‹ Cinq nôChapitre 4 sur 8 · PREMIÈRE PARTIE

PREMIÈRE PARTIE

SCÈNE I.

Introduction instrumentale. Entrée du waki-zure et du waki. Ils portent le costume de moines bouddhiques déjà décrit à propos du nô d’Atsumori. Ils entrent en scène et se placent comme il a été dit pour le nô d’Oimatsu.

waki et waki-zure.

De ces montagnes l'épaisseur est faible, mais le désir de retraite (bis) Est profond en nos coeurs.

Le choeur répete ces vers en sourdine.

WAKI (tourné vers le public).

Nous sommes des moines habitant le mont Koya (‘). En ce moment nous montons a la capitale pour y porter l notre hommage aux vénérables sanctuaires bouddhiques et shintoiques. Le Buddha du passe depuis longtemps nous a quittés : Le Buddha a venir n’a pas encore paru dans le monde.

waki et waki·zure (se faisant face).

Nés en cette durée (‘) d’un songe, Que pouvons-nous crolre réel? Par une rare fortune, nous avons recu la forme humaine, difficile a recevoir, Nous avons rencontré la doctrine du Tathégata difficile à rencontrer (’); , C’est la le germe de l'illumination, Et cette pensée occupe uniquement notre coeur. Pour celui qui, revétu de cette simple robe noire, . SOTOBA—KOMACHI 175 Sait ce que fut son étre avant sa naissance (bis), ll n’est point de parents a aimer; Et s’il n’est point de parents, il n'est point . D’enfants auxquels le cmur doive s’attacher ; Franchir mille lieues n'est pas faire une longue route; Coucher dans la lande, passer les nuits dans la montagne, En vérité c’est chose commune pour qui a quitté [le [monde] (‘) (bis). ° WAKI. — |’ai fait diligence, et voici l'endroit qu’on appelle le bois de pins d'Abeno du pays de Settsu. je vals me reposer un moment en ce lieu. lls vont s’asseoir au pied de la colonne du waki. soimu 11. Introduction instrumentale. Entrée du sbite. ll porte un masque de vieille femme et a la téte couverte d’un kasa, grand chapeau fait de rotin tressé et verni en noir. ll est vétu du nasbime et d’un migwgvromo (') de couleur sombre. ll . s’avance lentement en s’appuyant sur une canne et a plu- sieurs reprises s’arréte comme a bout de forces, pendant la traversée du pont. snrra. je ne suis qu’une herbe flottante que nul courant (bis) N’cntraine plus ('). Ah! quelle tristesse! Le chueur répéte ces vers en sourdine. ' surrs. Hélas! autrefois en vérité Mon orgueil fut extréme.

Aile de martin-pêcheur (‘), ma chevelure soyeuse et luxuriante
Ondulait comme le saule à la brise du printemps.
Mes chants étaient ceux du rossignol
Mouillés de rosée. Du lespedezza humide de rosée
Les fleurs commençant à peine à s’ouvrir
Sont admirées ; je l'étais davantage.
A présent aux plus humbles femmes du peuple je parais repoussante,
Et ma honte s’étale aux yeux de tous.
Des jours et des mois de douleur se sont accumulés sur moi,
Et je suis devenue vieille et centenaire.
A la capitale, ah ! combien je redoute les regards !
Si quelqu’un allait dire : « Est-ce donc elle? » Et dans la nuit commençante,
Avec la lune qui se lève, je quitte (bis)
Le séjour des nues et le [palais] aux cent assises de pierre (').
Les gardes qui veillent à la colline buchi (')
N'interrogeront pas quelqu’un d’aussi misérable.
Quelle douleur de devoir me cacher sous l’ombre des arbres (‘) !
Voici Toba et la Tombe d'amour ('), la colline d'automne(‘),
Et sous le cannellier de la lune (’), les bateaux de la rivière Katsura.
Ah ! qui sont ceux-là qui passent en ramant (°) ? (bis)

C'est ici l'endroit qu’on appelle le bois de pins d'Abeno au pays de Settsu (’). je suis trop lasse vraiment ; je vais m’asseoir sur cet arbre mort et me reposer un moment.

ll se découvre, et va s’asseoir sur un siege qu’on apporte 1 A ce moment et qu’on place au milieu de la scene, au daisbd-mae. 1 SOTOBA-KOMACHI 179 SCENE 111. WAKI (se levant). Oh! oh! voyez donc cette mendiante! Ah! que sa décrépitude est effrayante! Mais n'est-ce pas un stiipa sur quoi elle est assise? je vals l’instruire et la faire partir de la. (ll s’avance vers le shite, tandis que le ‘lDdki·.{`1¢1’8 passe derriere celui-ci et va se placer a sa droite.) Hola, men- diante! Ce sur quoi tu es asslse, n’est-ce pas un stflpa, le corps matériel méme du Buddha, a qui est due toute révérence P Quitte cet endroit et va te reposer ailleurs. surnz. Vous parlez de la révérence due au corps matériel du Buddha; mais on ne voit ici aucun caractére, ni aucune forme sculptée. ll semble bien que ce ne soit qu’un tronc d'arbre mort. WAKI. Ne f0t—ce plus qu’un arbre mort au fond des monta- [gnes, L’arbre sur lequel se sont épanouies des fleurs ne saurait · l [étre ignoré. A plus forte raison, comment un arbre oi: a été sculpté le corps de Buddha n’aurait-il pas de signe [qui le ré- véle]? snrria. ]e ne suis moi-méme qu’un pauvre arbre enseveli (‘); Si mon cozur a encore des fleurs, [pourtant Pourquoi ne pourraient-elles étre une offrande [au [Buddha]? Mais pour quelle raison est-ce la le corps du Buddha P

� rm cruq no wAx1·zuma. Le stupa, c’est Vajrasattva Apparu sous une forme empruntée qui a établi ce sym- [bole (‘). surra. Et quelle est la forme en laquelle il l’a établi P wma. C’est la terre, l’eau, le feu, le vent, l’espace. sums. Les cinq éléments, les cinq cercles, c'est [aussi] le corps [humain; Pourquoi donc vouloir ici une telle separation (’)? Tsuma. La forme matérielle est la méme sans doute, Mais l'essence intime et la vertu sont bien différentes. ’ sum;. Et quelle est donc la vertu du stiipa? wmu. << Un seul regard sur un stupa écarte in jamais des trois [voies malheureuses (‘). » snrra. a Une seule pensée fait naitre au cceur Yillumination (‘) . » Comment ceci serait-il de moindre prix? Tsumz. Si ton cceur a regu l’illumination, pourquoi ne quittes-tu [pas ce monde d’illusion P

� SOTOBA·KOMACHI rm surrz. Par l’extérieur, je ne l'ai point quitté (‘), Mais mon cmur, lui, l’a quitté. wax!. De coeur tu n’en as point certes, Si tu n’as pas reconnu le corps du Buddha. sg-urs. C’est parce que j’ai reconnu le corps du Buddha, que ie me suis approchée de ce stiipa. Tsuma. S’il en est ainsi, pourquoi, au lieu de le vénérer, t’y es-tu [assise? snrrs. Alors que ce stiipa est ainsl étendu, M’est-il donc interdlt de me reposer? WAKI. Cela contrevient a la concordance des conditions (‘). Sl-ll'l‘E. La discordance méme des conditions peut sauver (‘). Tsumz. Et la malice de Devadatta (‘) sr-wm. [Vaut] la miséricorde d’Avaloldtecvara. wma. ` Et la stupldité de Ksudrapanthaka ('),

� isa c 1 N Q N o surrs. Uintelligence de Mahjuqri. Tsuns. Et ce qu°on appelle Ie mal si-irrz. Est [la méme chose que] le bien; wax!. Et ce qu’on appelle l‘illusion ° surna. Est [ldentique a] I’illumination (‘). rsumz. oc Uillumination dans son essence snrria. N’est pas un arbre, wax!. Et de miroir brillant snrrs. ll n’est pas sur le support. cuozun. t En vérité puisqu’au fond rien n’existe » (‘), Entre le Buddha et les étres il n’est pas de distinction. Puisquassurément il n’y a la(‘) qu’un moyen détourné (bis) [D’acc0mplir] le serment formellement juré De sauver les pauvres humains ignorants, La discordance méme des conditions peut tirer de Alnsi elle parle avec douceur. . [l’abime. . l

� « Vraiment cette mendiante posséde l'intelligence », disent Les moines, et courbant leurs fronts jusqu’a terre, Ils la saluent par trois fois.

Le waki et le waki-zure se prosternent devant le shite.

Shite.

Et moi maintenant enhardie, ]’aioute une poésie plaisante ; 4 Si c'était au paradis, certes se serait mal; [t-il (‘) ?» Mais hors de la, sur un stupa, quel inconvenient y a-

cn-mzun.

Ah ! que l'enseignement de ces moines est difficile (‘) ! (bis).

Le waki et le waki-(ure reprennent leur place ordinaire au pied de la colonne.

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