‹ Château-GaillardChapitre 27 sur 45 · 2 · 2

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Pendant sa période de déconfiture, Jean avait perdu ou délaissé la plupart de ses relations. Les unes s’étaient éloignées ; il avait quitté les autres : celles-ci, parce que, n’ayant rien à en espérer dans le malheur, il ne se souciait pas de les rendre témoins de sa déchéance : ces autres, parce que moralement engagés à lui venir en aide, elle redoutaient une mise en demeure.

Tel Valdeuil, auquel son mariage et son poste diplomatique faisaient une situation assurée ; et qui, je l’ai dit plus haut, déférait volontiers aux conseils de sa femme, quand elle le priait de ne pas renouer avec Château-Gaillard.

La prospérité ramena les fuyards, et comme Jean avait compris la puissance des liens sociaux, il les accueillit d’un sourire.

La République menaçait plus ou moins nos agents diplomatiques dans leurs positions. Valdeuil voyant Château-Gaillard à la tête d’un journal important, lui rappela leur ancienne confraternité, et Château-Gaillard, qui, en ce moment là, prônait tous les jours Lamartine, alors ministre des affaires étrangères, n’eut pas de peine à le faire maintenir à son poste. La correspondance entre les deux anciens compagnons de jeunesse devint alors assez active. Jean, interrogé par Horace sur l’état des choses et les probabilités d’avenir, lui répondit un jour :

« Mon cher Horace, en vérité le diable seul sait où nous allons, à supposer qu’il y ait un diable. Quant au bon Dieu, tu sais, je n’y ai jamais cru, et la raison, c’est que si Dieu et sa providence existaient, ils se ficheraient de nous positivement.

» L’Assemblée est une pétaudière. Imagine-toi neuf cents citoyens qui ne savent rien de rien, pour la plupart, veulent tout refaire, et se chamaillent à la journée, tirant celui-ci à « hue » et cet autre à « dia. » Pour les propositions de lois qui s’y produisent, c’est un vrai casse-tête chinois.

» Le Français, né malin, s’est dit : « Il y a comme cela par le monde, un tas de réformateurs qui prétendent refaire les sociétés sur un nouveau modèle, et jurent tous qu’ils ont en main une panacée, grâce à laquelle tout le monde sera beau, bien fait, élégant, bien portant, et pourvu de bonnes rentes à sa naissance. Nommons tous ces gens-là députés, et envoyons les s’expliquer ensemble.

» Voilà comment s’est formée la Babel de carton où se décident nos destinées. Les uns, proposent de désaréer la lune, et de faire un concours général pour la confection des tartelettes ; d’autres, de partager la terre en autant de carrés qu’il y a de créatures à deux pieds, sans plumes, et d’abolir la banque ; ces troisièmes, au contraire, veulent faire de la nature entière une immense banque d’échange. — Tu fais des protocoles diplomatiques ; moi, des articles de journaux ; nous échangeons nos produits, ça forme un immense fonds social de blagues, et, toi et moi, nous vivons de l’échange, qui représente l’intérêt du capital. Je te vois d’ici sourire : Ce trafic nous nourrirait mal ; aussi, me hâtai-je d’ajouter que la science de ce jeu consiste, surtout, à échanger les blagues contre les produits tangibles. Autre banque d’échange : « Château-Gaillard donne « son amour » Sarah Bertin, « ses charmes » et… Mais ne voyageons pas davantage au pays d’Utopie, et, puisque le nom de Sarah est venu sous ma plume, autant te dire les vicissitudes, actuelles, de son existence accidentée. Sarah Bertin vit, depuis trois ans, en Autriche, avec Le Sourd qu’elle a, je crois bien, recruté jadis chez Fanny. Ils ont fait une apparition à Paris, quelques semaines avant la révolution, et sont repartis aussitôt, à tire-d’ailes. On dit que nous pourrions bien un jour la voir légitime épouse du millionnaire… ma foi !… pourquoi pas ? Nous sommes appelés, si j’en crois mes inductions, à voir bien autre chose, qu’une drôlesse chaperonnée par un mari.

» Je te le donne en cent, je te le donne en mille… Qui va devenir président de notre République ? — Cavaignac ! vas-tu me répondre. — Mon ami, ta candeur m’épouvante… — Lamartine ? — Allons donc ! prends-tu ta patrie pour une succursale du paradis terrestre ? — Ledru-Rollin ? — Et les bourgeois ? tu fais donc abstraction des bourgeois ? Ils ont depuis juin repris une toute-puissance invincible. — Raspail ? — Tu te moques, mon ami ! Tout simplement le citoyen Louis Napoléon Bonaparte, lequel, comme tu le sais, à Strasbourg, puis à Boulogne… Mais, présentement il demeure place Vendôme, hôtel du Rhin, en face la colonne. Ne plaisantons pas.

» Je t’avertis pour que tu ne compromettes pas ton avenir, en faisant du zèle en faveur de notre « grand citoyen » le chef du pouvoir exécutif. Nos fonctionnaires de France n’en feront pas, sois tranquille ! mais, à l’étranger, vous pourriez sentir moins bien de quel côté vient le vent.

» À l’Assemblée, le citoyen Bonaparte ne sonne mot. Tout au plus, quand il est mis en demeure, prononce-t-il quelques phrases embarrassées, que rédige, dit-on, son ancien précepteur, le représentant Vieillard. À l’Hôtel du Rhin, il reçoit tous les hommes, quelconques, qui ont des prétentions à n’importe quoi : réformer le monde, ou arriver au ministère.

» J’y suis allé à mon tour, par curiosité. Le prince a une figure impassible, qu’on dirait sculptée dans du bois. — Son regard est fixe et terne ; et le trait saillant de sa physionomie est une forte moustache aux pointes bien cirées. Il invite les gens à parler et les écoute attentivement ; même il a l’air de comprendre : la reine Hortense, qui était élève de madame Campan, aura enseigné à son fils cette politesse des princes ; donc il hoche la tête et sourit, en manière d’assentiment. Que ce soit Proudhon ou Émile de Girardin, ou Victor Hugo qui parlent, il approuve du bonnet ; quand c’est M. Thiers il s’incline. Jamais d’ailleurs ne proteste ni ne conteste. En sorte que tous ces messieurs sont, en partant, persuadés qu’ils règneront sous son nom s’il est élu. De là, convergence d’efforts…

» Victor Hugo compte éclipser la gloire politique de Lamartine ; Émile de Girardin saisir enfin le porte-feuille depuis si longtemps rêvé ; enfin, M. Thiers, tout en le patronnant, comme une sorte de roi soliveau qui gardera la place, ne doute pas qu’il ne dispose de la France deux mois après l’installation du prince Louis à la présidence.

» En attendant on a baptisé le héros de l’hôtel du Rhin : « le perroquet mélancolique. »

» Bref, ce chevalier de la triste figure fait en ce moment l’affaire de tout le monde. Il plaît aux ambitions, parce que toutes comptent, sous son règne, se donner carrière ; aux apôtres du socialisme, parce qu’en conséquence des hochements de tête de la poupée de Nuremberg, ils croient l’avoir convertie à leur marotte ; aux orléanistes et aux légitimistes, parce que, malgré les efforts de ces autres idéologues, la branche aînée et la branche cadette ne sont point réconciliées, et, qu’en attendant le prince Louis tiendra l’emploi du soliveau de la fable ; aux jacobins, parce qu’il les débarrassera de Cavaignac ; au « grand parti de l’ordre, » parce qu’il s’appelle Bonaparte.

» Il répond au besoin du moment enfin, chacun se tenant pour bien assuré, qu’au moins, il ne sera jamais difficile de s’en débarrasser.

» Pour moi, il m’a fait l’effet d’un crétin inoffensif assez bien dirigé par des gens d’esprit (Mocquard, Morny et autres commensaux de Fanny sont ses amis). — On lui a surtout recommandé de se taire et de se tenir tranquille. Ce qu’il fait.

» De temps en temps quelques voyous vont crier : Vive l’Empereur ! autour de la colonne, sous ses fenêtres. Il leur jette des louis… fi !… des « napoléons » voulais-je dire. On ajoute qu’il distribue, ou fait distribuer, dans l’armée, de l’argent et des cigares. Possible !

» Il prépare d’ailleurs, ou l’on prépare, son élection » à l’anglaise. Jamais on n’aura vu tel déluge de bulletins de vote, tel feu d’artifice de boniments. On sèmera les bulletins par les bois et les sillons ; on fera les boniments dans les villages les plus reculés. Aux paysans, on dit que c’est l’ancien qui est revenu de Sainte-Hélène ; ou bien que… c’est le fils, le fils authentique du grand homme, sans se soucier autrement de calomnier la vertu de la reine Hortense. — Il est vrai qu’avant d’arriver à la calomnie il y a tant à faire pour la médisance…

» Le clergé, d’autre part, le soutiendra. Il a pris l’engagement, dit-on, de rétablir le pape sur le trône de Saint-Pierre. Et le clergé est encore bien fort chez nous.

» En conséquence de tout ce qui précède… — Tu me reproches toujours d’être trop bref, j’espère que j’ai été prolixe cette fois ? — tu peux, je crois, considérer l’élection du prince Louis comme assurée. On tient néanmoins des paris contre lui, et en faveur de Cavaignac. Mais moi j’ai engagé mes cent louis… — allons donc ! encore ! — mes cent « napoléons » sur sa tête, et j’ai cru parier à coup sûr.

» Te voilà maintenant renseigné aussi bien qu’un Parisien du boulevard ; pour moi, ouf ! je n’en puis plus ? De ma vie je n’en écrivis si long ! Présente mes respectueux souvenirs à ta femme, et compte toujours sur ton vieil ami

» Jean de C.

» P.-S. — Tu me demandes des nouvelles de Charlotte ? Eh ! qu’est-ce qui te prend ? Ce nom-là revient, sans doute, en Allemagne ? Au fait, cette pauvre femme mérite tout intérêt : cherche-lui donc une place d’institutrice ou de dame de compagnie. »

On a dit que tout l’esprit d’une lettre était dans le post-scriptum. Ce n’est pas assurément le cas de répéter l’aphorisme ; toutefois la vérité est que Château-Gaillard aurait bien voulu se débarrasser, à nouveau, de Charlotte qui ne lui servait plus de rien dans la maisonnette de la rue Rousselet, et qu’il n’eût pas été fâché de l’envoyer à l’étranger. Peut-être même, au cours de la lettre, ne fut-il si causeur avec Valdeuil, que dans le but de glisser à Horace l’invite du post-scriptum.

Quoi qu’il en soit, remarquons que dans ces quelques lignes, les seules qui eussent trait à ses affaires personnelles — Château-Gaillard prit le soin de tourner sa plume avant d’écrire… et de ne confier au papier que les mots qu’il voulait perdre. À l’analyse, c’était même un chef-d’œuvre d’habileté et d’hypocrisie.

Quant au corps de la lettre, il l’avait écrit d’abondance… Et qu’avait-il écrit, d’ailleurs, que chacun, en ce moment, ne pensât dans un certain milieu, et ne dit dans les cafés et sur le boulevard ?

Il cachetait sa lettre quand on frappa.

— Entrez, dit-il.

C’était Baudrillet, l’ancien clerc de Bordier, l’ancien gérant de l’Opinion publique, l’ancien directeur commercial des mines d’Archiennes, l’ami « La Ressource » des jours d’infortune, présentement le rédacteur en chef titulaire du Nouvelliste.

Si la suite des affaires d’Archiennes avait été pesante pour Jean, on peut supposer ce qu’elle avait dû être pour le pauvre diable de gérant flétri par un jugement et condamné à l’amende. Quant à l’amende, la vente de l’Opinion publique l’avait payée ; mais, dépossédé de sa responsabilité dans la société des mines et dans sa gérance du journal, Baudrillet l’avait été, en même temps, de ses appointements. Et il était marié depuis longtemps, et père de plusieurs enfants.

Aussi voulait-il, cette fois, tirer, de la prospérité de son patron, quelque chose d’indépendant des fluctuations de cette prospérité même. Tel était le but de sa démarche.

Après avoir parlé à Château-Gaillard, de choses et d’autres, concernant le journal et la correspondance autographiée, et après avoir constaté l’état de prospérité des deux entreprises : « Cela vous donne, dit-il, une grande influence. Vous êtes bien avec tous les députés puissants… Vous savez que je suis chargé de famille… ma femme, comme fille de militaire décoré, pourrait obtenir un bureau de tabac, si vous le demandiez. »

Château-Gaillard fut surpris de cette ouverture, Baudrillet lui semblait sa chose. Puisque les entre prises réussissaient, de quoi s’inquiétait Baudrillet ? Et s’il s’inquiétait, c’était donc qu’il voulait se constituer une existence indépendante ? Or Baudrillet, dans sa situation actuelle, était utile à Château-Gaillard.

— Un bureau de tabac ! s’écria-t-il, en éclatant de rire, eh ! vous me demandez là, mon cher, quelque chose de plus difficile à obtenir qu’une préfecture.

— Si vous pensez pouvoir obtenir une préfecture, demandez-la pour moi, répondit flegmatiquement Baudrillet.

— Ah ! çà, qu’est-ce qui vous prend ? vous voulez me quitter ?

— Non, mais enfin, vous le savez, nous avons passé de mauvais jours…

— Et vous voudriez vous arranger une existence paisible ?… à l’abri des revers ?

— Oui.

— Mais, mon cher Baudrillet, d’abord, en ce temps-ci, votre position chez moi est encore bien plus solide qu’une préfecture.

— Ça, c’est possible.

— Ensuite, faites-moi le plaisir de me dire… Et Jean accompagna ces paroles d’un certain regard qui parcourait Baudrillet de la tête aux pieds — faites-moi le plaisir de me dire si… dans le cas où une préfecture vous irait… vous iriez à une préfecture ? Et madame Baudrillet, fort honnête et respectable dame, j’en conviens, bonne ménagère qui fait un pot au feu incomparable, sert des rôtis cuits à point, et élève le mieux du monde sa jeune famille, je ne la vois pas bien dans son rôle de préfète ?

Baudrillet sentit le rouge lui monter au visage. Il se mordit les lèvres. Un coup de cravache ne l’eût pas cinglé plus que ces paroles de Château-Gaillard. Eh ! qu’était donc d’ailleurs Château-Gaillard pour le traiter ainsi ? Un méchant aventurier, pas plus !

Il ne répliqua rien de piquant ni d’amer cependant. L’habitude des rôles secondaires l’avait plié à une sorte de débonnaireté de formes.

— Alors, reprit-il, le bureau de tabac…

— Mon bon ami, tenez-vous tranquille ; croyez bien que je ne vous oublierai pas. Mais patience ! En ce moment, j’ai besoin de toutes mes influences pour moi-même. Croyez-vous donc que, moi aussi, j’en veuille rester là ? La presse est un moyen ; laissez-moi arriver au but. Quand j’y serai, je n’aurai besoin d’aller solliciter personne pour vous. Je vous pourvoirai moi-même, — et bien.

Il n’y avait rien à répondre. La porte s’ouvrait d’ailleurs ; un garçon de bureau, timidement, venait rappeler à M. Baudrillet que « ce monsieur, » qui était venu la veille, avec une lettre de recommandation, attendait toujours, et le priait de parler de lui, à M. de Château-Gaillard.

— Dites-lui que… que nous ne pouvons pas prendre de nouveaux rédacteurs ; — renvoyez-le ! s’écria Baudrillet avec un geste d’impatience.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Château-Gaillard.

— Un quidam qui veut entrer au Nouvelliste, et qui écrit comme un cheval.

— Ah !

Le garçon de bureau sortit, puis revint aussitôt.

— Ce monsieur, dit-il, redemande sa lettre de recommandation.

Baudrillet la tira de sa poche et la tendit au garçon, mais Château-Gaillard la prit et, l’ayant lue :

— Faites attendre le porteur, dit-il.

Et quand l’homme fut sorti :

— À quoi pensez-vous, Baudrillet, de renvoyer un homme qui m’est adressé par M. le curé de*** ?

— Ma foi ! je ne savais pas que vous teniez à plaire au curé de ***, et, quand j’ai vu la prose du candidat… Imaginez-vous qu’il m’apporte depuis huit jours un canard absurde. Il s’agit d’un prêtre, interdit par son évêque, pour avoir dit la messe en français, comme l’abbé Châtel, et qui, en conséquence de l’interdiction, serait rayé des listes électorales.

Château-Gaillard sourit en se caressant la moustache.

— On se roquerait de nous, si nous imprimions cela ! ajouta Baudrillet, et vous voyez d’ici la révolte de tous les journaux libéraux, si nous allions mettre en avant une pareille jurisprudence.

— Engagez l’homme à un prix doux ; et faites passer son fait-divers dans la correspondance provinciale. Les feuilles dévotes des départements le reproduiront ; il se trouvera peut-être quelques curés de village qui le prendront au sérieux, et ça fera plaisir à ceux qui l’envoient.

Sur quoi, Château-Gaillard se leva et prit son chapeau. Apercevant sa lettre à Valdeuil, restée sur le bureau :

— Ah ! tenez, dit-il à Baudrillet, qui tenait encore le bouton de la porte, faites mettre ceci à la poste, je vous prie.

Tandis que Château-Gaillard sortait, Baudrillet revint sur ses pas, car il était rêveur. Jamais encore il n’avait vu, sous cet aspect, Jean, son ancien camarade de l’école, et depuis quelques années son patron social. Jusqu’alors il le prenait pour un décavé, peu scrupuleux sur les moyens de corriger les torts de la fortune, mais voilà tout. Soudain, il voyait apparaître l’égoïsme profond, d’une part, et, de l’autre, l’habileté poussée jusqu’à la ruse.

— Ouais !… se disait-il, c’est un fameux merle !

Et il retournait la lettre en la regardant : « Elle est lourde !… Que dit-il là dedans, à cet autre masque ? »

Et Baudrillet se demandait pourquoi lui, qui avait été élevé comme ces messieurs, qui valait bien l’un, bâtard, et l’autre, gentilhomme de cape et d’épée protégé par le corps de ballet, pourquoi il était socialement leur inférieur ? Était-ce donc l’habit fin et les escarpins vernis qui faisaient l’homme ? Ou bien y avait-il quelque secret, de boudoir ou de salon, qui s’apprenait dans un certain milieu, et tirait pour toujours les gens de la foule ?… Cette lettre…

Il la pesait, la transperçait du regard. Mais l’enveloppe était opaque.

En revanche, le cachet de cire semblait pouvoir facilement se lever avec une lame chaude…

Baudrillet n’était pas coutumier de ces choses. Il avait fait plus d’un billet de complaisance et endossé plus d’une lettre de change véreuse ;… mais ouvrir une lettre cachetée ?…

Malheureusement il remarqua que la cire était restée sur le bureau, à côté du cachet.

Il lut.

Certes, la longue lettre que nous avons vue plus haut l’intéressa ; mais le post-scriptum surtout le jeta dans un océan de réflexions. Il savait à peu près l’histoire de Charlotte, et il voyait quel cas en faisait Jean, et ce qu’elle avait à attendre de lui.

— Quelle leçon ! se dit-il, et comme j’ai bien fait de lire cette lettre…

Au moment de la recacheter, il songea même que ce bavardage politique, alors tout d’actualité, pourrait avoir son intérêt plus tard, et il la garda.

— Bah ! se dit-il, jamais peut-être Château-Gaillard ne saura que Valdeuil n’a pas reçu la lettre… Et puis… le service des postes… à l’étranger… les bureaux d’une chancellerie… — Enfin, ma foi !… ils courront après, s’ils veulent !

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