‹ Château-GaillardChapitre 7 sur 45 · 1 · 5

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Mais la province est dure à la détente, et méfiante en diable.

Quand M. de Malinvault, madame de Malinvault, et toute la famille Malinvault, oncles et cousins, virent ce beau garçon de Paris présenter cinquante mille francs de traites à acquitter, prix débattu de l’honneur de leur consanguin, ils rechignèrent.

— Cinquante mille francs ne sont point une obole, — et dans ce temps-là, cela valait presque autant que cent mille francs aujourd’hui.

» Cinquante mille francs !… quelle brèche à la fortune des parents et des enfants nés et à naître ! se dirent les intéressés.

» Vingt mille francs de moins à la dot de chaque fille.

» Et pour les payer, comment faire !… Il faudrait vendre deux métairies ; et cela se saurait dans le pays ; on se demanderait pourquoi, et on le devinerait peut-être… Et alors à quoi bon s’être ruiné pour cacher la honte ?…

» Mais comment se faisait-il qu’un jeune homme élevé dans les bons principes, par une famille vertueuse et depuis des siècles établie dans l’honneur, ait pu… voler au jeu !… oh !…

» Et qu’est-ce que c’était que ce beau messager, son ami, son défenseur, qui avait pris tant de peine pour empêcher le Hollandais volé de faire un esclandre ?

» Château-Gaillard, voyons ça ! l’annuaire de la noblesse ? — Où prenait-on ces Château-Gaillard ? Avec qui étaient-ils alliés ?… Hum !…

On délibéra sur ces bases, pendant cinq ou six jours ; et, pendant ce temps-là, Château Gaillard, superbe et charmant, logeait à l’hôtel et se disait partout « un ami de Paul. » On le voyait aller chez les Malinvault ; on n’entendait point contredire par la famille la qualité qu’il se donnait, il avait bon air et donnait le ton, au café. Cela passa pour fait acquis.

Et le résultat de la délibération fut : d’abord que madame de Malinvault écrirait à Paul une lettre maternelle qui le rappellerait immédiatement, lui faisant à la fois sentir le désespoir des siens, et pressentir leur pardon ; et que, d’autre part, M. de Malinvault enverrait à Paris un bon notaire qui examinerait la situation, s’informerait des choses et des gens, pousserait enfin jusqu’à Amsterdam, au besoin.

Quant à Château-Gaillard, on le remercia de ses bons soins ; on l’invita à dîner, pour prendre congé, et on lui souhaita un heureux voyage.

Il aurait préféré que les choses prissent un autre tour ; mais qu’y faire ? — Et puis ce notaire de province… jeté dans l’affaire, lui déplaisait. Mais il faut bien souffrir ce qu’on ne peut empêcher.

Ce notaire était jeune et pas mal tourné. Avec cela quelque usage, ayant l’heur d’avoir sa clientèle dans la noblesse et d’y être reçu ; — et intelligent.

Découvrir que le banquier hollandais n’était à Amsterdam ni banquier, ni hollandais ; acquérir la persuasion qu’il ne pouvait être qu’un compère, fut pour ce notaire l’affaire de peu de jours.

Pendant ce temps-là, madame de Malinvault, en Poitou, obtenait de Paul des aveux complets.

Ainsi donc, d’une part, c’était Jean qui, voyant Paul pris entre ses passions et la gêne, l’avait démoralisé, lui avait parlé martingale… puis lui avait mis en main les jeux préparés… Et de l’autre, c’était le même Jean de Château-Gaillard qui avait conduit chez Antonia le prétendu banquier hollandais, pour y tenir le jeu de Paul.

Or qu’était-ce maintenant que Château-Gaillard ? Un escroc ordinaire ? — Non, car toutes informations prises, on ne trouvait contre lui rien qui ne fût d’un galant homme… Il jouait, mais… à tort ou à raison, jusqu’alors son jeu n’avait fait crier personne. Il était d’ailleurs reçu dans le monde, et bien que sa naissance fût considérée comme irrégulière, on ne pouvait le mettre sur le pied d’un aventurier, puisque M. Mériot, de l’Académie française, le traitait en fils adoptif.

Il y avait donc dans le coup une escroquerie, mais une escroquerie faite par Paul au profit de Jean. En d’autres termes, si Jean avait été le Méphistophélès, Paul était le Faust. Méphistophélès avait été l’instigateur du mal, mais Faust l’avait commis. Et s’il devenait clair comme le jour que Jean avait conçu et exécuté une infamie, il était non moins vrai que Paul était un grec.

L’affaire restait donc assez compliquée, et fort délicate. Attaquer le compère de Château-Gaillard en escroquerie, c’était faire éclater le scandale. Refuser de payer les billets de Paul, c’était employer un autre moyen pour arriver au même but. Quant à Jean, cheville ouvrière de tout, impossible de l’atteindre derrière son compère et derrière Paul. Où étaient les témoins des conseils donnés ? Qui prouverait qu’il avait fourni ces jeux de cartes ?

Le notaire s’en alla donc, un beau matin, trouver Mériot, et lui exposa le cas.

— Ce n’est pas possible ! s’écria le poëte qui bondit d’indignation. Jean ! mon fils ! ourdir une telle infamie ?…

Mais s’il se révoltait ainsi, c’était plutôt encore sous le coup de la terreur que sous celui de l’injure — car, tout à coup, mille souvenirs lui revenaient qui lui apportaient l’épouvante : des espiègleries d’enfant, des roueries de jeune homme. Non ! cette combinaison n’était pas absolument improbable, et tandis que le père criait :

— Ce n’est pas possible !

L’homme se demandait :

— Serait-ce donc possible ?…

Et des abîmes s’ouvraient au-devant de sa pensée.

— Monsieur, dit le notaire, deux jeunes gens sont en cause : tous deux… coupables à des degrés différents, mais tous deux à leur première faute. Il ne faudrait les perdre ni l’un ni l’autre ; mais vous comprenez aussi qu’une famille ne saurait être dépouillée…

— Certes !

— Unissons donc nos efforts ; faisons à nous deux, sans bruit, l’instruction de cette affaire, et nous tâcherons d’empêcher tout scandale, de nous associer pour combler le désastre…

— Monsieur, je m’associerai d’autant plus volontiers à vos recherches, qu’il m’importe au dernier point de savoir si véritablement M. de Château-Gaillard a une part dans tout ceci — et quelle est cette part. — S’il n’est pas le coupable, il ne saurait assumer la responsabilité de rien, et j’entends qu’il soit lavé même du soupçon. S’il l’est… c’est aux siens de payer… ou à lui d’aller en police correctionnelle.

Huit jours après, Mériot, qui n’avait pas vu son fils depuis l’explication plus haut rapportée, se présenta chez lui. Mais quelle différence ! Cet homme qui avait alors l’air heureux des natures sereines, dont le visage respirait la bienveillance et la bonté, cet aimable homme d’esprit enfin, semblait ce jour-là porter dix ans de plus. Et puis on ne l’aurait pas reconnu à voir ses traits ravagés et contractés comme s’il avait subi une attaque d’apoplexie.

Pourtant à travers les traces de rudes secousses on aurait pu distinguer l’expression d’une énergie que le coup avait réveillée plutôt que lassée. Le père était frappé au cœur, mais le juge restait debout.

— Où sont les billets de Paul de Malinvault ? demanda-t-il, en entrant, sans autre circonlocution.

— Je ne suis pas escompteur et ne sais ce que vous voulez dire, répondit Jean, qui comprit trop bien, au contraire, que tout était découvert.

— Je ne viens pas ici pour jouer au plus fin avec vous. Pas davantage pour vous rien reprocher. Car, de deux choses l’une : ou vous avez fait cette infamie poussé par je ne sais quel vice et sans en calculer les profondeurs, et vous devez être écrasé de honte et de douleur, et il est inutile de rien ajouter aux reproches de votre conscience ; ou vous l’avez faite tranquillement, et de parti-pris, en homme qui se joue sans scrupule du droit et de la justice ; pour qui la fortune, l’honneur et la vie d’autrui ne sont que fétus ; le bien et le mal que mots vides de sens, et qui n’a d’autre loi que ses passions et ses intérêts. Et, dans ce second cas, le langage que je vous tiendrais, vous ne l’entendriez pas.

— Il y en a un que j’entends ; c’est celui que vous me tenez dans ce moment d’un ton de pédagogue, et je vous demande quels sont vos droits pour me parler ainsi.

— Mes droits ?… mes droits ?… Eh bien, vous l’allez savoir, reprit le père, qui devint pâle, et dont les yeux lancèrent un terrible éclair… Mes droits, comme tous ceux de ce monde, ont mes devoirs pour corollaires, et mon droit comme mon devoir, en ce moment, c’est de vous dire : « Vous allez vous engager, tout à l’heure, dans un régiment d’Afrique, parce que vous avez besoin d’une leçon et d’un châtiment.»

— Cela m’indique bien vos intentions ; mais…

— Cela vous dit ma volonté.

— Reste la mienne !

— Pardon : les billets extorqués par vous à ce malheureux fils de famille, égaré…

— Parlez-moi donc de fils de famille !

— Sont entre les mains de votre complice, Van Steen, auquel vous les avez remis, après avoir essayé personnellement de les faire payer par la famille Malinvault. Van Steen veut être payé intégralement.

— Il a raison.

— Parce que vous comptez sur votre part du butin ?

— Parce que Van Steen, que vous appelez, je ne sais pourquoi, « mon complice,» était parfaitement dans son droit, soit en déshonorant l’homme qui le volait au jeu, soit en lui faisant racheter son déshonneur ; parce que je n’ai joué, moi, que le rôle, parfaitement honorable, de pacificateur, et que nous devrions, Van Steen et moi, nous associant cette fois, pour tout de bon, en appeler aux témoins de l’affaire, dénoncer Malinvault comme escroc, et attaquer la famille en calomnie.

— Vraiment, monsieur ? Eh bien, comme je crois, moi, que c’est la famille Malinvault qui devrait vous poursuivre tous deux en restitution de titres extorqués dans un guet-apens ; et comme je me tiens pour assuré qu’en ce cas l’opinion et la loi seraient pour elle ; voici le dilemme que je viens vous poser : ou vous vous engagerez sur l’heure, en déclarant à Van Steen que vous renoncez à votre part de prise, et, sur ma modeste fortune, je préleverai vingt-cinq mille francs pour racheter les billets de Paul de Malinvault ; ou vous refuserez de vous engager, et je ne paierai rien, et laisserai les choses suivre leur cours. Ne vous illusionnez pas. Pour la famille Malinvault ce sera une affaire désagréable, mais pour vous, c’est sûrement le déshonneur ; c’est une estampille d’infamie mise au début de votre carrière, dont rien ne pourra vous laver.

— Savoir !

— C’est certain. Les Malinvault mettront tout au grand jour, et ils feront bien ; je le leur conseillerais ; et devant l’opinion la vérité apparaîtra nette et claire. On verra en Paul le fils de famille faible qui s’est laissé entraîner à une faute unique ; et, en vous, l’aventurier qui tentait sa vertu et exploitait ses passions. Paul rentré dans sa famille, couvert par la protection des siens, menant au fond de sa province la vie d’honnête homme, fils et petit-fils d’une série d’honnêtes gens, aura vite fait oublier une heure d’égarement. Vous, ne tenant à rien…

— Est-ce ma faute ?

— … Gentilhomme d’aventure…

— Merci à ceux qui m’ont fait cette noblesse !

— Je pourrais aujourd’hui, par une adoption, si vous preniez franchement le chemin de l’honneur, si vous me donniez des garanties, enfin, vous faire Jean Mériot…

— Je vous rends grâce.

— Mais soyez tranquille, en voyant vos dispositions, je n’en suis pas pressé.

— Je garderai donc ma gentilhommerie d’aventure. Elle me sied d’ailleurs ; et ce sera mon affaire de lui donner du lustre.

— Eh ! bien, c’est un parti ; soit, que vous vouliez aller gagner la croix sur le champ de bataille, et que vous fassiez un nom de votre étiquette sociale, un nom bien à vous, un nom que vous aurez créé et que d’autres, après vous, porteront en s’en faisant honneur ; soit que vous préfériez vous asseoir sur les bancs de la police correctionnelle… et continuer dans cette voie, car vous n’y compromettrez que vous.

— Très bien ; je prends la responsabilité de ma destinée. Une remarque, cependant : si j’étais de par la loi, votre fils… ou… celui de n’importe qui ? — de M. et madame Hérouard, par exemple, vous paieriez, ou ils paieraient sur-le-champ, et sans conditions. Je ne suis celui de personne et… vous… et l’on… en abuse pour me mettre le marché à la main : chair à canon ou chevalier d’industrie… choisis. Ah ! que c’est bien plus commode de faire des bâtards que des fils légitimes !…

Mériot était devenu pâle comme la mort. Le nom de madame Hérouard jeté là, comme au hasard, par Château-Gaillard, le foudroyait. Savait-il donc, cet indigne ?… mais comment le saurait-il ? un soupçon tout au plus ! Et… grand Dieu ! si jamais elle allait savoir, elle, la mère, quelle voie prenait, dans la vie, ce fils adoré !…

Cette pensée lui tordit le cœur ; mais n’importe ! il ne fallait pas faiblir… certaines heures sont suprêmes, et celle de dompter Jean, de le frapper, de l’arracher violemment au mal… ou de le laisser aller à la dérive, à l’abîme, avait sonné. À aucun prix il ne fallait consentir à payer sans obtenir l’acte décisif qui devait l’arracher à Paris et aux séductions des milieux délétères.

— Admettons, si vous voulez, que j’abuse de ma situation, reprit-il, peu m’importe ; seulement faites votre choix, car je suis venu le chercher. Van Steen attend mes vingt-cinq mille francs ; le notaire de Malinvault attend les billets de Paul, détenus par Van Steen, et moi, j’attends que vous me suiviez pour venir vous engager.

Jean, de son œil perçant, questionnait, pour ainsi dire, le fond de l’âme de Mériot. Il l’avait vu pâlir et chanceler sous le nom de madame Hérouard, comme sous une balle, et il se disait :

— Pour elle… si ce n’est pour moi, il paiera toujours… il ne voudra pas mon déshonneur… c’est impossible !… absolument impossible…

— Mon choix est fait, dit-il. Je ne m’engagerai pas.

— Bien ! répliqua Mériot avec une vibration d’énergie douloureuse qui surprit Château-Gaillard. Alors les choses auront leur cours, je vous en donne ma parole d’honneur. Adieu.

Et Mériot se leva et sortit sans se retourner.

Quand il fut sur le palier, une sorte d’étourdissement le prit. Il saisit la rampe et attendit un moment que le flot de sang qui venait de lui monter au cœur et au cerveau s’apaisât. Une horrible douleur l’étreignait, quelque chose qui tenait aux racines de son âme se déchirait en lui. Mais une résolution virile le soutenait pourtant.

Pendant ce temps-là :

— Cordieu ! se disait Château-Gaillard, s’il allait pourtant faire comme il dit et me laisser rouler sur les bancs de la police correctionnelle ?… Ah ! mais non !

Était-ce la révolte d’un honneur inné qui gisait encore au fond de sa conscience ? ou le calcul d’un esprit clairvoyant qui se disait :

— Pour se tailler une principauté, dans nos sociétés démocratiques, et s’y faire l’apanage qui convient à un capitaine d’aventure de ma trempe, on peut être brigand, mais on ne doit pas être voleur ?

Quoi qu’il en fût, il réfléchit.

— Mais, pensa-t-il, voyons ? est-ce que c’est moi, Château-Gaillard, qui, pour vingt-cinq mille francs, vais me faire soldat ? Allons donc ! il est d’autres moyens de les avoir… je ne sais pas encore… mais je découvrirai.

» Oui ! mais que je trouve les vingt-cinq mille francs, ou non, je perds à jamais la protection, la paternité du bonhomme Mériot… et en même temps celle de madame Hérouard ; je me prive de mes leviers sociaux … » Après tout ! la belle affaire que d’être soldat quelques mois ? car ils me rachèteront… et de façon ou d’autre je me retrouverai triomphant sur les dalles du boulevard dans six mois d’ici… Être soldat d’ailleurs, cela trempe l’homme… et pour la lutte sociale il faut être trempé !

» Allons, soyons un fils obéissant !

Il courut après Mériot, qui, ivre de douleur, descendait, en titubant, les dernières marches de l’escalier.

— Mon ami, cria-t-il, remontez un instant, je vous prie.

— Ah !… dit le père qui fléchit, balbutia, et se prit à pleurer comme un enfant.

Jean lui prit le bras, le soutint pour le ramener jusque dans son petit salon.

Et là, cet homme, si vert et si jeune la veille encore, devenu vieillard, eut une explosion :

— Ah ! mon ami…, mon Jean : tu n’es donc pas perdu… Je me le disais bien : il n’est pas possible que dans ce cœur il n’y ait pas une étincelle d’honneur que je ferai jaillir… un peu de tendresse qui se réveillera !… non, cela ne se peut pas, que cet enfant que j’ai bercé quand il était petit — comme un père et comme une mère aussi, — que mon trésor… que mon amour…, que ce jeune homme à la beauté d’archange n’ait rien d’humain, soit perverti jusqu’à la moelle à vingt ans !… Ah ! tiens !… pour ce moment de repentir, sois pardonné… Tu ne recommenceras plus ?… tu as été entraîné, mon Dieu ! comme Malinvault lui-même… Quelque chose t’a poussé ! peut-être une courtisane avide que tu aimes, n’est-ce pas ? — C’est cela… Eh bien, je veux oublier… j’oublierai cet écart de jeunesse que tu vas réparer… et un jour… je pourrai encore être fier de toi.

— Pourquoi pas ?

— Ah ! cruel qui m’as reproché d’être sans famille ! à moi qui avais placé sur ta tête toutes mes tendresses et voué ma vie entière à ton enfance, à ta jeunesse, à ton avenir ! — As-tu donc été abandonné, malheureux ? Il n’y a pas de fils de prince qui ait été comme toi choyé, gâté, instruit. — Mais je t’aimais comme l’unique enfant de mes espérances. J’avais, pour ainsi dire, abdiqué ma vie en faveur de la tienne… je te passais toutes mes ambitions en te voyant tous les dons : beauté, intelligence, esprit, audace, énergie, force physique et morale, enfin je croyais voir un dieu, et je rêvais pour toi une des royautés de ce monde…

Et le pauvre père tout à coup, heurtant ses rêves au présent, sans doute, eut un sanglot qui lui coupa la voix.

— Tout arrive ! dit Jean.

Devant ce débordement de paternité, il se demandait si peut-être il ne devait pas tâcher de s’échapper hors du dilemme qui l’enfermait entre l’Afrique et la police correctionnelle.

Une scène de sensibilité peut-être ? quelques accusations à la destinée ? des phrases byroniennes… un appel à la mère inconnue…

Mais il regarda Mériot…

Non ! cet homme l’aimait passionnément, mais ne serait pas dupe d’une comédie. — Alors il valait mieux couper court à la scène pathétique. Jean ne s’y sentait point à l’aise.

— Vous me permettrez, dit-il, de prendre quelques informations au ministère de la guerre et de choisir mon régiment ?

Les larmes de Mériot se tarirent ; son visage flétri reprit l’expression d’une austérité triste.

— Allons, dit-il.

Chemin faisant :

— Mais, dit Château-Gaillard, l’État ne fera-t-il pas quelques difficultés, à propos de mon acte de naissance ?

— J’y ai songé, et j’y ai pourvu.

— Ah !… bien… Pour ce qui est de mes camarades, s’ils plaisantent ma noblesse, ce sera comme jadis à l’école de droit… Je répondrai par un soufflet et un coup d’épée…

— Malheureux !

— Eh ! bien, quoi ? faut-il laisser insulter ma mère ?

Jean s’engagea dans un régiment de cavalerie qui n’avait plus que six ou huit mois à faire en Afrique, et dont il sut que le séjour à Paris était prochain.

Et il partit crânement, le sac au dos… Mais auparavant il trouva moyen de faire deviner à madame Hérouard et à sa fille qu’il s’engageait par désespoir d’amour.

Àl’une il laissait un remords ; à l’autre, un souvenir.

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