‹ Chroniques de J. Froissart, tome 09/13Chapitre 4 sur 25 · CHAPITRE II.

CHAPITRE II.

_La rédaction primitive du deuxième livre. Date de sa composition.--Classement des manuscrits._

Le deuxième livre des _Chroniques_ n’offre point, comme le premier, plusieurs rédactions différentes; il n’en présente qu’une seule, revisée plus tard et quelque peu remaniée dans certains manuscrits. Cette rédaction, que j’appellerai _primitive_, et qui commence dans le présent volume au § 83, remonte à une époque où, après des remaniements successifs, l’auteur avait développé jusqu’en 1378 la fin de la première rédaction de son premier livre, qu’il faisait finir avec le § 82. Le manuscrit de Besançon[6], dont le premier livre se termine par les mots: «si comme vous orrés recorder avant en l’istoire», offre un exemple de cette coupure pour les deux premiers livres des _Chroniques_[7]. Plus tard cette continuation fut admise dans la première rédaction revisée du premier livre (représentée par le ms. de la Bibl. nat. fr. 5006), dont le second livre commence à la prise de la Roche-sur-Yon (t. VII, p. 163, § 631). Quand enfin Froissart eut reculé le commencement du second livre à la place qu’il occupe dans cette édition et remplacé à la nouvelle fin de son premier livre la continuation par quelques chapitres ajoutés[8], cette continuation forma tout naturellement la tête de la rédaction primitive du second livre, qui, une fois revisée, devint la suite de la première rédaction revisée du premier.

[6] Contrairement à l’opinion de M. S. Luce (t. I, p. XXVII) j’estime que dans le ms. de Besançon la continuation appartient non pas à la première rédaction proprement dite, mais à la rédaction revisée: la parenté étroite des mss. _B 5_, _B 7_ du second livre et du ms. de Besançon est prouvée pour cette partie du texte par un bourdon qui supprime près de deux pages du présent volume (p. 70, l. 19, avoient... Lanclastre, p. 72, l. 12).

[7] Cf. t. I, p. XXVII.

[8] Cf. t. I, p. XXVIII.

On a vu plus haut que la _Chronique de Flandre_ avait dû être écrite très vraisemblablement en 1386. C’est à une année plus tard qu’il faut reporter la date de la composition du deuxième livre des _Chroniques_. Une allusion en effet au mariage de Jean, fils du duc de Berry, et de Catherine de France, qui eut lieu le 5 août 1386 (t. IX, p. 47) montre que la nouvelle œuvre de Froissart ne peut être antérieure à cette date. D’autre part, l’auteur nous dit lui-même, dans son troisième livre[9], qu’en 1388 il avait achevé la rédaction du livre précédent. C’est donc en 1387, alors qu’il était sur les bords de la Loire auprès de Gui de Blois, qu’il mit au jour la nouvelle partie de ses _Chroniques_, où il fondit sa _Chronique de Flandre_.

[9] Buchon, t. II, p. 369; Kervyn, t. XI, p. 2-3.

Les manuscrits de la rédaction primitive du second livre sont peu nombreux, 9 seulement, et se distinguent en trois familles par leur fin. Ils ont tous même commencement: «Vous avés bien chi dessus oï recorder comment li sires de Moucident se tourna françois».

Voici le tableau des mss. que je désigne par la lettre _A_:

MSS. DE LA RÉDACTION PRIMITIVE. = MSS. A.

PREMIÈRE FAMILLE.

Mss. _A 1_ = ms. Vossius fol. gall. 9 II de la Bibl. de l’Université de Leide. _A 2_ = ms. 1277 de la Bibl. de Cheltenham (Th. Phillipps). _A 3_ = ms. 148 de la Bibl. de lord Ashburnham, à Ashburnham Place.

DEUXIÈME FAMILLE.

Mss. _A 4_ = ms. Arundel 67 II du Musée britannique. _A 5_ = ms. 206 de la Bibl. de lord Mostyn, à Mostyn Hall (Pays de Galles).

TROISIÈME FAMILLE.

Mss. _A 6_ = ms. de la Bibl. de Besançon[10], t. II. _A 7_ = ms. fr. 2664 de la Bibl. nat. _A 8_ = ms. fr. 2658 -- _A 9_ = ms. 24258 de la Bibl. de Cheltenham (Th. Phillipps).

[10] On a vu plus haut, p. V, que le tome I de ce ms. contient la continuation formant la tête du second livre.

Le ms. _A 1_ qui a servi de base à l’édition à partir du § 83 présente quelques lacunes: il se recommande par les formes archaïques que seul parfois il contient.

Les mss. _A 2_ et _A 3_, tous deux œuvres de Raoul Tainguy, le copiste fantaisiste auquel M. Luce a consacré une notice intéressante[11], offrent un grand nombre d’interpolations, dont la plupart ne sont que des injures adressées en une sorte d’argot populaire aux gens du commun, pour lesquels le copiste professe un souverain mépris. Le ms. _A 2_, qui se rapproche le plus du ms. _A 1_, est incomplet au commencement.

[11] _Œuvres complètes d’Eustache Deschamps_, publiées pour la _Société des anciens textes français_, t. II (1860), p. VI-XVI; 2e édition augmentée, dans _La France pendant la guerre de Cent Ans_, 1re série (1890), p. 249-259.

Les trois mss. ajoutent à la fin, après la paix de Tournai, un assez long passage formant variante avec la _Chronique de Flandre_.

Les mss. _A 4_ et _A 5_ interrompent brusquement leur texte bien avant la fin ordinaire du second livre[12]: «car Alemant vont volentiers en pelerinage, et l’ont eu et le tiennent en usage». Je regrette de n’avoir pu examiner _de visu_ le ms. _A 5_, n’ayant eu à ma disposition que la reproduction photographique de trois pages du ms., suffisantes cependant pour constater que les mss. _A 4_ et _A 5_ n’ont pas la même suite de rubriques.

[12] Buchon, t. II, p. 319; Kervyn, t. X, p. 348.

Les mss. de la troisième famille offrent parfois certaines omissions dues à la hâte des copistes, et se terminent à la paix de Tournai, en 1385.