Scène V
Shite (tendant son chapeau vers les moines),
Ah ! donnez-moi quelque chose, ah ! moines ! ah !
Waki.
Que veux-tu ?
Shite.
Ah ! moines ! je veux aller auprès de Komachi.
Waki.
Mais tu es toi-même Komachi ! Pourquoi dis-tu une chose aussi absurde ?
Shite.
Ah! de celle qui s’appelait Komachi la beauté était si grande ! D’ici, de là, [de tous cotés], lettres et billets
Lui étaient écrits, nombreux comme la pluie d’été assombrissant
Le ciel. Pas une seule fois elle ne répondit, fut-ce par un mensonge!
Elle a vécu, elle est devenue centenaire, et voilà son châtiment.
Ah! que je l’aime ! ah ! que je l’aime !
Waki.
Tu l’aimes, dis-tu ! Mais quel est donc l’esprit qui s’est emparé de toi ?
Shite.
Ah ! qu’ils furent nombreux ceux qui donnèrent leur cœur à Komachi ! Entre tous l’alma profondément le noble général de [Fukakusa.
CHOEUR.
Volcl toutes mes rancwurs qui revlennent. Vers l’escabeau de son char encore et encore je veux ‘ · [aller. l Le jour, ie m’lnquléte de l’heure; et quand descend la L [nuit, je pars, avec la lune comme seule compagne. Sur le che- [min que je suis, Les gardes des barrieres auront beau se dresser, 1 je ne m’arréteral pas. Allons, partons. r
ll va a l’arriére-plan, oi: les memo-luke lui enlévent son cha- peau, sa canne et le m£{u·gvroma, le revétent du ; a habit de chasse », sorte de dalmatique a larges manches l dont l’ouverture est garnie de cordons qui pendent, et le coiient de l‘ebosb£, haute collfure de cour de couleur noire (‘). Puls ll redescend en scene. [
DEUXIEME PARTIE
sc1¤:N1.=·: v1.
CHOEUR.
Les gardes des barriéres auront beau se dresser, je ne [m’arréteral pas. Allons, partons.
SHITE.
Relevant mon bakama (’) blanc, Pendant le chceur qui suit, le shite exécute un iroe, ou un kalwri (•), ligurant la marche précipltée du général. SOTOBA-KOMACHI im cnoaun. Relevant mon bakama blanc, Ployant en coup de vent mon haut chapeau droit, Reietant sur ma téte les manches de mon habit de Me cachant in tous les regards sur le chemin, [chasse('), je vais sous la clarté de la lune, je vais a travers l’obscu- Par les nuits de pluie, par les nuits de vent, [rité, Sous Yégouttement des feuilles, dans la neige épaisse, si-111*2. Sous lcs gouttes d’eau tombant du bord des toits, vite, [Vue (t): cnczun. jc vals, je reviens; revenu, j'y retourne. Une nuit, deux nuits, trois nuits, quatre nuits, Sept nuits, huit nuits, neuf nuits, Dix nuits (‘); en la nuit méme de la féte des récoltes, Sans la voir, j’ai fait ce chemin. Aussi fidélement que le Marque les heures, chaque matin, [coq ]'ai fait mes marques au bord de l’escabeau. . Durant cent nuits je devais venir, Et déia la quatre-vingt-dix-neuviéme était passée. sr-nm;. Ah! quelle souffrance! mes yeux s’obscurcissent (‘)! cnoaun. Qllelle douleur en ma poitrine l Et désespéré, Sans pouvoir atteindre la supréme nuit, il est mort. · Du général de Fukakusa ESt-ce done la colére jalouse qui s’empare de moi ('), Et me iette en une telle folie P Puisqu'il en est ainsi, pour Yexistence future
�
Il faut prier : là est la vérité.
Entassant les galets jusqu’à en faire un stûpa,
Je veux rendre mon corps brillant comme l’or () ;
De mes mains tendues offrant des fleurs au Buddha,
Je veux entrer en la voie de l’illumination (bis).
NOTES
Page 174 :
(') Montagne de la province de Kii, sur laquelle Kukai U grand monasttre KongAbu-jl. qui fut le centre de la pu secte Sbingon.
(*) Le mot chûgen rappelle l'expression consacrée n <Mgen, - l'intervalle entre les deui Buddhas ■, Çàkjs celui du passé, et M^itreya, celui de l'avenir, auxquels Wgc pricident faisait allusion.
(') Ce sont, en effet, les conditions primordiales du salut, d'abord naître homme, et cela n'est pas aisé à obtenir pi multitude d'êtres de toute espèce que le tourbillon inces! la vie et de la mort ramène k chaque instant ù l'existence, ensuite avoir accès k la doctrine du Buddha. et c'est le l petit nombre parmi les hommes. Réunir ces conditions est aussi difficile, a dil le Buddha, qu'il l'est à une tortue aveugle rencontrer un morceau de bols flottant en l'Immensité de: cl de passer sa tête par un trou ouvert dans cette épave.
Page 175 :
('} Pour qui connaît la succession indéfinie des esisteni liens de parenté les plus Intimes n'ont qu'une valeur n temporaire et. pour ainsi dire, de circonstance ; comme les conditions et relations où la vie nous engage, ils ne se des accidents momentanés, sans réalité foncière.
(') Ces vêtements ont été décrits à l'occasion du nO lî'AL
(') Emprunt à une poésie de Komachi, insérée au I. X^ Ki>«iMAfi. Invitée par Bunya no Yasuhlde, autre poète • de cette époque, h l'accompagner en Mikawa où il se : comme fonctionnaire, elle répondit
Wabinureba, Triste et seule,
Mi wo uki-kusa no Je suis une herbe Hottante
Nc wo tact:. Dont la racine est brisee;
Sasou migu araba, Qu’un courant m'entrai’ne,
Inan to so omou. Et je suis prete A partir.
Page 176 :
(•) C’est-à-dire à reflets bleus, reflets qu’ont seuls les cheveux d’un noir brillant, particulièrement estimés de tout temps au Japon.
(*) La capitale et le palais impérial. Pour la première de ces expressions, cf. p. 153, n. 2 de la p. 137. La seconde est une image figurant la solidité inébranlable et la durée promises au trône impérial.
(•) Éminence boisée près de Ninna·ji, aux environs de Kyoto.
(•) D’après le Senzaishu, l. XVI, Minamoto no Yorimasa, connu depuis sous le nom de Gen Sammi, étant de.service au poste de garde établi sur cette colline, vit de loin, par une nuit claire. passer le cortège impérial. Il exprima son regret de ne pouvoir s’y joindre par la poésie suivante :
Hilo shiremo Ignores des hommes,
Ouchi-yama no Sur la colline Ouchi
Yamamori wa Gardes qui veillez, [arbres
Ko-gakurete nomi Ce n’est que caches sous l’ombre des
Tsuki wo mira kann. Que vous pouvez apercevoir ia lune.
Komachi s’applique à elle-même cette plainte. L’allusion est amenée par le mot Ouchi, qui est l’un des noms donnes au palais impérial.
(') Koi-zuka : tombeau de Kesa gozen. Poursuivie par les assiduités de son cousin, elle promit de lui céder à la condition qu’il tuat d'abord son mari, et lui indiqua dans quelle partie de la maison il reposait. Puis la nuit venue, elle se substitua à celui-ci et reçut le coup mortel à sa place. Desesperé, l'assassin se fit moine et acquit une grande célébrité sous le nom de Mongaku shonin.
(•) Endroit souvent chante par les poètes pour la beauté du paysage.
(’) La croyance à l'existence d’un cannellier dans la lune est d’origine chinoise. Ce nom est ici employé à deux fins, et « reporté » sur celui de la rivière « du cannellier », katsura.
(') Komachi craint d’être aperçue par des gens qui pourraient la reconnaître.
(’) Cette première phrase manque dans les textes du kamigakari. Page 179 :
(*) Arbre tombé que les herbes, les feuilles mortes, la terre recouvrent et cachent aux regards; comparaison fréquemment appliquée aux personnages tombés dans une condition misérable.
Page 180 :
(*) Voir A ce suiet ce qui a ete dit plus haut, p. 169.
(’) Quelle que soit sa saintete, puisque ce symbole est fait des memes elements que le corps humain, pourquoi serait-il inconvenant de s’en approcher ? Pourquoi tant elever l’un et tant rabaisser l’autre ?
(’) Citation du Nirvdgna sélra.
(*) Citation de l’Avata1psaka sillra.
Page 181 :
(•) je n’al point pris l'habit religieux.
(’) [1m·en, et au vers suivant gyaku-en, expressions bouddhiques dont le sens general est : conformite ou non-conformite d’un acte avec les circonstances ou il se produit, circonstances de lieu, de personnes, de but propose, etc. Dans le cas actuel, le respect religieux temoigne au stupa aurait ete • de, condition concordante •, normale, en juste rapport avec la saintete de ce symbole; le manque de respect est • de conditiondiscordante •, anormale, ne convient pas A cette saintete.
(’) Le bien peut sortir du mal, et le peche devenir par ses consequences une cause de salut. Ainsi tout est lndiiferent, les apparences n’ont aucune importance et les distinctions fondees sur elles sont de nulle valeur. La seule realite est l’esscnce du Buddha, la Bhutathata qui est en toutes choses.
(*) Cousin et disciple de Cakya-muni, il s’effor•;a de lui nuire de toutes facons et fut englouti vivant dans les enfers; mais il doit iinalement obtenlr l’i11umination parfaite sous le nom de Devaraja Tathagata (Tenno Nyorai), d’apres luvataegzsaka.
(•) Disciple du Buddha parfaitement stupide et qui parvint A peine A retenlr une seule stance. D’apres la transcription la plus commune, on restitue souvent son nom sous la forme Cuddhi- panthaka; mais Yi-ts’ing declare cette transcription incorrecte et en donne une autre, qu’il traduit · petit chemin •. Cela conduit A la forme Ksudrapanthaka, qui repond d’ailleurs au pali Culapanthaka, et s’oppose exactement A Mahapanthaka, nom du frere aine de ce personnage. I N im cruo no I
L (*) Citation du Nirvdgm sailra : · Pillusion, c’est Pillumination; la vie et mort, c’est le nirvana. • (’) Chen-sieou, disciple de Hong-jen, cinquiéme patriarche du Dhyana en Chine, composa un iour la stance suivante : Le corps est [comme] l’arbre de la bodhi, Le coaur est comme un miroir brillant pose sur un sup- Soyez attentifs A l’essuyer frequemment, [port. Et ne laissez pas s’elever la poussiere. Mais son condisclple I·louei—neng, refutant ce grossier rea- llsme, riposta : Uillumination dans son essence n’est pas un arbre; N Sur le support il n‘y a point de miroir brillant. I Au fond rien n’exlste reellement; D’ou donc s’eleverait la poussiere ? La citation porte sur les trois premlers vers de cette seconde [ stance, le troisieme formant le commencement de la repllquc I du choeur. (') Dans toutes les distinctions qu’on enseigne au vulgaire. — I1 a ece necessaire ici d’intervertir l’ordre des vers dans la traductlon. N Page 188 : N (•) Il y a ici un jeu de mots sur sotoba, · stnpa •, qui peut sc N lire aussi solo wa, · hors de IA •. Le sens est celui-ci : au paradis, il serait tres mal de s’asseoir sur le corps du Buddha. mais hors de la et lorsque ce corps est simplement represente par un stupa, cela ne saurait tirer A consequence. N (’) Raillerie de Komachi A Padresse des moines. La phraS¢ N est en effet susceptible d'un double sens : leur doctrine est ~ dlfdcile A comprendre. ou, il est difncile de leur hire com- N prendre la doctrine. I Page 184 : N (*) Un des luxes de cette epoque consistait A porter un grand nombre de robes tres fines, comme le montrent d’anciennes peintures ou la femme semble ensevelie dans leurs longs plis multicolores, ceux—ci · debordant · en eiet le seull alors qu‘elle est assise A Pinterieur de l'appartement. I (‘) Tcl est du moins le sens que l’on peut trouver A ces dev! N I I I · I I
� vers dans l'ignorance de la poésie chinoise à laquelle mani- festement ils sont empruntes. Le second doit s’entendre de la crainte qu’avait Komachi de ne pas être assez élégante.
Page 185 :
(') La traduction suit le sens du texte original, le Tamatsu- kuri Komachi sôsui sho, auquel il faut recourir ici, car l’auteur du nô l'abrège et le modifie de telle façon que sa phrase est peu intelligible par elle-même.
(’) Ses cheveux embroussaillés et qu’el1e ne soigne plus sont comparés aux filaments raides et emmêlés de l’armoise.
(’) Les femmes se rasaient les sourcils et s‘en peignaient d’autres plus haut sur le front, pour accentuer l’étroitesse du haut du visage qu’amincissaient les cheveux séparés en deux bandeaux tombant sur les joues et ramenés sur les épaules. L'expression sôga, « deux fourmis », est d’origine chinoise; elle ne parait répondre à rien de spécial dans la forme de ces faux sourcils, tels au moins qu’on les dessinait au Japon.
Pai Lo-t’ien avait dit dans un charmant petit poème : « Les deux bandeaux gracieux de ses cheveux sont des ailes dc cigale d’automne; ses deux fourmis arquées ont la teinte des montagnes lointaines. »
(‘) Expression tirée d’une poésie de l’Ise monogatari, mais n'ayant rien ici du sens désobligeant de l'original. Le héros, s'apercevant qu'une femme par laquelle il s’est laissé aimer, le guette à travers une haie, la prend en pitié et, pour lui faire perdre un espoir ridicule, murmure de façon à être entendu d’elle :
Momo tose ni Ils ont cent ans, Hilo tose taranu Il s‘en faut d’un an, Tsukumo-gami, Ces cheveux crêpelés comme des algues; · Ware wo kou rashi, Elle semble me désirer; Omokage ni miyu. Je crois l'apercevoir devant moi.
Page 186 :
(*) Petit tubercule qui pousse dans les rizières et les endroits marécageux.
(’) Le grand développement de la manche permettait de s‘en servir pour se voiler le visage et cacher les larmes, comme
i ig ctwo NO Page 187 : (•) Cette division n’a d’autre raison d’etre que d’indiquer le commencement de la deuxierne partie de la piece au point de vue dramatlque; sceniquement, cette partie ne commence qu‘un peu plus loin. Page 188 : (•) C’est un costume de cour masculin, celui que portait le general de Fukakusa, dont ll evoque le souvenir et materialise pour alnsi dire la presence. (°) Large pantalon dont on relevait Pextremite pour faciliter la marche. (') Voir l’exp1ication de ces mots dans l’Introduction, p. Si-52. Page 189 : (*) L’acteur execute les gestes ct les mouvements que le texte decrlt. (') L’onomatopee du texte imite le brult des gouttes d’eau. et c’est en meme temps un adverbe s’appliquant A la rapidite de la marcbe du general. (•) Cette enumeration n’a d’autre but que d’amener, par le · report- des mots to Yo, · dix nults ··, la mention de la ·fete des lumieres de Pabondance ·, toyo no akari no sechie. Ce nom, qui s’appliquait d’une maniere generale A toutes les fetes de la cour, designait plus speclalement celle qui se celebrait de nuit, A la lumiere des torches, apres le Nibname matsuri ou Shimm- sai, lorsque l’ernpereur, apres avoir goute le riz nouveau, 1e faisait gouter A toute la cour A laquelle il donnait un festin. Pour se rendre A l’endrolt Exe par Komachi qu’il ne devait pas voir, le general a manque cette fete. Les mots ¢ sans la voir • s‘appliquent A la fete et A Komachi. (•) Rappel des soutfrances des derniers moments du general. (•) Komachl est revenue A elle. Page 190 : (•) Citation d’un passage du Dajikyo, petite collection de maximes religieuses et morales composee au rx' siecle par le moine Annen, prlnclpalement A l’aide d’extraits des livres sacres du bouddhisme et des classiques chinols. Elle tut long- temps employee dans les terakoya, ecoles oiivertes par les temples, et d’ailleurs les seules qui existassent autrefols pour
� le peuple ; elle était, pour cette raison, très connue et jouissait d’une grande autorité. M. Chamberlain en a donné une traduction dans le volume IX des Transactions of the Asiatic Society of Japan. Le passage cité ici semble inspiré d’une stance du Saddharma pundarika sûtra : cf. Burnouf, Le Lotus de la bonne loi. p. 32, stance 81. D’après les commentateurs, les galets symbolisent ici les actions vertueuses ; et on sait qu’au paradis les corps des bienheureux brillent d’un éclat doré. il l i` . ` W qi--
" ' •*’•••• • sv ` — I- 1% ' n L l . °'·,, ¢ .‘|• O ‘ : N ' I .5-°-¤· .••··.`L—' A LA VISITE IMPERIALE A OHARA un ` KWANZE BEAM! M0'I‘0KIY0 N 0 T I C E `vac Ohara g0 k6, ec La V isite imperiale ei Obara », nous abordons la classe de no dits as pieces de cboses actuelles », genzai-mono, c’est-a-dire pieces sans aucun melange de merveilleux, sans intervention de divi- E nités, de demons ni d’esprits, ne retracant que des eve- A nements analogues a ceux qui se passent dans la ·vie ordi- R naire. Ce no est de plus un tvpe parfait de << piece tiree d’un 5 1"0md1Z >>, Ou du m0iHS, Cdf [8 110171676 70mdh convient md] . au Heike monogatari, ne consistant ci peu pres que dans q le transport zi la scene d’un passage d’un ouvrage existant . K auquel est enzpruntee presque toute l’a y’abulation de la i ' E A · m E I · m N
� 0 H A R A G 0 K 0 199 piece. Le Heike monogatari, comme plusieurs autres ouvrages d’ailleurs, a été largement mis d contribution par les auteurs de nd; mais géneralement, ainsi qu’on a pu le constater par Atsumori, ceux-ci n’empruntent guere que les grands traits de l’épisode, la trame du sujet qu'ils mettent d la scene. Ce sujet ensuite ils le traitent librement ; c’est de leur propre fonds qu’ils tirent les omements et les couleurs qu’ils étendent sur cette trame; et littérairement comme dramatiquement, texte et struc- ture, leurs pieces sont bien des ceuvres originates. Il n’en ·va pas ainsi pour Ohara go k6 .· si la partie dramatique, la construction de la piece, la répartition des formes, la mise en scene lui appartiennent, Seami Motokiyo njr peut revendiquer que relativement peu de chose pour la partie littéraire : le texte presque en son entier en est emprunte, le plus sou·vent mot pour mot, — et quoi qu’on en ait dit, des emprunts aussi considérables, aussi sui·vis, sont rares, — aux trois ou quatre derniers cbapitres du dougieme et dernier li·vre du Heike mono- gatari. Q? En ·voici la substance. Lorsqu’il quitta K yéto de·vant l’approcbe des Minamoto triompbants, le clan des Taira emmena avec lui zi tra#vers toutes ses pérégrinations les grands personnages qui lui appartenaient et faisaient une partie de sa force. C ’etaient d’abord Tokiko, ·veu·ve du grand Kqromori, l’ancien chef de ce clan et le fondu- teur de sa puissance épbemere; elle a·vait été éle·vee au deuxieme rang de cour, et on l’appelait pour cette raison la << princesse de deuxieme rang », Nii-dono. C ’etait ensuite l'impératrice-douairiere Toku-ko, jille de K bro- mori et de Tohi-ko, et ·veu·ve de l'empereur Takakura,
� mo c 1 N Q 1~1 0
mort ci vingt ans; elle portait le titre de Kenreimon-in. C ’était enjin et surtout le jeune empereur Antoku, égé de quelques années a peine, fils de Tahahura etde Toku·Iw, et qui avait été intronisé trois ans auparavant. Au soir de la grande bataille navale de Dan-no-ura, au débouebé du détroit de Sbimonosehi dans la Mer Intérieure, ou le { parti des Taira fut definitivement anéanti par Yosbi- tsune, l’énergique Nii·dono, ne voulant pas tomber aux mains de ses ennemis, se jeta ci la mer, tenant dans ses bras l'empereur son petitjils, et tous deux se noyérent. Sa jille, l’impératrice~douairiére, sy précipita d sa suite; mais elle fut sauvée par les soldats de Yosbitsune. Ramenée ci Kyoto, elle s’installa au Nord·Est de la ville, ci Yosbida, et ;v prit l’babit de nonne bouddbzque, le premier jour du cinquiéme mois de l’année 1 185. Elle n'avait pas trente ans.
Mais elle se trouvait la trop prés de la capitale ou triompbaient les ennemis de son parti; elle redoutait aussi, pour les avoir connus des son arrivée, d’avoir a subir d’autre part des sympathies importunes, des empressements plus curieux que sincéres, des ojfres de service bumiliantes pour sa fierté d’impératrice. Elle se retira donc plus au Nord, dans la vallée que dominent les hauteurs du Hiei-an, au petit temple lahko—in, sur le terri- toire du village d’Obara, ou rien ne devait la distraire du souvenir de ses morts, de la priére et des wuvres pus auxquelles elle avait voué sa vie pour leur salut. Elle n’emmena avec elle que deux suivantes préférées. Awa no naisbi, jille d'un seigneur qui lui aussi avail quitté le monde, et Dainagon no tsubone, qui avait été la nourrice d'/tntohu. Elle vécut prés de trente ·a ns dans cette retraite ou elle mourut en 1213, zi l’dge de 59`22I§· Le temple illustré par son sqour existe toujours. Il'f#l K
� f I 1 l E i . 1 » 0 H A R A G 0 K 0 mx dailleurs restauré au commencement du xvu° siécle par E g Yodogimi, veuve de Hideyoshi. On y conserve une intéres- E
j nonne, et une autre d’A·wa no naisbi. ? C’est en 1 186, l’année qui suivit la retraite d Obara de 5 la Kenrei-mon-in, ou, pour lui donner le titre réservé aux
i le Nyoin, qu’elle y recut la visite de son beau-pére, l’em: i pereur retiré Go-Sbirakawa no in, qui, aprés un régne i tris court, avait abdiqué et pris lui-méme l’babit religieux » Q vingt-buit ans auparavant (1 1 58), mais dont cependant ' le forte main avait vigoureusement et avec succés tra- vaillé a la cbute des Taira. L’entrevue de ces deux bauts . personnages, qui s’étaient connus de si pres autrefois dans des circonstances si dijérentes de celles ou its se retrouvaient, a été contée longuement par le Heike mo- nogatari, dont le Gempei seisui ki a encore eevezeppe le récit. ta'5 C’est cet épisode que Seami a mis a la scene dans 4 La ( Visite impériale a Obara »; et il l’a fait avec bonbeur, g cer malgré les quelques critiques que l’on lira plus bas, ce i no est assurément l’un de ceux qui laissent l’impression I la plus profonde aux spectateurs. Il a fait un cboix dans 1, le texte qu’il avait sous les yeux, il l’a abrégé, n’en a pris f que les parties les plus belles et a supprimé beaucoup de 1 répétitions qui l'alourdissent. Il a mis en dialogue, ou au mains dans la boucbe de ses personnages, ce qui n'était L qu’en narration; il lui arrive méme de transposer des répliques et de les donner a un personnage dijférent de eelui auquel les attribuait le texte original. Le dainagon Madeno-hoji, dont il fait le waki, n’est mentionné dans la suite de l'empereur ni par le Heike monogatari ni par le ( E 9
� m c 1 N Q N 0
Gempel seisui kl, qui nomment cependant plusieurs de . ceux qui en faisaient partie. On ne sait pas d’ailleurs pour quelle raison l’auteur a choisi ce nom; peut-etre q a-t-il simplement chercbe d etre agreable d une famille asse.{ puissante zi la cour, en attribuant d l’un de ses H membres un role de choix dans un episode celebre de l’histoire des temps beroiques. H D’autre part, il a considerablement abrege la celebre { an description des six ·voies » (rokudb no sata) du Heike monogatarl; et il en resulte une impression de recherche ajectee, presque de jeu d'esprit peu naturel, impression que ne donne pas, au moins au meme point, le recit plus long, plus detaille, mais aux assimilations moins precises, moins serrees, et pour autant moins forcees, du n texte original. En quelques endroits, il semble avoir eu gene par le desir d’introduire un passage interessant de ce texte sans recourir d une preparation qui edt trop allonge sa piece ,· parfois, au commencement du rongi par exemple, il s’est contente pour cela d’une courte pbrase, qui, il faut le reconnaitre, n’est pas tres adroite et pourrait meme faire croire d une oeuvre bdtive et quelque pm g N negligee, si l’babilete a·vec laquelle certains ejets sont menages ne venait efacer cette impression.
Ohara go kb merite de retenir Fattentzbn ei un autre ` titre. On y retrouve d la ·verite les diverses formes litteraires et musicales qui entrent normalement dans la composition du ne; mais sa structure generale n’est plus celle , des pieces que nous a·vons vues precedemment. Il sy marque un efort vers une forme plus souple, un art plus libre : efort qui fut beureux dans ce cas et dans quelques autres, mais ne le fut pas toujours, et aboutit parfois e. rompre l'unite de l’aeu·vre. Bien que la sortie et la rentree 0 H A R A G 0 K '0 ma du shite permettent de di·viser ce nd en deux parties, cette I division est ici accidentelle en quelque sorte; elle n’est , qu’un episode fourni par le texte sui·vi, et non l'art9€ce 5 dramatique si caracteristique, impose par l'essence meme et les lois particulieres de ce genre. Elle n’a plus ici la signqicatrhn qu’elle re·vet generalement : aucune trans- formation n'inter·vient dans le réle du shite, et lors de sa reapparition, celui-ci ne manifeste aucun caractere nou- veau. D’autre part, le role du waki est fort diminue et ` semble n’etre conserve que pour le principe; non seule- ment il n’est qu’un suivant de l’empereur, ce qui se pre- sente en d’autres pieces, mais son rdle a beaucoup mains dimportance que celui du personnage qu’il accompagne ,· et l'auteur en a encore retranche, sans qu’on en voie d’ail- leurs la raison, l'annonce de la piece qu'il fait faire per un autre seigneur de la cour. Au reste, des particularites de ce genre se remarquent asseg frequemment dans les no de la classe des genzai- mono. Les sujets, plus voisins des eoenements de la vie ordinaire, et soumis aux conditions qui s’imposent ci elle, ne s’y plient pas touiours ci la forme stricte du nd, en font jlechir les regles, en debordent les limites; et comme nous ` l’a·vons dit dejd, ce genre de pieces semble annoncer et preparer le tbedtre moderne. Ohara go kb est certaine— ment l’une de celles ou ce caractere est le plus apparent. Le nd y conserve sa distinction un peu raffinee, ses formes litteraires et musicales; mais d’autre part la piece de ` tbezitre y est dejd pour ainsi dire toute faite : le scenario du moins y est complet et de caractere asseg moderne pour pouvoir etre transporte sans grands changements sur une scene ordinaire. Notons enfin que, le shite etant un personnage feminin, Ohara go kb peut egalement etre considere comme un
� kazura-mono, et à ce titre vient souvent en troisième lieu sur les programmes.
Par concordance avec l’époque à laquelle eut lieu la visite impériale qu’elle représente, cette pièce n’est généralement exécutée que pendant le quatrième mois, qui correspondait autrefois à notre mois de mai. Elle n’existe pas dans le répertoire de l’école Komparu.
Notre traduction suit le texte de l’école Kwanze.
OHARA GO KO
PERSONNAGES.
SHITE. — L’impératrice-douairière Kenrei-mon-in (Nyôin).
SHITE-ZURE. — Awa no naisbi.
SHITE-ZURE. — Dainagon no tsubone.
WAKI. — Le chûnagon Made-no-kôji.
WAKI-ZURE. — Un seigneur (daijin).
L’empereur-moine Go-Shirakawa no in.
La scène est d’abord au palais impérial, puis au Jakkô-in. PREMIERE PARTIE
On apporte et on place au milieu de la scene et un peu en arriere, au daisbd-mae, une cabane dont les montants et le toit de chaume sont garnis de plantes grimpantes. Un voile en fait le tour et en cache l’intérieur.