‹ Comment on Prononce le Français, Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangersChapitre 4 sur 20 · I.--LA VOYELLE A.

I.--LA VOYELLE A.

1º L’A final.

L’=a= final n’est ni long ni fermé, sans être tout à fait bref ni tout à fait ouvert; il est, si l’on veut, moyen, quelle que soit d’ailleurs son origine, même l’ablatif latin: cameli a, pari a, tapioc a, falbal a, panam a, me a culp a, opér a, delt a, il v a.

Il y a quelques exceptions, j’entends quelques =a= fermés. Ce sont:

1º Le nom même des lettres a et k, et les notes de musique fa et la: comparez la lettre a avec il a, et c’est un la avec il est là[28].

Toutefois, dans l’expression a b c, l’a, devenu atone, comme l’à de à Paris, est moins nécessairement fermé que quand il est seul.

2º Le mot bêt a. On se demande pourquoi, si ce mot est vraiment une forme dialectale de bétail, où l’a s’est ouvert depuis longtemps. Nous noterons cependant que ce mot s’emploie surtout comme une espèce d’interjection, dont le son se prolonge.

3º Le mot chocol a t, au moins à Paris. C’est peut-être à cause de son étymologie espagnole chocol a te, mot qui a l’accent sur l’a; mais cet a est destiné à s’ouvrir, comme dans les autres mots en -at, et on n’est nullement obligé de le fermer.

4º Les interjections b a h et hourr a, dont le son se prolonge naturellement; mais si l’on fait de hourra un substantif, il rentre dans la règle générale. Hourra est d’ailleurs d’origine anglaise, et avait d’abord un =h= final; or l’h final, qui, en dehors des interjections bah et pouah, appartient uniquement à des mots d’origine étrangère, avait pour effet d’allonger et de fermer l’a; mais cet effet est aussi en voie de disparition, à mesure que les mots achèvent de se franciser[29].

Quand l’=a= est suivi d’une consonne qui ne se prononce pas, elle n’y change pas d’ordinaire grand chose; et surtout, ici comme partout ailleurs, les pluriels ne diffèrent plus en rien des singuliers: un opér a, des opér a s, une vill a, des vill a s[30].

Peut-être l’=a= s’ouvre-t-il un peu plus devant le t (avec ou sans s): un candid a t, des candid a ts[31]. Peut-être aussi est-il encore un peu plus fermé dans les futurs, comme tu aimer a s, que dans les prétérits, comme tu aim a s, mais c’est peu de chose.

Toutefois, l’=a= est resté en général un peu long et fermé, au moins à Paris, dans la plupart des mots qui ont un s au singulier comme au pluriel: b a s, c a s, l a s, lil a s, trép a s, t a s. Mais ici même, par analogie, l’=a= s’est ouvert ou tend à s’ouvrir dans un grand nombre de mots: galimati a s, trac a s, ch a s, et surtout les mots en =-las=, =-nas=, =-ras= et =-tas=: matel a s, chassel a s, cervel a s, entrel a cs et vergl a s, anan a s et caden a s, br a s et embarr a s, taffet a s et galet a s. Même des rimes comme c a s et avoc a ts, b a s et grab a ts n’ont plus rien de choquant.

2º L’A suivi d’une consonne articulée.

Quand l’=a= est suivi d’une consonne articulée, en principe il s’ouvre et s’abrège plus ou moins. Le rôle que jouent ici les consonnes, ou du moins la plupart des consonnes, se marque nettement dans certains féminins: l’=a=, qui n’est encore que moyen dans délic a t, candid a t, scélér a t ou ingr a t, achève de s’ouvrir et de s’abréger dans délic a te, candid a te, scélér a te ou ingr a te[32]. Et ce qui prouve bien que c’est la consonne qui fait tout, et que l’e muet n’y est pour rien, c’est que mate, féminin de mat, ne se prononce pas autrement que le masculin, le =t= étant articulé dans les deux cas.

Cette ouverture de l’=a= se manifeste presque également dans la plupart des finales à consonne, qui ainsi ne diffèrent les unes des autres que par la quantité[33]. C’est donc la quantité qui nous permettra de les classer.

I. =A bref.=--Les finales les plus brèves sont celles dont la consonne est une des trois explosives brusques, =c=, =p=, =t=[34].

1º =-ac=, =-ak= et =-aque=: cogn a c et l a c, l a que et bar a que[35].

2º =-ap= et =-ape=, ou =-appe=: c a p et c a pe, p a pe et fr a ppe[36]. On ferme souvent l’=a= dans dér a pe, par une fausse analogie avec r â pe, qui est pour r a spe, mais c’est une erreur.

3º =-at= et =-ate=, ou =-atte=, et même =-âtes=: m a t et tom a te, r a te, son a te et donn â tes[37].

Ici encore, il ne faut pas qu’une fausse analogie fasse altérer les formes des deux verbes m a ter, qui n’en font qu’un: ils viennent de m a t, terme du jeu d’échecs, dont l’a est ouvert et bref, et sans rapport avec m â ter, terme de marine dérivé de m â t.

Avec ces finales doivent figurer, étant brèves aussi, celles qui ont une spirante également brusque ou sourde, =f=, =ch=, =s=.

1º =-af=, =-afe= et =-aphe=: gn a f, g a ffe, orthogr a phe.

2º =-ache=: h, t a che, moust a che, arr a che[38].

3º =-ace= et =-asse=, ou =-ass= (mais non =-as=): dédic a ce et carc a sse, ch a sse, f a ce et f a sse, terr a sse et vor a ce, ray-gr a ss, etc., et les imparfaits de subjonctifs, autrefois longs. Mais, comme tout à l’heure pour les mots en as où l’s ne s’articulait pas, il y a ici beaucoup d’exceptions parmi les mots en -asse.

L’=a= est fermé et long en principe, d’abord dans les dérivés des mots en =-as= qui ont l’a long, mais non pas dans tous. Il l’est dans les adjectifs féminins b a sse, l a sse (et le verbe) et gr a sse, qui conservent l’a fermé du singulier; puis dans les verbes am a sse et ram a sse, p a sse et trép a sse (avec imp a sse, quoique moins régulièrement), s a sse et ress a sse (pas toujours non plus), t a sse et ent a sse, peut-être même comp a sse, dam a sse, br a sse et le substantif embr a sse (mais non le verbe). Il est fermé également dans c a sse, terme d’imprimerie, dans prél a sse, par analogie avec l a sse, dans cl a sse et décl a sse, et le substantif t a sse. A Paris, on y ajoute généralement caleb a sse, éch a sse, n a sse, caden a sse et Parn a sse ou Montparn a sse, et même des mots en =-ace=: esp a ce et l a ce, avec ses dérivés; mais ceci n’est point du tout indispensable, pas plus que pour la c a sse du pharmacien, ou la c a sse de la cuisinière[39].

Quant aux mots en =-as= où l’s s’articule, l’=a= y est fermé partout; mais il n’y a là de proprement français que le mot a s (terme de jeu) et les interjections l a s ou hél a s; les autres mots sont des mots grecs, latins ou étrangers, et surtout des noms propres anciens (y compris atl a s et hypocr a s). Cette prononciation s’est imposée même à des mots récents, où l’étymologie semblait exiger un =a= bref et ouvert, comme str a s et vasist a s[40].

II. =A moyen.=--Immédiatement après ces finales viennent celles dont la consonne est une des trois explosives sonores ou retardées, =b=, =d=, et =g=[41]. La résonance qui précède le son, et qui en retarde l’explosion, a pour effet de rendre la voyelle un peu moins brève; mais elle est tout aussi ouverte dans chacune des finales.

1º =-ab= et =-abe=: nab a b, ar a be, syll a be. Pourtant l’a de cr a be est généralement fermé à Paris et dans le Nord, quoique rien ne justifie cette prononciation[42].

2º =-ad= et =-ade=: aub a de, pint a de, brav a de[43].

3º =-ag= et =-ague=: zigz a g, b a gue. Beaucoup de gens ferment l’a dans v a gue, substantif ou adjectif, et même parfois dans div a gue: cela fait bien en vers, mais non ailleurs[44].

De même l’=a= est plutôt moyen que bref, mais toujours également ouvert, dans les finales à =l=, =m= ou =n=, qui peuvent aussi être considérées comme retardées.

1º =-al= et =-ale=, ou =-alle=: chac a l et anim a l, scand a le et d a lle, s a le et s a lle. Les poètes font volontiers rimer exh a le avec les mots en â le[45]. D’autre part l’analogie de h â le fait quelquefois allonger outre mesure l’a bref de h a le, du verbe h a ler (un bateau). Enfin, dans certaines provinces, s a le se prononce s â le, mais cette prononciation est tout à fait mauvaise.

2º =-ame= ou =-amme=: g a mme et big a me, dr a me et gr a mme. Il faut encore excepter cl a me et ses composés, où s’est maintenue, tant bien que mal, la quantité étymologique, comme autrefois dans f a me; et aussi fl a mme et enfl a mme, avec orifl a mme, sans doute parce qu’autrefois on prononçait flan-me, avec une nasale[46].

3º =-ane= ou =-anne=: c a ne et c a nne, rom a ne et p a nne, sult a ne et hav a ne. Il n’y a plus lieu d’excepter les mots savants, comme prof a ne, malgré l’opinion de Thurot, qui fermait l’a, à cause de l’étymologie. D’autres ferment encore l’a dans pl a ne ou ém a ne, sans doute pour le même motif; d’autres, sans motif cette fois, dans bibliom a ne et d’autres composés en -mane, ou même dans gl a ne; autant d’erreurs, d’ailleurs assez peu répandues; tout au plus peut-on admettre pl a ne long, par emphase, surtout en vers.

Il y a pourtant deux ou trois exceptions. D a mne conserve toujours l’a fermé (sans doute pour le même motif que fl a mme), mais déjà beaucoup moins, et surtout beaucoup moins généralement, dans cond a mne, qui est d’ailleurs plus employé. Dame-Je a nne le garde aussi, à cause de la fausse étymologie qu’on prête à ce mot. Les musiciens conservent volontiers l’=a= fermé de l’italien dans sopr a ne, tandis qu’il s’ouvre dans sopr a no. Enfin, la m a nne (des Hébreux) a eu longtemps l’=a= fermé, probablement aussi pour la même raison que fl a mme, et l’Académie lui a conservé jusqu’à présent cette prononciation; mais la consonne double tend naturellement à abréger l’=a=, comme dans m a nne (panier), et l’=a= fermé paraît y devenir suranné[47].

A ces finales nous joindrons les finales mouillées, qui ont encore l’=a= un peu moins bref que les précédentes[48].

1º =-agne=: b a gne, camp a gne, mont a gne. Mais on ferme encore l’a dans g a gne le plus souvent[49].

2º =-ail= et =-aille=[50]: sér a il, bét a il, méd a ille.

Cependant r a il prononcé à la française est presque fermé[51]. Sér a il l’est aussi quelquefois, quoique un peu moins, et ce n’est pas à imiter.

Mais les mots en =-aille= méritent un examen particulier. A Paris, on fait encore une différence très nette entre =-ail= et =-aille=, qui autrefois était fermé et long presque partout. Toutefois cette prononciation n’est pas universelle aujourd’hui, tant s’en faut, ni applicable à tous les mots en =-aille=. Elle paraît assez justifiée, encore qu’elle ne soit pas toujours indispensable, dans les mots qui expriment une intention péjorative, qu’on marque précisément d’ordinaire en appuyant sur la finale, quelle que soit l’étymologie: monac a ille, rac a ille, antiqu a ille, froc a ille, can a ille, cochonn a ille, ferr a ille, prêtr a ille, valet a ille, crev a ille et vingt autres, qui d’ailleurs sont d’origine populaire, et ont droit de conserver la prononciation populaire[52]. De même les verbes en =-ailler=, de même intention, et qui ont l’=a= fermé, même à l’infinitif, ne peuvent l’avoir ouvert quand il est tonique: pi a ille, cri a ille, se cham a illent, rim a ille, tir a ille, br a ille, se débr a ille, écriv a ille, et bien d’autres. On peut y ajouter certainement r a ille et dér a ille. Mais, d’autre part, l’=a= n’a jamais été fermé dans méd a ille, de l’italien medaglia; l’=a= fermé est également peu usité dans f a ille (soie) et f a ille (fente), moins encore dans les verbes qui correspondent à des substantifs en =-ail=: b a ille (ne pas confondre avec b â ille), ém a ille, dét a ille, trav a ille, se prononceraient difficilement d’une autre manière que b a il, ém a il, dét a il et trav a il; les subjonctifs a ille, f a ille, v a ille, se sont certainement abrégés, ainsi que éc a ille et m a ille, noms ou verbes, et aussi tress a ille[53]. Pour les autres, on a parfaitement le droit d’hésiter, et la prononciation parisienne ne s’impose pas: p a ille lui-même n’est pas plus dialectal avec =a= ouvert qu’avec =a= fermé, d’autant plus que ceux-mêmes qui le ferment dans la p a ille tout court, l’ouvriront aussi bien dans la p a ille humide des cachots, au moins s’ils parlent vite. Il en est de même pour t a ille[54].

Ajoutons, pour compléter, que l’=a= est ouvert et bref dans les finales en =-aye= où l’=y= ne se dédouble pas: cob a ye, cip a ye[55].

III. =A long.=--Voici enfin des finales dont l’=a= peut être tenu pour tout à fait long, soit en restant parfaitement ouvert, soit en se fermant plus ou moins. Ce sont celles qui ont un =r=, ou une spirante sonore, =g=, =v=, =z=.

1º L’=a= est long, mais ouvert, dans les finales qui ont un =r=, =-ar= (avec ou sans consonne) et =-are= ou =-arre=: a rt, a re, a rrhes ou h a rt, c a r, qu a rt ou plac a rd, m a rc, m a re, am a rre, cam a rd ou cauchem a r, tu p a rs, il p a rt, je prép a re. Il n’y a point d’exception pour les finales masculines qui toutes ont l’=a= parfaitement ouvert. Il semble qu’autrefois l’=a= était souvent fermé dans les mots en =-are= ou =-arre=; il l’est encore un peu, et même un peu trop à Paris, dans b a rre et remb a rre, c a rre ou contrec a rre, g a re et b a garre, et même r a re[56].

2º Dans les finales en =-age=, autrefois irrégulières, l’=a= s’allonge aujourd’hui régulièrement, mais reste encore ouvert, exactement comme dans les finales en =-ar=: mari a ge, mén a ge, étal a ge[57]. Le mot â ge lui-même a aujourd’hui l’=a= ouvert, malgré l’accent circonflexe, et se prononce comme les autres: à mon â ge diffère bien peu de ramon a ge.

3º Le cas est presque le même pour les finales en =-ave=: c a ve, l a ve, escl a ve, gr a ve; mais l’=a= a déjà une tendance à se fermer, au moins dans gr a ve adjectif, et dans esclave[58].

4º L’=a= est tout à fait long et fermé dans les finales en =-ase=, =-az= et =-aze=, qui se prononcent comme si elles avaient un accent circonflexe: b a se, bl a se ou ext a se, g a z ou g a ze[59].

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En résumé, l’=a= reste bref ou moyen devant quatorze consonnes, sauf les exceptions, et s’allonge devant quatre ou cinq seulement. Mais il n’est fermé régulièrement que devant une seule, la sifflante douce.

3º L’A suivi des groupes à liquide.

Il ne nous reste plus à examiner pour l’=a= tonique que les groupes où il est suivi de deux consonnes, dont la seconde est une liquide, groupes qui sont tous très courts.

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Quand la seconde consonne est un =l=, l’=a= s’allonge assez ordinairement et tend à se fermer; mais trois groupes seulement de cette espèce se sont formés en français.

1º Les mots en =-able= ont toujours été fort discutés. L’=a= est encore un peu fermé et assez long dans les substantifs di a ble, j a ble, s a ble, f a ble, ér a ble et dans aff a ble et acc a ble: beaucoup de gens prononcent ces mots exactement comme h â ble, c â ble et r â ble. C’est parfaitement correct, pourvu que cette prononciation ne passe pas à t a ble ou ét a ble, ni surtout aux adjectifs à suffixe -able, dont l’a, sans être bref, n’est pas non plus fermé. Toutefois on pense bien qu’en poésie, dans la rime acc a ble-implac a ble, l’=a= doit être absolument fermé, pour être plus long[60].

2º Les mots en =-acle= ont été aussi fort discutés. L’=a= est ouvert généralement dans m a cle et les mots en =-nacle= et =-tacle=: cén a cle, pin a cle, obst a cle, et c’est une erreur de le fermer dans obst a cle ou tabern a cle. Mais en revanche il est généralement fermé dans les mots en =-racle=: r a cle, mir a cle et or a cle[61].

3º L’=a= est toujours fermé dans r a fle et ér a fle[62].

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Quand la seconde consonne est un =r=, l’=a= est en général ouvert ou fermé, suivant que l’r est précédé d’une sourde ou d’une sonore.

1º L’=a= est ouvert de préférence, et par suite bref ou moyen, quand l’r est précédé d’une sourde, c’est-à-dire, en principe, dans les finales =-apre=, =-acre=, =-atre= et =-afre=: di a cre, s a cre, simul a cre, n a cre, s a cre et mass a cre; b a ttre et ses composés, avec qu a tre et bar a thre; a ffres et bal a fre. Quelques personnes ferment encore l’=a= dans a ffres[63].

2º L’=a= est de préférence long et fermé, quand l’r est précédé d’une sonore. Pourtant il est encore ouvert dans la finale =-agre=: pod a gre, on a gre[64]. En revanche il est fermé dans c a dre et esc a dre[65]; et pourtant, dans l a dre, il est plutôt ouvert[66]. Mais surtout l’=a= est long et assez fermé dans les finales =-abre= et =-avre=: c a bre, mac a bre, dél a bre, candél a bre ou s a bre, h a vre, cad a vre ou n a vre; toutefois cette prononciation n’est pas absolument générale, notamment pour pal a bre et cin a bre, ni sans doute pour gl a bre[67].

4º L’A atone

Après l’=a= tonique nous devons parler de l’=a= atone, d’autant que, parmi les voyelles atones, c’est encore l’=a= qui offre le plus de variété.

Nous savons qu’en principe il est moyen et assez ouvert. Il lui arrive pourtant d’être fermé, et c’est cela seul qui importe ici, car la quantité des voyelles atones est toujours subordonnée à leur ouverture. Ainsi, tandis que l’=a= tonique peut être long même quand il est ouvert, comme dans cour a ge ou barb a re, l’=a= atone ne peut être long qu’autant qu’il est fermé. C’est pourquoi l’=a= long des finales ouvertes en -age et -are s’abrège régulièrement en devenant atone, au moins si la prétonique n’est pas initiale: cour a ge-cour a geux, barb a re-barb a rie[68].

Quels sont donc les =a= atones qui sont fermés, puisque ceux-là seuls nous intéressent?

Comme on peut s’y attendre, ce sont surtout des =a= toniques fermés, devenus atones par suite de la flexion, de la dérivation ou de la composition, et qui ne peuvent pas perdre toujours et absolument tous les caractères de leur nature première.

Il y a d’abord les =a= prétoniques qui ont l’accent circonflexe, surtout si la prétonique est initiale comme dans ch â taigne, g â ter ou p â lir[69]. Encore l’=a= est-il alors un peu moins fermé et surtout moins long que quand il est tonique, par exemple dans bl â mer que dans bl â me, dans h â ler que dans h â le. Quand il s’éloigne davantage de la tonique, il arrive parfois qu’il devient tout à fait moyen. Cela ne s’aperçoit pas dans des mots comme â n(e)rie ou p â qu(e)rette, qui n’ont que deux syllabes pour l’oreille; mais les trois degrés différents apparaissent assez bien dans p â me, p â mer et p â moison, ou dans p â te, p â té et p â tissier ou p â tisserie[70]. On peut dire que ces deux derniers mots, et plus encore p â moison, ne conservent leur accent circonflexe que par une pure convention, respectueuse de l’étymologie. En revanche, t a tillon, qui se rattache à t â ter, mais qui a l’a ouvert, n’a jamais eu d’accent. Il en est de même des mots a crimonie, diff a mer et inf a mie, gr a cieux et gr a cier, malgré l’accent circonflexe arbitraire que les grammairiens ont mis à âcre, infâme et grâce[71].

Même quand ils n’ont pas d’accent circonflexe, les =a= qui étaient fermés et longs, étant toniques, s’abrègent bien un peu, mais ne s’ouvrent guère le plus souvent quand ils deviennent prétoniques, c’est-à-dire avant-derniers, comme dans g a gner, de g a gne, ou quand ils ne sont séparés de la tonique que par un e muet, ce qui est ordinairement la même chose pour l’oreille. Ainsi gr a sse et gr a ss(e)ment, gr a ve et gr a v(e)ment ou même acc a ble et acc a blement[72].

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A plus grande distance de la tonique, la voyelle s’ouvre davantage: les =a= de b a rricade, de gr a sseyer, de d a mnation, de f a buliste, de cad a véreux sont même tout à fait ouverts[73].

Un phénomène pareil se produit même dans des mots composés: l’=a= fermé et long de p a sse, déjà un peu flottant dans p a ssant, s’ouvre tout à fait, non seulement dans p a ssementerie, mais même, si l’on veut, dans p a sseport ou p a ssepoil[74].

Mais voici qui est plus important: certains a toniques fermés s’ouvrent même en devenant prétoniques, comme dans c a dran ou cl a ssique; ainsi dans fl a mmèche ou enfl a mmer, plus encore dans infl a mmable et les autres dérivés, ainsi que dans di a blesse, di a blotin ou endi a blé, sauf par emphase. Dans b a sset, b a ssesse, b a sson ou soub a ssement, l’a paraît avoir aussi tendance à s’ouvrir[75].

A fortiori, s’il est déjà douteux qu’il faille fermer l’=a= de matel a s ou de caden a s, on ne saurait évidemment conseiller de fermer celui de matel a sser ou de caden a sser: ce sont des prononciations parisiennes fort peu recommandables. De même, il n’est pas indispensable de fermer l’=a= de g a rer ou r a reté, ou celui de c a ssette, et je conseillerais encore moins de fermer celui de c a sserolle. La manière de prononcer esp a cer, l a cer, l a cet ou enl a cement, br a sser ou br a sseur, dépendra de celle dont on prononce esp a ce, l a ce ou br a sse.

De même, pour les mots en =-ailler=, =-ailleur=, =-aillon=, etc., c’est la manière de prononcer aille qui décidera. Ainsi l’intention péjorative paraît se marquer par l’=a= fermé dans écriv a iller ou écriv a illeur, br a iller ou br a illeur, gr a illon ou avoc a illon, etc. On ferme aussi l’=a= dans r a iller ou dér a iller (et aussi dans jo a illier), mais non pas dans trav a iller ou trav a illeur, ém a iller, cor a illeur, dét a iller ou b a iller (donner). On le ferme dans h a illon, et au besoin p a illon, mais non dans méd a illon, ni même dans bat a illon, de quelque manière qu’on prononce bat a ille.

On prononcera t a illeur suivant la manière dont on prononce t a ille. Surtout il n’y a aucun inconvénient à ouvrir l’=a= dans poul a iller, dans c a iller et c a illot, et dans presque tous les dérivés et composés de p a ille, comme p a illard, remp a iller, p a illasse, p a illette, et surtout p a illasson[76].

Il va sans dire que s’il n’y a pas de forme tonique en -aille, il n’y a plus aucune raison pour que -ail- prétonique soit fermé; aussi est-il ouvert de préférence dans tous les mots qui commencent par cail-, comme c a illette, c a illasse et c a illou; de même, et plus sûrement encore, dans a illeurs, m a illet, m a illot, s a illir, j a illir et leurs dérivés, et dans crém a illère[77].

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En revanche, il peut arriver que l’=a= prétonique soit fermé, même sans avoir été tonique, et cela pour les mêmes raisons que l’=a= tonique. Ainsi on a vu que la sifflante douce fermait l’a tonique des finales en -ase ou -aze, et par suite l’a des verbes en -aser et de leurs dérivés; elle ferme aussi l’=a= atone, non sans quelque flottement, dans algu a zil, b a salte, b a sane et b a sané, b a zar, b a silic et b a silique, b a soche, bl a son et g a zon, j a seran, m a sure, m a zette, n a sal et n a seaux, qu a si, et quelques autres, si l’on veut; sensiblement moins ceux des mots en -asif et -asion; très peu aujourd’hui ceux de g a zelle, g a zette ou g a zouiller; plus du tout ou presque plus ceux de f a séole et surtout c a semate[78].

L’=r= aussi, surtout l’=r= double, sert à fermer l’=a= prétonique dans un certain nombre de mots, sans que ce soit indispensable, notamment dans les mots de deux syllabes en -aron, parce que la prétonique y est initiale: b a ron, ch a rron, l a rron, m a rron, en opposition avec fanf a ron, mac a ron ou masc a ron, dont l’a est toujours ouvert[79]. L’=a= se ferme encore assez souvent dans c a rriole, c a rrosse, ch a riot et ch a rrue (mais beaucoup moins dans ch a rrette, ch a rrier ou ch a rroyer); aussi dans s a rrau, p a rrain et m a rraine[80]; dans m a dré, dans sc a breux, et, si l’on veut, dans m a drier et m a rri. A Paris, on y ajoute même c a rotte, mais je ne conseille pas de fermer cet =a=, non plus celui de j a rret, b a roque, h a ro, t a rot et même g a rrot, moins encore celui de big a rré, déjà signalé, ou même big a rreau[81].

L’=a= est encore long et fermé dans quelques mots comme m a got, m a çon et ses dérivés; et si estram a çon a gardé l’=a= bref et ouvert, lim a çon suit parfois l’analogie de m a çon. Il est encore plus ou moins fermé, mais il tend à s’ouvrir, dans c a ssis[82], ch a let, j a dis, l a ma, m a flu, m a quis, n a ïades, pr a line et pr a liné, r a mure, sm a la, t a sseau, v a let; il est sûrement ouvert et bref aujourd’hui dans a nis, pomme d’a pi, ch a ssieux, m a deleine, p a ssereau[83].

D’autre part, on contrarie mal à propos la tendance générale de la langue, quand on ferme l’=a= devant deux consonnes distinctes, comme dans m a rdi, p a scal, p a stel, p a steur et ses dérivés, où l’=a= est naturellement moyen, malgré l’usage parisien[84].

Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’=a= dans st a bat, a men, fr a ter, alma m a ter, et dans ab ir a to, c a sus belli, de pl a no, sine qu a non, ainsi et que dans postul a tum, ultim a tum et autres mots en -atum et -arium, qui ont gardé l’allure du latin; mais il y a doute déjà pour hi a tus et str a tus, pour gr a tis et in-pl a no, plus encore pour m a jeur ou m a jor[85].

La prononciation de l’=a= dans les mots en =-ation= ou =-assion= varie énormément, mais il tend à s’ouvrir; il est même certainement ouvert dans n a tion, et je ne conseille pas de le fermer dans p a ssion et comp a ssion et leurs dérivés. Quant aux mots en =-ateur=, =-atrice=, =-atif= ou =-ature=, ils ont l’=a= parfaitement ouvert, malgré l’étymologie, ainsi que a priori ou a posteriori[86].

L’=a= est encore fermé dans p a li, langue de l’Hindoustan, quelquefois écrit pahli[87].

5º Quelques cas particuliers.

Dans m a man et n a nan, la première syllabe s’assimile à la seconde dans l’usage familier, par une sorte d’attraction, et l’on entend beaucoup plus souvent man-man et nan-nan que m a man et n a nan, qui même ont un air d’affectation[88]; on dit même sans sourciller m o man, sans doute par l’intermédiaire de m on-man, sans parler de m’man qui rappelle exactement m’sieu.

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Dans août, l’=a= a cessé de se prononcer depuis le XVIᵉ siècle, à cause de la répugnance que le français a pour l’hiatus, absolument comme dans saoul, qui s’écrit encore mieux soûl. On a malheureusement continué d’écrire août avec un a, comme on a continué d’écrire l’o de paon, faon et taon, qui ne se prononce pas davantage[89]; mais la prononciation a-ou est aussi surannée et devrait paraître aussi ridicule que pa-on. La Fontaine écrivait même oût:

Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l’oût, foi d’animal, Intérêt et principal[90].

Boileau ne prononce pas autrement:

Et qu’à peine au mois d’août l’on mange des pois verts.

On peut dire que, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, il n’y avait plus de discussion sur ce point. «Août se prononce oût», dit Voltaire, dans l’Avertissement de Zaïre. Jusqu’en 1835, l’Académie dit: «Prononcez oût.» Mais déjà l’antique prononciation avait reparu. D’où venait-elle? S’était-elle conservée dans quelques provinces, ou était-elle seulement la réaction de l’orthographe?

Déjà Domergue se plaignait que les orateurs démocrates, pour rappeler le 10 août 1792, prononçassent a-ou. Dans la première moitié du XIXᵉ siècle, on trouve cette prononciation jusque chez les poètes, peut-être même surtout chez les poètes, dans Sainte-Beuve toujours, dans Victor Hugo presque toujours; et il en est de même aujourd’hui, notamment dans Henri de Régnier.

Elle n’en est pas meilleure. Elle s’est tellement répandue au cours du siècle dernier, que l’Académie en est venue à dire dans son édition de 1878: «On prononce souvent oût.» Ce souvent est délicieux. Peut-être faut-il lire: «On prononce souvent a-oût.» Cela au moins serait exact. Mais on serait dans la vraie tradition française en prononçant toujours et uniquement ou[91].

Le cas d’aoriste est sensiblement pareil à celui d’août. L’=a= avait cessé de se prononcer, sauf chez quelques puristes, pour qui oriste avait un sens opposé à celui d’aoriste; mais il a revécu de nos jours, et comme l’influence de la prononciation populaire n’est pas là pour contre-balancer celle de l’écriture, a-oriste paraît devoir l’emporter, malgré le désagrément de l’hiatus[92].

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Enfin extr a-ordinaire ne se maintient que dans le langage soutenu: on dit couramment extrordinaire[93].

6º L’A dans les mots anglais.

Ce travail ne serait pas complet, si l’on n’y parlait pas de l’=a= des mots étrangers adoptés par le français, et notamment des mots anglais, dont la prononciation est si différente de la nôtre[94].

Quelques mots, dus à la transmission orale, ont pu être francisés tant bien que mal avec la prononciation anglaise ou à peu près; ainsi bébé, qui vient probablement de baby, quoique Littré lui donne une autre étymologie. De même bifteck, romsteck ou rosbif.

Mais le plus souvent les mots étrangers, surtout les anglais, se francisent à moitié seulement. Cela tient à ce qu’au lieu de partir du son, comme pour les mots que nous venons de citer, on part généralement de l’écriture; or la masse, qui ignore les langues étrangères, conserve pourtant une sorte de scrupule malencontreux, et fait effort pour conserver quand elle peut une allure étrangère aux mots étrangers qu’elle adopte, et cela surtout dans la désinence.

On indiquera, ici et ailleurs, la prononciation qui prévaut dans l’usage le plus ordinaire. Nous nous excusons particulièrement auprès des professeurs d’anglais, à qui nous ne faisons nullement concurrence: il est bien entendu que ce n’est pas de prononciation anglaise qu’il est question ici. Et en effet, on ne s’adresse pas aux gens qui savent l’anglais, mais au contraire à ceux qui ne le savent pas, pour leur indiquer dans quelle mesure ils peuvent franciser les mots anglais sans être ridicules; on enseignera donc la prononciation à demi francisée que les Français adoptent le plus généralement.

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Dans les mots anglais adoptés par le français, c’est précisément l’=a= qui est le plus ordinairement altéré; le reste du mot garde à l’occasion une apparence exotique, surtout à la finale. Ainsi nous avons francisé à moitié squ a re, puisque nous ne prononçons plus scouèr, et moins encore scar, mais scouar, entre les deux; cela tient à ce que nous avons pris à l’étranger d’autres mots où qua se prononce aussi coua. Il en est de même de boo k m a ker; car si quelques-uns le prononcent à peu près à l’anglaise boukmèkeur, la plupart, sachant par ailleurs que oo se prononcent ou, acceptent cette prononciation, mais francisent la fin du mot d’après l’écriture, ce qui fait boukmakèr[95].

On peut franciser sans doute cott a ge, aussi bien que l a dy ou m a cf a rl a ne et même ch a llenge et sk a ting, quoique beaucoup prononcent ce mot par é[96].

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Dans les mots anglais qui ne sont pas francisés du tout, l’=a= se prononce à l’anglaise ou à peu près, c’est-à-dire entre a et é, plus près de é. Mais comme l’=e= n’est fermé en français que quand il est final, c’est plutôt un =e= ouvert que nous faisons entendre dans ces mots[97]. R a llye employé seul tend à se franciser[98].

Devant un =l=, l’=a= se prononce à peu près comme =o= ouvert, dans a ll right et h a ll, et w a lk over[99].

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Y a cht aussi, après s’être longtemps prononcé yac, est devenu au siècle dernier yote chez les personnes qui ont l’usage de l’anglais, chez les marins, et aussi chez les snobs. Un jour pourtant, les gens de sport se sont aperçus que yacht, emprunté à l’anglais, il est vrai, n’était pas anglais de naissance, mais hollandais. Or, précisément, les Hollandais prononcent à peu près yact à l’allemande. Les Anglais avaient sans doute eu raison d’angliciser le mot pour leur usage personnel; mais pour quelle raison devrions-nous prononcer comme eux, en leur empruntant un mot qui n’est pas à eux? Ne valait-il pas mieux ou bien faire comme eux, c’est-à-dire franciser le mot complètement et prononcer yact, ou bien conserver la prononciation yac, admise depuis longtemps et, par suite, francisée? C’est ce qui a paru à beaucoup de gens; si bien qu’aujourd’hui le mot a trois prononciations dont la plus ancienne, et peut-être la meilleure, est yac; et tel fut, sauf erreur, l’avis des hommes de sport les plus qualifiés, le jour où la question fut posée dans le journal le Yacht[100].

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L’=a= précédé de l’=e= ne se francise pas; nous le prononçons tantôt =è= comme dans br ea k ou d ea d-heat[101]; tantôt =eu= ouvert, comme dans y ea rling; plus souvent =î=, comme dans cl ea ring-house, dead-h ea t, gr ea tevent, gulf-str ea m, l ea der, if you pl ea se, r ea der, s ea son, sp ea k et sp ea ker, st ea mer, st ea mboat et t ea gown[102].

Les deux sons =è= et =i=, réunis dans Sh a kesp ea re, sont si bien francisés dans cette prononciation, qu’on en a fait le mot français shakespearien (chexpirien).

Dans cold-cr ea m (colcrem, par =è= au lieu d’=i=), le français a repris son bien (crème), mais en laissant au mot l’allure étrangère par la brièveté de la finale, comme dans br ea k.

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=Oa= sonne =o=, plus ou moins ouvert dans b oa rding house, mail-c oa ch et t oa st, plus ou moins fermé dans over-c oa t et cover-c oa t, c oa ltar et steamb oa t[103].

R aou t se prononce de préférence et s’écrit aussi rout.

=Aw= sonne comme =o= fermé dans l aw n-tennis, outl aw, dr aw back et tomah aw k[104].

7º Le groupe OI (oy).

Le son =oi= se prononce aujourd’hui oua ou wa[105]. Ce groupe n’est donc plus qu’un cas particulier de =a=, et les usages sont sensiblement les mêmes pour =oi= que pour =a=, avec cette différence que le nombre des finales où figure =oi= est beaucoup plus restreint, et que sa prononciation est beaucoup plus uniforme. Je ne parle pas de =oi= atone qui est généralement sans intérêt.

I. =OI tonique.=--Comme l’=a= final, =oi= final n’est ni long ni fermé, sans être tout à fait bref, ni tout à fait ouvert, et cela avec ou sans consonne indifféremment, et après un r, aussi bien qu’après une consonne quelconque: un ab oi, des ab oi s, p oi s, p oi x et p oi ds, je cr oi s, il cr oi t, la cr oi x, effr oi, etc.: oît même n’est pas plus long, et ceci rappelle les formes verbales en -ât: tourn oi, dan oi s, ben oî t diffèrent bien peu, s’ils diffèrent[106]. Pourtant oi est ordinairement plus fermé dans les substantifs mois et bois.

Oie même n’est pas plus long aujourd’hui que oi, sauf en vers, pour distinguer les rimes féminines des masculines: cette distinction a disparu de l’usage courant, même dans le mot oie[107].

Harn oi s a été définitivement remplacé par harn ai s; pourtant on peut encore prononcer oi à la rime, mais seulement au sens figuré:

Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harn oi s, Ce sang pour vous servir prodigué tant de f oi s...[108]

Passons à =oi= suivi d’une consonne articulée.

Devant une sourde, =oi= s’ouvre et s’abrège comme l’=a=: c oi est à c oi te, comme délic a t à délic a te; on ne prononce même plus guère une b oî te autrement que il b oi te. De même s oi f ou c oi ffe; et la finale -oisse, de par oi sse ou ang oi sse, autrefois longue, comme sa sœur -aisse, s’est fort abrégée dans l’usage le plus général.

Comme l’=a= encore, =oi= est moins bref, mais tout aussi ouvert, devant d, l, n, et gn mouillé: fr oi de, p oi l, ét oi le, m oi ne et s oi gne. Quant à r oi de et ses dérivés, il faut laisser cette prononciation d’il y a deux siècles à la Comédie-Française, à moins qu’elle ne soit nécessaire dans la lecture pour la rime froide; la seule forme usitée est raide, avec tous ses dérivés, et l’Académie française elle-même n’en connaît pas d’autre depuis un demi-siècle[109].

Comme l’=a= toujours, =oi= s’allonge dans -oir ou -oire, sans se fermer sensiblement: voul oi r et gl oire, dev oi r et iv oi re[110].

Devant une spirante sonore, =oi= est plutôt moins long que l’a, et surtout il ne se ferme pas comme l’a devant z. Si v oi s-je est à peu près pareil à riv a ge, oi est plus ouvert et plus bref dans reç oi ve que a dans b a ve ou gr a ve. De même et surtout, si autrefois oi a pu être fermé dans -oise, comme a dans -ase, il n’en reste plus grand’chose aujourd’hui, et il est plus ouvert, quoique plus long, dans les féminins que dans les masculins: bourge oi s, bourge oi se; court oi s, court oi se; dan oi s, dan oi se, et de même framb oi se, turqu oi se ou appriv oi se.

=Oi= est un peu moins ouvert dans g oi tre, cl oî tre, cr oî tre et ses composés, et p oi vre; mais même dans -oître, il n’est plus fermé comme =a= l’est encore dans -âtre.

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En somme, on peut dire que =oi= n’est plus fermé nulle part, et l’accent circonflexe ne joue plus aucun rôle dans la prononciation de cette voyelle[111].

II. =Le groupe OIGN.=--Nous devons dire un mot, pour terminer, du groupe =oign=. A l’origine, la graphie de l’n mouillé n’était pas gn, comme aujourd’hui, mais ign[112]. Il en résulte que dans le groupe -oign-, c’est o et non oi qu’on prononçait normalement: bes o-igne, ivr o-igne, p o-ignard. La suppression de l’i a conservé la prononciation d’un certain nombre de ces mots, d’abord besogne et besogner, grogner, ivrogne, rogne, rogner, trogne, trognon, vergogne, et un peu plus tard rognon et cogner ou cognée, avec encognure, qui s’écrit encore trop souvent enco-ign ure. Les autres ont gardé leur i, malheureusement, et leur prononciation s’est altérée: encore un des méfaits de l’orthographe! L’hésitation a été longue, mais les efforts des grammairiens n’ont rien obtenu. Il y a beau temps déjà qu’on prononce définitivement oi dans j oi gnons, s oi gner, él oi gner, tém oi gnage[113]. Les autres ont suivi. O(i)gnon seul a résisté victorieusement, et se prononce exclusivement par =o=: cela tient évidemment à ce qu’il est très populaire et enseigné presque uniquement par l’oreille; oi-gnon est donc ridicule[114]. On prononce encore assez souvent mo(i)gnon, et le peuple dit fort justement po(i)gne et empo(i)gner; mais ceci passe déjà pour familier, ainsi que la foire d’empo(i)gne, ces mots étant d’ailleurs plutôt d’usage populaire. Quant à p oi-gnet, p oi-gnée, p oi-gnard, qui sont d’usage littéraire aussi bien que populaire, et plus encore p oi-gnant, qui est plutôt littéraire, on peut dire que leur prononciation est définitivement altérée. Il est assurément fâcheux que l’i de ces mots n’ait pas été supprimé à temps; mais ce qui est fait est fait, à tort ou à raison, et p o gnard ou p o gnet sont absolument surannés, au moins dans l’usage des personnes instruites[115].

De ces mots on peut en rapprocher deux ou trois autres. Poireau, dont la forme nouvelle n’est pas expliquée, s’écrivait autrefois porreau, et peut encore s’écrire ainsi et se prononcer de même, du moins au sens propre; mais on prononce toujours oi dans l’expression populaire faire le p oi reau, ainsi que dans p oi reau, désignant la décoration du Mérite agricole. D’autre part p oi trine et p oi trail ne peuvent plus se prononcer correctement par o tout seul[116].

L’anglais boy se prononce bo ï, mais en une syllabe. Il devrait en être de même dans b oy cotter; mais le mot est à peu près francisé avec le son oi[117].

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