 32

Ce fut en vain qu’il fit toutes les perquisitions imaginables. Il ne put rien apprendre, et revint au château, le désespoir dans l’ame. Bientôt il tomba malade. Long-tems nous tremblâmes pour ses jours. Son père, mon épouse et moi, nous souffrions plus de ses maux, que si nous les eussions éprouvés nous-mêmes. Cependant quelle distance encore de notre douleur à celle de Justine ! Je croyais que, dans les différentes situations où je l’avais vue, elle m’avait rendu témoin de tous les degrés de sensibilité ; mais elle n’avait pas encore tremblé pour la vie de son enfant. Ô nature ! nature ! quelle énergie tu donnes à la tendresse maternelle !

Il fallait voir Justine au chevet du lit de son fils, ne le quittant ni jour ni nuit, ne prenant ni nourriture, ni sommeil, lui adressant presque continuellement ces expressions douces, consolantes, qu’une mère seule sait trouver et employer, le couvrant de baisers à travers des ruisseaux pestilentiels de sueur, suivant ses moindres mouvemens, changeant d’attitude avec lui, recueillant ses soupirs, brûlante ou glacée, suivant qu’il éprouvait les ardeurs ou les frissons de la fièvre ; jusqu’à sa respiration que, dans les momens d’oppression qui accompagnaient les crises dangereuses, elle mettait à l’unisson avec celle de son fils…… Enfin on eût dit qu’elle et lui n’étaient que deux moitiés du même être. Le coup fatal n’aurait pas frappé l’une sans anéantir l’autre ; mais le ciel ne fut pas inexorable : il entendit les vœux de cette tendre mère, les nôtres. Le jeune d’Arleville ne fut point enlevé à notre tendresse.

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