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Chapitre 18 Lundi, 14 juin.

(C’est que c’était l’hiver

et que c’est le printemps.)

V. Hugo.

L’air est doux. Le ciel, maillé de bleu, resplendit plus beau à travers les nuages floconneux. Dans les espaces, flottent mollement les fils de la Vierge et le zéphir apporte à mes sens ravis, des parfums subtils, pénétrants, comme les brises de l’Arabie traversant les oasis en fleurs.

La terre s’est réveillée de son long sommeil. Elle a secoué sa torpeur, son engourdissement et sourit au soleil, son inconstant amant ; coquette, elle se revêt de sa plus belle parure pour fêter le retour de son bien-aimé. Elle a piqué de ci, de là, sur ses longs vêtements, des fleurettes aux couleurs vives, tranchant sur sa robe d’émeraude.

Oh ! le bon air ! Oh ! le renouveau du printemps qui change tout en vous, dore vos illusions de couleurs plus belles et laisse couler dans vos veines un sang plus vif et plus chaud…

C’est lui aussi qui met des chansons dans l’air, des mélodies enivrantes au-dedans de l’être, et qui, par son souffle vivifiant, fait vibrer les fibres de l’âme comme des harpes éoliennes.

Allons au bois ! le gazon est tendre, l’herbe soyeuse et, dans la ramure, les feuillis épais forment des bosquets charmants, des solitudes pleines de silence et de mystère.

Dans les sentiers ombreux, arrachés aux arbres en pleine éclosion, il pleut des pétales roses et blancs, qui tombent, en tournoyant gracieusement, sur la tête des jeunes couples qui s’y promènent en balbutiant la douce maïeutique de l’amour.

Les arbustes sont chargés de fleurs ; partout les épines sont cachées sous la pousse nouvelle et l’on n’aperçoit plus que des rameaux enguirlandés, souples, flexibles comme des baguettes de fées.

Oh ! les fleurettes, les gentilles fleurettes, cachées dans la mousse, chastes floraisons qu’on dirait écloses sous des baisers de vierge, si frêles, si délicates, qu’on craint les voir s’envoler dans les airs sous l’haleine des vents.

Elles sont là, toutes tremblantes sur leurs tiges, livrant aux espaces les parfums de leur âme, embaumant la solitude des bois, et ne demandant qu’à vivre et mourir aux pieds des grands arbres qui les ont vues naître.

Déjà la douce hépatique, notre anémone printanière, a réjoui nos yeux, et la linnée boréale, aux clochettes roses, ouvre timidement son calice aux premiers rayons du soleil de juin.

Le trillium, qui rappelle par sa forme et sa blancheur immaculée le lys royal, émaille à profusion le gazon de la montagne, et la petite violette et la clématite pourpre croissent avec lui dans toute leur sauvage beauté.

Tout est fête sous la feuillée. C’est la note gaie qui domine dans l’air. Elle se joint aux concerts mélodieux des chantres ailés, de la bise murmurante, du doux frisselis des feuilles, des discrets bruissements de l’insecte butinant.

Les oiseaux nous sont revenus. D’abord l’hirondelle au plumage cendré, accrochant sa demeure à nos toits, aux recoins des corniches et jusque sous les arceaux de Notre-Dame.

Voyez les industrieuses ouvrières raser dans leur vol rapide, les prés, les routes, becqueter la graine tombée, saisir le brin de paille échappé à la saison dernière à la gerbe du moissonneur, et s’envoler à tire-d’aile, chargées de leur précieux fardeau, tisser le nid qui doit abriter leurs amours.

Le rossignol a quitté sans regret les orangers en fleurs, les plaines parfumées de la Syrie et vient gazouiller ses suaves romances sous notre beau soleil.

Et dans le silence des nuits, quand la brise assoupie ne murmure que faiblement, quand les fleurs alanguies ouvrent leurs corolles à la rosée rafraîchissante, sa voix s’élève pure et cristalline et va charmer les échos endormis.

Tantôt, elle éclate dans les airs, triomphante et sonore comme une fanfare guerrière : c’est l’Alleluia d’amour.

Tantôt elle se fait tendre et plaintive pour consoler la douleur cachée : c’est l’hymne sublime de l’espérance qui parle au coeur un sympathique langage.

Et les fleurs et les bocages, les hommes et les choses, recueillis et émus, écoutent ces trilles mélodieux qui montent dans la mélancolisante clarté des étoiles…

Les oiseaux, la verdure, les bois, l’air pur, la jeunesse, le printemps !

Mon Dieu ! qu’il fait bon de vivre !

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