‹ Château-GaillardChapitre 17 sur 45 · 1 · 15

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— C’est une dame, vint lui dire un matin son valet de chambre, une dame qui insiste pour voir monsieur.

Une dame ? Cela n’avait rien, en soi, d’invraisemblable : mais quelle dame ?

— Jolie ?

— Mais… oui, monsieur.

— Faites entrer.

En reconnaissant Charlotte Lehallier, il fit un soubresaut.

D’abord elle se jeta dans ses bras. Et ensuite :

— Eh ! quoi, lui dit-elle, depuis six mois, pas une lettre, pas une réponse ! Est-ce vrai ? m’avez-vous — non, cela n’est pas possible ! — aussi complétement méprisée, ou bien mon mari a-t-il surpris vos lettres ? Alors comment aurait-il attendu six mois pour éclater ?

Pendant cette rapide explosion, Jean avait repris ses sens, compris la situation et pris un parti. Pas un mouvement de pitié ne lui vint pour la femme qu’il avait perdue ; mais, en revanche, un mouvement de colère lui passa dans les veines : « Au diable les honnêtes femmes ! se disait-il, elles vous font de ces coups… » Ilse contint pourtant avec cette pensée : « Je ne veux pas, en ce moment, de scandale… et il faut mener les choses avec précaution. »

— Asseyez-vous, chère madame, s’écria-t-il en s’empressant cérémonieusement autour de la pauvre créature, vous paraissez souffrante… fatiguée…

— Souffrante ? fatiguée ? Ah ! Jean, m’aimez-vous encore ou ne m’aimez-vous plus ? c’est là tout.

Il sonna.

— Félix, à l’instant, un verre d’eau sucrée, de la fleur d’oranger. — Madame, je vous en prie, étendez-vous sur cette chaise longue, vous serez mieux. — Félix, une bûche au feu ! et cherchez, dans ce tiroir, un flacon de sels.

Tout en parlant et en maintenant son domestique à portée de la voix, Jean réfléchissait, examinait, en dessous, Charlotte, se donnait du temps.

— Monsieur votre mari est à Paris aussi, sans doute ? poursuivit-il.

Elle se dressa d’un bond, sur ses pieds, toute pâle et sans plus prendre garde au valet de chambre qu’à un meuble :

— Qu’est-ce que cela veut dire ? Ne me reconnaissez-vous plus, seulement ?

Il s’avança, lui prit la main, et d’un ton tendre et à voix basse :

— Oublie-t-on jamais une des plus charmantes créatures… que l’on ait aimées ? Mais… je n’aurais pas voulu vous perdre… et désespérer Marius.

Elle retomba de son haut sur la chaise longue, et cette fois éclata en sanglots, puis versa un déluge de larmes.

Jean se promenait à grands pas dans la chambre et laissait passer l’orage.

— Vous me savez tout dévoué, dit-il enfin ; que puis-je pour vous rendre service ?

Elle ne répondit pas ; aux sanglots et aux larmes succédait la prostration stupide.

— Voyons ! voyons… que puis-je pour votre service ?

— Oh ! mon Dieu !… mon Dieu !… Malheureuse ! balbutia Charlotte, à l’agonie.

En ce moment on frappa :

— Qui est là ? demanda Jean.

— Moi, Horace, parbleu !

— Ah ! bien ; entre. — Mille pardons ! chère madame ; c’est un ami auquel j’avais donné rendez-vous. Un second moi-même. — Madame Lehallier, femme d’un de mes meilleurs amis, eut l’audace de dire Château-Gaillard, en présentant Charlotte à Valdeuil.

De ce coup, la pauvre femme s’évanouit tout à fait, tandis que Jean se disait : « Maintenant, elle ne peut plus faire autrement que de retourner chez son mari ; si elle a fait quelque folie, elle s’arrangera ! »

Valdeuil avait trop d’usage pour paraitre comprendre la situation, il s’inclina, s’assit et prit un journal, tandis que Jean faisait respirer des sels à la malade.

En une seconde, les deux hommes eurent échangé un regard :

— Je te gêne ? veux-tu que je m’en aille ? disait celui d’Horace.

— Non, certes ! c’est la Providence qui t’envoie, répliquait celui de Jean.

Charlotte revint à elle, répara le désordre de sa toilette et réunit ses forces.

— Adieu, dit-elle. Et chancelante, elle se dirige vers la porte.

— Laissez-moi du moins votre adresse, que j’aille vous rendre votre visite, me mettre à vos ordres, réparer s’il se peut, nos folies…

Jean se réservait ainsi de s’informer indirectement de la situation et se ménageait du temps pour prendre un parti décisif.

— Mon adresse ? mon adresse ? balbutia la malheureuse, en s’appuyant au chambranle pour ne pas tomber. — Est-ce que j’ai une adresse ? J’avais jadis celle de mon mari — aujourd’hui, chassée comme une adultère, je croyais avoir celle de mon amant…

Elle éclata de nouveau, mais ce ne fut qu’une minute. Tout à coup, un feu sombre remplaça les larmes dans ses yeux ; elle se redressa, lâcha la porte, et descendit l’escalier d’un pas pressé.

Jean rentra dans sa chambre, le front plissé et en fureur.

— Sacredié ! que va-t-elle faire ?

— Veux-tu que je la suive ? demanda Valdeuil.

— Oui… va voir… va…

Déjà Horace était dans l’escalier.

Jean courut après lui. Tout à coup, une idée lui était venue :

— Tâche donc, dit-il, de savoir comment l’éclat est arrivé,… et viens me le dire ! — si je pouvais trouver moyen de la renvoyer !

Rentré dans sa chambre, il alluma un cigare, fuma quelques bouffées, puis le jeta avec humeur dans le foyer.

Cette arrivée soudaine de Charlotte, la situation nouvelle qui peut-être allait en résulter, tombaient mal à propos dans les affaires de Jean. Il n’aimait pas cette femme, il ne l’avait jamais aimée, et en ce moment, il aurait voulu la secouer et la jeter, comme il venait de secouer et de jeter son cigare. Un frisson de colère, même, lui parcourut les nerfs. Quoi ! il n’y avait pas là, près de lui, à sa portée, quelque oubliette béante, où il pouvait d’un geste précipiter la femme, le mari, et même le souvenir ?

Horace fut bientôt de retour.

— Ah ! les femmes ! s’écria-t-il, toutes les mêmes ! pas moyen de s’y fier ! Cette dame, mon ami, a eu un bel accès de repentir, pendant une maladie aiguë de son enfant. Elle s’est écriée que le ciel la punissait, que la mort de son fils serait l’expiation de son crime… Que sais-je ? Alors le mari…

La porte était entr’ouverte. Soudain elle fut poussée avec violence, et un homme — Marius — désespéré, furieux, hors de lui, sauta à la gorge de Château-Gaillard.

D’abord il y eut un silence. Marius suffoquait — Château-Gaillard voyait en face le duel, le scandale, la mort peut-être, et en tout cas, un coup de la destinée auquel il n’avait point pensé.

Puis, ce furent des vociférations, des injures de Lehallier. Horace entendit de la pièce précédente les éclats de voix, appela le valet de chambre, et tous deux séparèrent les deux hommes.

Marius hurlait comme une bête fauve, et de temps en temps, par un nerveux soubresaut, voulait s’élancer sur Jean. Celui-ci les dents serrées, les lèvres pâles, répétait par saccades : « Je suis à vos ordres… Je suis à vos ordres ! » et rien plus.

— Messieurs, ne prolongez pas cette scène cruelle, disait Horace de Valdeuil ; si un duel est nécessaire ! eh bien, laissez à vos témoins le soin de le régler.

— Un duel ! un duel ! put enfin crier Marius. Eh ! que m’importe un duel ? Si je suis tué, je laisse le misérable vivre triomphant avec ma femme… et mon enfant est orphelin… Si je le tue… que me sera la vie ?

— Pourquoi m’avez-vous arraché le pistolet qui devait me faire sauter la cervelle ? demanda Jean, dès qu’il put croire que Marius l’entendait. J’allais mourir plutôt que de trahir l’amitié… vous vous êtes jeté au travers de mon suicide, et m’avez enfermé sous votre toit, près de votre femme.

Enfin, Valdeuil parvint à les séparer et à emmener Marius Lehallier.

— Avez-vous des témoins ? des amis à Paris ? lui demanda-t-il.

— J’en trouverai — oui — merci ! balbutia le malheureux mari brisé, et dont le désespoir maintenant éteignait la fureur.

La situation faisait d’Horace de Valdeuil le témoin de Château-Gaillard. Il revint donc sur ses pas, et trouva Jean comme il l’avait laissé, les pieds dans ses pantoufles, l’air impassible, étendu dans un fauteuil et fumant.

— Eh bien ? lui dit-il.

— Eh bien ?

— Te voilà avec un duel sur les bras.

— Oui, cela me dérange en ce moment ; je ne voulais pas de scandale… Mais peuh ! qui sait ? les choses n’en tourneront peut-être pas plus mal… Alors, il faut casser les vitres. Aie-moi le marquis du H… pour second témoin, et, en avant les journaux !

— Jolie femme, d’ailleurs.

— Allons donc !… — ridicule ! Rien de sot, comme ces honnêtes femmes, quand elles se mettent à devenir amoureuses. Et, chose stupide ! cela leur prend toujours quand nous n’en voulons plus. Crois-moi, Horace, et retiens bien ce principe : Fuis, comme le feu, les honnêtes femmes.

— Sauf en mariage pourtant…

— Ma foi !…

— Ah ! tu ne voudrais pas être… j’imagine ?…

— Je ne voudrais pas être marié, d’abord ; et rien de plus facile que de ne se marier point.

— Enfin, il faut croire que tu as été amoureux de celle-ci toujours, sans quoi…

— Amoureux ? — Je vais te dire, mon ami ; et tu vas comprendre : j’étais soldat, j’arrivais d’Afrique…

— C’est une excuse.

— Mais non. Laisse-moi dire ; je ne m’excuse pas, je t’explique. En arrivant à Lyon, je vais voir Marius, mon camarade d’enfance, mon ami de l’École de droit ; il me reçoit à bras ouverts, et — comme on dit vulgairement, le cœur sur la main, tout comme si je lui étais apparu avec un train de prince. Je lui conte que je me suis engagé par désespoir d’amour… Il me dit qu’il s’est marié et me conduit à sa femme, fait des démarches auprès de mon colonel, pour m’obtenir une foule de faveurs ; entre autres, m’enlève de dessus le dos ma pelure de soldat, et m’emmène deux fois par semaine dîner en tiers, dans son ménage, à la campagne.

» Tu vois cela d’ici. La petite femme avait ce qu’elle doit avoir encore d’ailleurs, ce qu’elle aura toujours, devint-elle la plus enragée des bacchantes. Une tête de vierge, d’une candeur provoquante. Et elle aimait son mari pour de bon ; et elle avait un bébé de trois ans, toujours pendu à ses jupes. Enfin, quoi ! c’ était : le type de la famille : le mari, la femme, l’enfant. Il ne manquait qu’un aïeul en cheveux blancs sur le seuil. — Le moyen de ne pas avoir envie de faire changer d’expression ce placide visage ? de se passer la royale orgie d’absorber tout cela en une heure de plaisir ? Ce n’était pas la femme, mon ami, que je voulais : non, ma foi ! c’était l’ivresse de cet instant suprême. Après, va ! j’en avais assez. — Ne trouves-tu pas que c’est la chose la plus saugrenue du monde, une chose à faire mourir de rire, que de donner pour base à la famille, à la société tout entière, cette autre chose puérile et niaise qu’on appelle la vertu d’une femme ?

— Hum !… murmura Valdeuil sans répondre et levant sur Jean un regard de curiosité, qui ressemblait à une interrogation posée, non devant un fait, mais devant une idée.

— La sotte, répliqua Château-Gaillard, aura fait je ne sais quelle imprudence… elle m’a écrit, paraît-il ; son mari aura surpris ses lettres ; — de cette affaire quelqu’un au moins les aura lues !… — Mais, à propos, qu’as-tu fait de mon adorée ? Car me voilà une femme sur les bras, c’est certain ; et puisqu’il y a un duel et que l’histoire va devenir publique, il y faut mettre du décorum.

— Mais elle est là. Ton domestique et moi l’avons transportée dans une pièce voisine, cinq minutes avant l’arrivée du mari.

— Il ne l’a pas rencontrée ?

— Non.

— Si j’avais su !

— Justement il y avait sur ton carré un appartement à louer ; nous y avons porté ta chaise longue, un oreiller, un guéridon, le verre d’eau sucrée préparé… Mais, ton domestique ne te l’a-t-il pas dit ?

— Mon domestique n’entre jamais chez moi que je ne le sonne. D’ailleurs je te remercie : c’est fait, donc c’est parfait. Va voir le marquis, arrange tout, le choix des armes à Lehallier bien entendu. Ah ! tu serais la grâce même de louer pour moi, ce soir, une première loge à l’Opéra. Je me dois à ma maîtresse, tu comprends ?

La pauvre Charlotte était restée là pantelante, brisée de douleur, stupéfiée. Elle ne se rendait compte ni du temps ni de rien ; elle attendait sans savoir quoi. Quand elle eut crié tout ce qu’elle avait de sanglots et pleuré tout ce qu’elle avait de larmes, elle demeura, immobile et l’œil sec et fixe.

Château-Gaillard entra ; s’avança vers elle, lui prit la main et lui dit :

— Eh bien, avez-vous vu cet appartement, et vous convient-il ?

— Quoi ? dit-elle, sans comprendre.

— Cet appartement est à louer, tout à côté du mien ; voulez-vous vous y établir ?

— Est-ce un rêve ? se demandait-elle.

Une lueur passa dans les yeux atones de Charlotte.

— Serait-il vrai… mon Dieu !… si c’est une folie… qu’elle dure !… — Mais… mais, balbutiait la pauvre créature.

Jean s’avança et lui baisa les lèvres.

— Ah ! dit-elle, cette fois prête à s’évanouir de bonheur… puisque tu m’aimes, alors… pourquoi… pas une lettre ?… rien… et cet accueil !

— J’ai espéré que moi parti, et vous semblant infidèle, vous m’oublieriez et vous reprendriez votre vie régulière… Je n’avais à vous offrir que le partage de la vie d’un aventurier, je ne voulais pas vous entrainer dans l’infernal tourbillon de mon existence… Mais vous l’avez voulu, la situation est changée ; maintenant l’éclat est fait, vous voici liée à moi, je me conduirai en galant homme.

— Oh ! Jean ! Jean !… quelles étranges et froides paroles !

— … Je me conduirai en galant homme. On va pour aujourd’hui vous dresser ici un lit à la hâte. Mon domestique vous servira. Avez-vous quelque part une malle ? des effets ? on ira les chercher. Habillez-vous, faites-vous belle : vers huit heures je viendrai vous prendre en voiture.

Pendant le reste de la journée, Château-Gaillard se montra sur les boulevards, s’assura que par les soins de Valdeuil l’histoire de son duel était déjà connue, vit ses témoins, sut que l’arme choisie était le pistolet, et qu’il se battait le lendemain au bois de Boulogne à huit heures. Puis il alla faire visite aux dames Hérouard et se montra singulièrement affectueux pour toutes deux. Il alla enfin chez Mériot, mais à l’heure où il savait ne le point trouver au logis et y remit sa carte.

Vers sept heures, un coiffeur et une couturière se présentaient chez Charlotte avec le valet de chambre de Château-Gaillard. Ils apportaient l’un, une couronne de fleurs, et l’autre, une robe.

— Monsieur a pensé que madame n’avait peut-être pas de toilette préparée, dit le domestique, et a cru devoir envoyer ce qu’il fallait.

Charlotte se laissa faire. Elle n’avait plus sa raison. Jamais d’ailleurs elle ne s’était vue ainsi entre les mains du premier coiffeur de Paris, et d’une des plus habiles couturières. En quelques instants, elle fut comme transfigurée. La couronne était de reines-marguerites blanches, la robe de gaze blanche, vaporeuse comme un nuage ; madame Lehallier s’étonna bien de la voir décolletée, mais n’osa rien dire… Elle vivait depuis quelques heures comme dans un autre monde, sans penser, végétativement pour ainsi dire, et puis elle se trouvait belle, elle savait que son amant allait paraître, une vague souvenance de la terrible épreuve du matin se mêlait au ravissement de se sentir encore aimée ; et tandis que le cerveau s’obscurcissait, un flot de passion lui montait au cœur.

Elle descendit, appuyée au bras de Château-Gaillard, enivrée de s’entendre dire par lui qu’elle était belle, et comme une somnambule guidée par son magnétiseur.

— Où sommes-nous ? dit-elle enfin, en entrant dans une salle éblouissante de lumières, de dorures, de femmes couronnées de diamants.

— À l’Opéra.

— Comment ? moi !… aujourd’hui ?…

— Laisse donc ; c’est notre première fête… ce sera peut-être la dernière.

— Comment ?

— Qui sait ?… ton mari…

Elle regarda Jean avec des yeux agrandis par la terreur.

— Est-ce qu’il m’aurait suivie ? est-ce que tu l’aurais vu ?

— Chut… écoute.

Et durant toute la représentation, Jean se montra auprès d’elle empressé, galant, tendre, épris. Charlotte était ivre, la musique achevait de la transporter dans un monde inconnu, et elle ne prenait pas garde qu’elle devenait le point de mire de tous les regards. Elle s’occupait bien des autres ! elle voyait bien quelque chose dans la réalité !

Ce soir là, en effet, elle fut aimée pour la dernière fois. Château-Gaillard, en voyant le succès de beauté de la maîtresse qu’il affichait avec cynisme, sentit pour elle comme un regain de désir. Il lui fallait d’ailleurs des plaisirs assaisonnés de difficultés, d’étrangetés, de douleurs, pour ainsi dire. — Et quelle merveilleuse rencontre était celle-ci : le « tout Paris » de la loge infernale pour témoin, une femme indignement traitée le matin, folle d’amour le soir, pour proie ; un coup d’épée à échanger le lendemain pour stimulant.

Mais la mort en perspective ? dira-t-on. — La mort ? Qu’importe à qui ne croit pas à l’autre vie ? Et puis Jean n’avait pas un seul instant de doute ; il était sûr de lui, comme si un démon eût animé son corps ; il sentait bien que ce serait lui qui tuerait l’autre.

En effet, le lendemain matin à neuf heures, deux témoins et un médecin ramenaient un cadavre dans un fiacre, du bois de Boulogne dans un hôtel à Paris.

Le soir du même jour, Château-Gaillard, conduit par ses témoins, le marquis du H. et Valdeuil, partait pour la Belgique, et Charlotte donnait des ordres à un tapissier pour s’installer dans l’appartement voisin de celui de Jean .

Que si l’on me demande comment une telle chose est possible, comment une femme peut s’installer le soir sous le toit de l’amant qui a tué son mari le matin, je dirai : La passion est capable de tout… Madame Lehallier d’ailleurs ignorait encore le duel et son résultat. Enfin quoi ! de ces natures molles et fascinées on obtient l’incroyable ; et ces femmes à la fois fragiles, candides et tendres, élevées à l’ombre du foyer, nées pour être toute la vie des enfants en tutelle, ont, quand une fois elles sont sorties du droit chemin, des faiblesses et des oublis d’elles-mêmes dont les plus effrontées se défendraient.

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