‹ Chroniques du lundiChapitre 6 sur 29 · Chapitre 6 Lundi, 7 décembre.

Chapitre 6 Lundi, 7 décembre.

Vous le savez, – personne ne se gêne d’ailleurs pour le dire – on trouve toujours qu’il y a assez de filles sur la terre et, pour la plupart, quand elles font leur apparition première sur notre planète, on ne leur fait pas habituellement le plus aimable des accueils.

Et combien l’on s’apitoie sur les pauvres mères dont la famille ne se compose que de filles !

En fin de compte, me dira-t-on, quelle est la raison de ce détestable préjugé, poussé si loin dans certains endroits, en Chine, par exemple, où l’on n’a trouvé rien de mieux, pour empêcher le sexe féminin d’augmenter en nombre, que de faire mourir les filles dès leur naissance ?

Après avoir si longtemps et si patiemment enduré toutes ces avanies, il n’est pas étonnant que ces pauvres filles se rebiffent un peu d’être sans cesse reléguées au second rang, et que, dans leur ardeur d’affirmer leurs droits, elles dépassent un peu le but.

Puisque le sexe masculin, comme on peut s’en convaincre par les statistiques des différents pays, est inférieur en nombre au sexe féminin, celui-ci obtiendra bientôt par « la raison du plus fort qui est toujours la meilleure, » le droit de coudoyer ses seigneurs et maîtres dans leurs plus hautes fonctions de l’État.

Ainsi, l’on parle déjà pour le vingtième siècle, de la femme-député, de la femme-académicienne, avocate, juge, etc., etc., tout excepté, je le crains bien, de la femme-femme.

Qu’il y a loin du temps où, au concile de Constance, l’on discutait la fameuse question :

— La femme a-t-elle une âme ?

Ah ! elles ont pris leur revanche depuis, assurément, et les vieux docteurs de l’Église seraient fort édifiés d’apprendre, en vérité, une théologie nouvelle sur la chute de l’homme. Dans un congrès féminin tenu à Erfurt, au mois de novembre de l’an de grâce mil huit cent quatre-vingt-onze, on a prouvé, de la manière la plus claire et la plus positive possible, que c’est à l’inconcevable faiblesse d’Adam que l’humanité doit d’être déchue de sa grandeur native.

Suivez bien ce raisonnement :

« Adam était le pouvoir exécutif, Ève le pouvoir délibératif. Or, gouverner, c’est prévoir, suivant un axiome moderne. Adam n’a rien prévu. Il était indigne du pouvoir. Donc, le sceptre doit incontestablement passer à Ève. »

Qu’on dise maintenant que les femmes n’ont pas de logique !

Mais, revenons, à notre sujet, et calculons nos forces par le monde entier.

En Angleterre, d’après le dernier recensement, le nombre des femmes et des filles, qui s’est accru de deux cent mille en dix ans, l’emporte de six cent mille sur celui des hommes et garçons.

En Allemagne, la Prusse compte un excédant de six cent mille femmes sur le nombre des hommes, et l’empire germanique, un million !

Dans la Suède et la Norvège, le sexe féminin a une majorité de deux cent cinquante mille.

En Autriche-Hongrie de six cent mille.

En Danemark de soixante mille.

Et ainsi de suite dans tous les pays de l’Europe.

Aux Etats-Unis, au Canada et dans l’Australie, le sexe masculin l’emporte encore, il est vrai ; mais patience ! dans peu de temps, comme les statistiques de chaque année l’indiquent, l’élément féminin ne tardera pas à prédominer.

Chose piquante à constater, et très flatteuse pour nous, c’est que, dans tous les pays où la civilisation est moins avancée, la population féminine est de beaucoup moindre que la population masculine.

Qu’en pensent les moralistes et les ethnographes ?

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