VII
Christine revint à Stockholm le jour marqué. Son retour fut une fête: on eût dit une jeune reine rentrant dans ses États. Ses amis l'adoraient; on l'invitait partout. Le deuil récent l'empêchait d'accepter. Sa porte s'ouvrit à un battant, et elle ne reçut que les intimes: aux yeux de tous, Georges fut bientôt du nombre. Les amis de la comtesse s'en effrayèrent tout d'abord: autour d'une jolie femme, l'amitié est presque aussi jalouse que l'amour. La prudence et la retenue du jeune diplomate endormirent les soupçons des uns et désarmèrent les défiances des autres. Mais rien n'échappait à la clairvoyance du baron de Vendel: il n'y a que les amants aimés qui soient aveugles. Christine contenait mal son bonheur; il lui échappait de toutes parts.
«Que vous êtes belle! lui dit un jour le baron d'un ton chagrin, plus belle que jamais, en vérité! vous vous transfigurez!
--En êtes-vous fâché?
--Oui.
--Et pourquoi donc?
--C'est le bonheur qui vous rend belle, et c'est l'amour qui vous rend heureuse!
--Je retrouve là votre ancienne idée: l'amour est le fard de la femme....
--Je vous aimais mieux quand vous n'en mettiez pas.»