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Quand Mériot sortit, Jean de Château-Gaillard n’avait plus rien à apprendre sur son origine. Moralement il en était aussi sûr que de la clarté du soleil.
Mais, entre cette certitude morale et des preuves matérielles et irréfragables, il y avait un monde, — et Jean se le disait bien.
« Des preuves ! » il lui en fallait maintenant ; et comment se les procurer ?
Il s’habilla et sortit. Les idées quelquefois viennent en marchant, on les heurte au coin des bornes. Et il fallait plusieurs idées ; car, d’une part, Château-Gaillard voulait des preuves, et, de l’autre, il sentait qu’il allait avoir besoin d’argent ; l’argent, il le savait bien déjà, étant le nerf de toute guerre.
Or comment faire de l’argent ?… — La martingale ?… — Oui ! mais où prendre un nabab quelconque pour adversaire ?…
— Hé ! bien, qu’as-tu donc, que tu ne vois personne ? lui dit Malinvault qui le heurta au coude, rue Laffitte.
— Hein ? fit Château-Gaillard, sans répondre, et en levant sur son interlocuteur des yeux troubles qui regardaient sans voir.
C’est qu’en ce moment même il venait de se dire :
— Madame Hérouard a une femme de chambre dévouée… J’ai entendu dire, bien souvent, qu’Annette était depuis plus de vingt-cinq ans dans la maison… Annette doit savoir bien des choses ! Résisterait-elle à une vingtaine de mille francs qui lui permettraient d’aller s’établir bourgeoise en province ? Hé ?
— Je te demande où tu as l’esprit, répéta Paul.
Tout à coup les yeux mornes de Jean s’éclairèrent comme d’une idée.
— Ah ! c’est toi, mon cher ! Pardieu ! sois le bienvenu.
— Qu’est-ce que c’est ? — Puis-je t’être utile ?
— Mais oui… Non ! Rien. — Tu vas bien, du reste ?
— Aussi bien qu’on peut aller quand on loge le diable en sa bourse.
— Ah ! nous en sommes tous là !
— Pas toi, toujours !
— Hum !
— Enfin avec une martingale…
— Ah ! la martingale… la martingale ! elle te trotte en tête, je vois ça.
— Dame !
— Tu ne veux donc pas t’en aller de cet enfer parisien ?
— Ah ! mon cher ami… Antonia… vois-tu j’en… suis fou !… et je sens auprès d’elle un rival qui est riche comprends-tu ?
Jean avait pris le bras de Paul ; tous deux marchèrent un moment en silence. Arrivés au bout de la rue, devant l’église de Notre-Dame-de-Lorette, que l’on achevait à peine, Château-Gaillard s’arrêta et considéra Paul d’un air singulier. On eût dit un oiseau de proie jetant un regard de pitié sur sa victime avant de fondre sur elle serres ouvertes et bec affamé.
Au fait ? Pourquoi était-ce précisément Paul qui se trouvait là en ce moment ? qui était venu se poser en travers de sa route ? Pauvre diable de bon garçon !
Il y eut comme un regret dans le sourire étrange qui se dessina, peu à peu, sur les lèvres de Jean, tandis qu’un plan semblait se développer dans son cerveau.
Vrai ! il aurait préféré avoir rencontré… tout autre… Mais quoi ! ce scrupule était après tout pur enfantillage… Pas de faiblesse ! Il lui fallait bien prendre cet homme puisqu’il en avait besoin.
Ce fut la conclusion de sa délibération de conscience, la fin de la lutte. Et même y eut-il lutte ? Non : hésitation à peine. Jean de Château-Gaillard n’avait que vingt-deux ans après tout, et sa terrible nature n’était pas encore trempée ! Plus tard…
— Tu le veux donc, dit-il enfin ; eh bien… je ne te dirai pas mon secret ; seulement… je te permettrai pour une fois d’en user.
— Ah ! merci !…
— Mais tu ne feras pas d’imprudences… de maladresses ?
— Sois tranquille.
— Je connais précisément… un Hollandais, riche à millions, un peu épais et très-affamé des plaisirs parisiens. Je puis adroitement le conduire chez Antonia…
Paul devint pâle. Le sang lui refluait au cœur — jalousie sans doute ? ou bien, peut-être, mouvement primesautier d’une nature faible, mais honnête, qui sent percer sous un arrangement d’affaires la pointe d’une infamie.
Jean, tout en parlant, le regardait à fond et semblait lire les pensées derrière son crâne… tâter les pulsations de cette vertu à l’agonie.
Après un court silence, le temps moral laissé au fils de famille pour acquiescer ou protester, Château-Gaillard, ayant pour ainsi dire pris acte du mutisme de Paul, continua :
— Une partie de lansquenet est vite engagée… je te donnerai des jeux et te dirai comment tu dois compter les cartes avant de passer la main. Ne va pas perdre la tête au moins ! Il faut du sang-froid et de la présence d’esprit…
De pâle, Paul de Malinvault devint rouge.
— Mais… balbutia-t-il.
— Mais ?… quoi ? fit Jehan avec un tel regard de hauteur que Paul en demeura glacé.
Car ce regard était clair, et pouvait se traduire ainsi :
— Cela te convient-il dans les termes que tu viens d’entendre ? ou cela ne te convient-il pas ? Si tu veux accepter, fais vite ! car je n’offrirai pas deux fois ; et me prierais-tu à genoux, demain tu me trouverais inexorable. Si tu veux refuser, fais vite encore, parce que ton refus est une injure et que Jean de Château-Gaillard est irascible et pressé de mettre deux pouces de fer dans le ventre de quiconque lui dirait, par sa parole ou son silence, qu’il est un… escamoteur.
— Tu m’expliqueras bien… tout… reprit Paul de Malinvault, fasciné sous ce regard comme un fauve sous celui de son dompteur.
Le malheureux venait d’amener pavillon. Mais sa voix tremblait et il redevenait pâle, tandis qu’un frisson lui courait le long des reins.
— … Tout ce que tu as besoin de savoir, répliqua Château-Gaillard, qui accentua sa réponse de telle sorte que nul n’eût été tenté de lui demander plus longue explication.
Rendez-vous fut pris.
La scène représente le petit salon d’Antonia, bleu et or ; meubles en palissandre, fleurs dans les embrasures. Enfin le luxe d’une actrice de troisième ordre, en 1834.
Trois ou quatre femmes, dont la maîtresse du logis ; sept à huit hommes. Quatre sont assis à une table de jeu : Malinvault, Château-Gaillard, un bonhomme gros, court et lippu, que l’on nomme d’un nom étranger ; puis un ami de Château-Gaillard et de Malinvault, Horace de Valdeuil, celui-là même qui n’a pas de martingale, mais dont mademoiselle Fanny, danseuse en vogue, paye parfois le jeu.
Malinvault fait la partie de l’étranger, Château-Gaillard celle de Valdeuil.
Malinvault gagne depuis une heure, à tous coups. Le Hollandais se pique. Entre Château-Gaillard et son adversaire, alternative de pertes et de gain.
— Malheureux au jeu, heureux en amour ! dit Château-Gaillard à l’étranger, en manière de consolation.
— Encore si j’étais heureux en amour, dit ce dernier, en tournant vers Antonia de langoureux regards.
Malinvault, lui, était pâle et ne disait rien.
C’était un de ces jeux de hasard, bêtes et abrutissants, qui paralysent les facultés de l’esprit et n’éveillent que les convoitises de l’intérêt. Aussi y avait-il, entre les coups, des intervalles de silence que la verve de Château-Gaillard était impuissante à remplir.
— Je n’y comprends rien mais rien, jamais je n’ai eu pareille déveine ! s’écria tout-à-coup l’étranger. Vingt-mille francs de perdus !
— Oh ! pour vous, c’est une obole !
— Mais c’est la chance de mon adversaire qui m’épouvante… où en irons-nous ? Allons, monsieur, quitte ou double ! Voilà dix fois que vous passez ; à moins que vous n’ayez le diable en votre manche, vous ne passerez pas une onzième !
Antonia se leva du canapé où elle était nonchalamment étendue, et vint s’accouder au fauteuil du Hollandais. Tout le monde se groupa autour de la table de jeu et un silence général se fit.
Paul de Malinvault devint livide. Ses mains tremblaient, et malgré son sang-froid Château-Gaillard se sentit mordre par l’angoisse.
— Si le niais allait se trahir ? se disait-il.
Mais non. Paul, au milieu de l’étourdissement de son cerveau, trouva encore la lucidité nécessaire pour compter ses cartes ou les manipuler. Nul ne vit rien, et Antonia, battant des mains, s’écria :
— Double !
Son cri fut naïf : on eût dit qu’elle se sentait, au fond, l’enjeu de la partie, et qu’elle était heureuse du triomphe de son amant. Mais sans rien comprendre, elle sentit, aussitôt le premier mouvement passé, qu’il fallait couper court à cette chance étonnante.
— Messieurs, dit-elle, le souper est servi. Laissez les cartes !
Il y eut un moment d’émotion générale qui succéda au silence. Les interjections se croisèrent ; puis les réflexions. — Compliments à Paul ; — condoléances au Hollandais.
Puis, tout en passant, dans la salle à manger pour souper, chacun se mit à raconter des histoires de jeu.
Dès qu’il fut debout, Paul devint d’une animation singulière. Autant, tout-à-l’heure, il était contraint et glacé, autant, soudain, il sembla qu’une ivresse lui montait au cerveau. Il parlait vite et haut ; il avait des mouvements brusques et saccadés. C’était la joie du gain, sans doute.
En passant du petit salon à la salle à manger, il put se pencher à l’oreille de Jean et lui dire :
— Merci.
Àquoi l’autre, sans se retourner, et d’une voix sourde répondit :
— Prends donc garde !
Il est vrai que, quelques secondes après, tandis que tout en causant les convives choisissaient leurs places autour de la table, et casaient les dames, le Hollandais frôla Jean et lui demanda bas, en lançant vers Paul de Malinvault un regard incisif et clair :
— Combien vaut-il ? cent ?
Et que Château-Gaillard, avec une physionomie impassiblement souriante, et le regard tourné vers la jolie Antonia, murmura :
— Non : famille parcimonieuse, pas plus de quatre-vingt.
Pour souper, une galantine froide, un pâté de foie gras, du jambon anglais, des primeurs — le tout arrosé de champagne frappé.
Il était une heure du matin ; en ce temps-là on dinait à cinq heures. Les convives avaient faim, et le champagne était bon ; ils avaient d’autre part l’esprit surexcité par le coup de cartes précédent et les histoires de jeu qu’on se racontait à la ronde.
Paul s’était trouvé assis entre sa maîtresse et Jean. Son animation grandissait de minute en minute et touchait — à l’ivresse. Combien de soupers comme celui-ci et de belles parties de théâtre et de campagne, combien de toilettes éclatantes promenées en calèche ne représentaient pas son gain de la soirée !… Cet or qui tintait dans ses mains, ces billets dont il sentait dans ses poches le soyeux frémissement !
Château-Gaillard lui versait à boire, mais ne négligeait pas de lui répéter de temps à autre :
— Fais donc attention et calme-toi.
En face, le gros Hollandais buvait froidement et ne répondait rien aux quolibets ni aux consolations, si ce n’est qu’il voulait sa revanche après souper.
— Un autre soir plutôt, lui disaient quelques convives, puisqu’aujourd’hui la veine vous est contraire. Et puis, quand nous sortirons de table il fera jour. Au mois de juin, on ne joue pas plus tard que deux heures du matin.
— Ça m’est égal, répliquait le décavé. — Pour ma revanche on tiendra les volets fermés… et je jouerai gros jeu, ce sera vite fait !
Antonia n’osait rien dire, étant chez elle et maîtresse connue du gagnant.
Devant l’insistance du perdant il n’y avait pas moyen de refuser. Antonia donna ordre qu’on renouvelât les bougies mourantes dans leurs bobèches, et, le souper fini, on retourna au salon.
La partie, cette fois, ne s’engagea plus qu’entre le banquier hollandais et Paul de Malinvault. Tous les convives cependant étaient restés, malgré l’heure avancée, pour voir quelle serait la conclusion de la lutte.
Le gros banquier s’assit carrément, assujettit ses conserves bleues, huma une prise de tabac ; — on prisait alors — et dit :
— Quitte ou double !
— Mais, balbutia Antonia qui, instinctivement, pressentait quelque chose de dangereux ou de malsain dans l’air, n’allez pas si vite ; peu m’importe l’heure, et je vous garderai tant que vous voudrez.
— Quitte ou double ! reprit l’étranger.
Il gagna.
Il y eut un cri :
« Ah ! » qui sortit à la fois de toutes les poitrines, mais avec des accentuations différentes. Ici c’était comme un soulagement ; là, comme une épouvante. En ce moment l’émotion du jeu était partagée par tous les assistants, la fièvre battait dans toutes les artères.
Mais quelqu’un qui semblait abasourdi, et plus abasourdi encore que consterné, c’était Paul de Malinvault.
Quoi ! il perdait ?… Comment ?… « Suis-je ivre ? » se demandait-il ; et ses yeux inquiets, éperdus, cherchaient ceux de Château-Gaillard. Et ceux de ce dernier semblaient répondre :
— Je te l’avais bien dit.
Le Hollandais ramassa l’or et les billets qui lui revinrent, puis :
— Quitte ou double, dit-il encore, sans que sa voix trahît une émotion, sans que sous ses lunettes on pût voir une lumière dans ses yeux…
Le pauvre Malinvault, haletant, ne savait que répondre : ses regards faisaient à Château-Gaillard un appel désespéré ; et celui ci, pour ne pas répondre, pour ne pas prendre peut-être la responsabilité d’un conseil, ou bien soigneux de ne pas se compromettre, détournait la tête.
— Quitte ou double, reprit le Hollandais, toujours impassible, et qui semblait en ce moment, dans son flegme et son immobilité, un des mannequins de cire articulés du musée Tussaud.
— Si je dis non, — j’en ai le droit à présent, ayant perdu ce que j’avais gagné, — je sors d’ici Gros-Jean comme j’y suis venu, se disait Paul au milieu du trouble de l’ivresse et de l’angoisse de la situation ; et me voilà en même temps dans la détresse et dans le déshonneur, car… Si je dis oui…
— Quitte ou double ? redemanda le terrible nabab.
Par un effort de volonté Paul rappela ses sens, ressaisit le fil des calculs indiqués par Château-Gaillard, mania fiévreusement ses cartes, et répondit d’une voix étranglée :
— Allons !
Il perdit encore.
— Ha ! fit-il, avec désespoir, avec égarement comme s’il devenait fou. — Mais… ce n’est pas possible !
— Voulez-vous recommencer ? dit le banquier.
— Non ! murmura-t-il écrasé. C’est-à-dire… Oui… Eh bien ! Non !
— Vous avez raison, car je gagnerais encore, car je gagnerais toujours, comme vous gagniez tout à l’heure ; parce que j’ai pris vos cartes, qu’elles sont biseautées et que vous êtes un voleur !
Et le banquier se leva, jeta les cartes sur la table, et prenant à témoins les assistants, s’écria :
— Voyez, messieurs.
Paul voulut s’élancer sur son adversaire ; on le retint, et il tomba sur le parquet.
Alors Château-Gaillard, plus calme que tout le monde, d’un ton froid, et avec l’accent des hommes qui se sentent nés pour commander aux heures du désarroi, s’avança, et dit :
— Qu’est-ce que c’est ?
— Il y a, répondit l’étranger, que voyant la singulière chance de monsieur, — avant souper, — j’ai soupçonné quelque chose, et qu’ayant pris soin de sortir le dernier, pour passer du salon dans la salle à manger, j’ai, moi aussi, fait un petit tour de prestidigitation, en changeant mes cartes contre les siennes. — Qu’on le fouille !
Il n’avait pas eu le temps d’achever, que déjà trois ou quatre convives se précipitaient sur Malinvault, qui gisait toujours à terre. En un clin d’œil il fut à moitié déshabillé. On trouva deux jeux dans ses poches.
— Allez chercher le commissaire ! disait le Hollandais.
Antonia se tordait, les autres femmes se trouvaient mal. Les hommes parlaient tous à la fois. Le seul Château-Gaillard répétait, en circulant parmi les groupes :
— Allons, messieurs, du calme…
Malinvault râlait et suppliait.
Enfin Château-Gaillard parvint à saisir les mains du banquier hollandais.
— Voyons, puisque vous ne perdez rien, faites grâce : pitié, je vous en supplie… je connais le malheureux ; c’est un fils de famille entraîné par quelque passion fatale ; perverti peut-être par de mauvais conseils… à sa maladresse même, vous devez voir que c’est la première fois…
— Oui… oui… je le jure, répétait Paul qui se sentait mourir… ne déshonorez pas mon père, ma famille, mes sœurs… je ferai tout ce que vous voudrez, je rachèterai au besoin de toute ma fortune…
— Non, répondit le Hollandais : c’est un devoir d’honnête homme que de faire un exemple : je le dois à la société ; je le dois aux pauvres étrangers qui sont, comme moi, dépouillés à Paris par ces fripons.
— Mon Dieu ! n’avez-vous donc ni fils, ni frère ? ne sentez-vous pas qu’ici le châtiment ne sera pas pour le vrai coupable, mais pour des innocents respectables ?… que vous allez tuer un vieillard peut-être, qui ne supportera pas le déshonneur de sa maison… et faire lentement mourir une mère ?… que deux jeunes filles pures et charmantes vont être, par un mot de vous, jetées au cloitre pour toute leur vie ? En France, nos vieilles familles ne transigent pas avec l’honneur.
— Eh ! que m’importe ! En Hollande, nos honnêtes familles sont ruinées par vos aigrefins.
— Par grâce ! je vous supplie… songez que c’est moi qui vous ai conduit ici, et que, fatalement, je deviens la cause indirecte de tout ceci… que je me sens une responsabilité terrible… que la perte de ce jeune homme, de cet enfant, me pèsera comme un remords…
— Eh !…
— Mais n’y a-t-il donc aucun moyen de réparer, d’expier, de racheter ? Voyons ! en le perdant vous ferez un mal qui ne produira aucun bien. Les escrocs renaissent de leurs cendres, en nos sociétés corrompues et excessives… Si au contraire vous faites grâce… eh bien, vous pouvez imposer au coupable une condition… Vous pouvez par exemple… quoi ?… eh bien, lui faire donner une certaine somme pour vos œuvres de bienfaisance… N’avez-vous pas des pauvres à Amsterdam ?
Le banquier sembla se recueillir un instant ; et flegmatiquement :
— Eh bien, qu’il signe un engagement, des billets en bonne forme… pour une somme de cinquante mille francs, que je remettrai aux hospices d ’Amsterdam et de Leyde.
— Oui… oui… tout ce qu’on voudra ! cria Paul.
— Messieurs, dit Château-Gaillard aux assistants, sur l’honneur engagez-vous à ne rien dire de ce qui vient de se passer. Il n’est pas besoin de vous assurer, je crois, que le malheureux ne recommencera plus. Eh bien, soyez aussi généreux que son noble adversaire… ne le perdez pas, ce fils de famille, par une indiscrétion, quand monsieur consent à ne pas le perdre par un éclat…
Par hasard le banquier avait sur lui du papier timbré. Paul fut relevé : il se soutenait à peine ! on l’assit et il signa.
Les témoins s’engagèrent d’honneur à ne rien dire.
Antonia se jeta à genoux devant Château-Gaillard, puis devant le Hollandais qui prit les billets, et, en sortant, dit à ce dernier :
— Je pars ce soir ; je ne connais pas bien les lois françaises ; chargez-vous de faire présenter ces billets à la famille et d’obtenir paiement. Vous m’enverrez les fonds par Rothschild. Voici mon adresse à Amsterdam.