‹ Comment on Prononce le Français, Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangersChapitre 7 sur 20 · IV.--LA VOYELLE O

IV.--LA VOYELLE O

1º L’O final.

L’=o= final est fermé, comme é et eu, et moyen, comme a, é et eu: adagi o, numér o, domin o[259].

L’s non articulé ne saurait ouvrir l’=o=: cha o s, rep o s, gr o s, des domin o s. N o s et v o s eux-mêmes, quoique proclitiques, et par suite dénués d’accent, restent fermés, et leurs o sont même plus longs que les autres.

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Il n’en est pas tout à fait de même du t non articulé, quoique les mots en -ot se soient progressivement fermés: sans être assurément ni ouverts ni brefs, ils sont cependant un peu moins fermés en moyenne que les précédents. Je dis en moyenne, car il faut distinguer.

Ceux qui ont une voyelle devant l’o ont toujours l’o fermé, ou à peu près: cah o t, idi o t, chari o t, et, par analogie, fay o t, caill o t, maill o t. D’autres encore font comme eux: még ot, marg ot, serg o t, livar o t, palet o t, pav o t; mais c’est la minorité[260].

La plupart des autres sont souvent beaucoup moins fermés, au moins hors de Paris. Le moins qu’on puisse dire est que leur prononciation est un peu flottante: ainsi jab o t, calic o t, cach o t, fag o t, gig o t, grel o t, m o t, can o t, p o t, pierr o t, dév o t, et aussi bien leurs pluriels[261]. Sans doute, l’o de ces mots n’est jamais proprement ouvert chez les personnes qui prononcent correctement, mais il arrive souvent qu’il n’est pas fermé non plus, même chez ceux qui ont l’habitude de fermer l’o final. La différence est rendue particulièrement sensible par le voisinage immédiat de mots à son fermé:

Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux m o ts, En cuisine peut-être auraient été des s o ts.

Beaux est ici fermé, comme partout: quoiqu’il soit moins accentué que m o ts, ce qui aurait pu contribuer à l’ouvrir un peu, c’est pourtant lui qui est le plus fermé des deux. La différence est moindre assurément que dans beaux hommes; elle est cependant certaine, et la demi-ouverture de m o ts entraîne celle de s o ts[262]. Il se pourrait, d’ailleurs, que le mot m o t fût précisément celui qui s’ouvre le plus fréquemment ou le plus facilement, sans qu’il y ait lieu de distinguer comme autrefois entre le singulier et le pluriel. Toutefois, celui-là même n’est jamais ouvert qu’à moitié.

Il n’y a qu’un seul mot en =-ot= dont l’o soit tout à fait ouvert et bref, mais c’est parce que le t se prononce: c’est d o t, la prononciation do étant dialectale.

Il va sans dire que cet o, même fermé, s’ouvre dans les composés, où il cesse d’être tonique, et où, très souvent, le t se lie avec le mot suivant: s o t-l’y-laisse, m o t-à-mot, p o t-à-l’eau, p o t-au-lait, p o t-au-feu, p o t-aux-roses, et même, sans liaison, p o t à tabac.

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Aux mots en =-ot= se joignent quelques autres mots à consonne non articulée, dont la finale n’est pas non plus tout à fait ou toujours fermée. Ce sont: br o c, cr o c, avec accr o c et raccr o c, escr o c, gal o p, sir o p, et tr o p[263]. On notera que tr o p est presque toujours proclitique, et, par suite, a tendance à s’ouvrir tout à fait: c’est tr o p juste, ou mieux encore avec liaison: vous êtes tr o p aimable; aussi est-il bien difficile de ne pas l’ouvrir un peu, même quand il est tonique: j’en ai beaucoup tr o p. De même l’o est ouvert dans le composé cr o c-en-jambe, où le c sonne.

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Malgré ces restrictions, on peut maintenir néanmoins que le son =o= final est, en général, fermé ou à peu près, surtout à Paris. Et la tendance est si marquée que, dans les mots raccourcis de la fin, qui se créent précisément à Paris, l’o intérieur, qui était au moins à demi ouvert dans le mot complet, se ferme en devenant final: on peut comparer kil o gramme et kil o, typ o graphe et typ o. De même mél o, chrom o, métr o, phot o, hect o, arist o, Méphist o, et même aut o, malgré le son fermé qui précède l’o[264].

2º L’O suivi d’une consonne articulée.

Quand l’=o= est suivi d’une consonne articulée, il est, comme eu, assez généralement ouvert; mais lui aussi est fermé dans certains cas et, de plus, long.

I. =O fermé.=--L’=o= est fermé et long, avant tout, dans tous les mots en =-ose=, comme eu dans la finale -euse: on peut comparer ch o se et fâch eu se, d o se et hid eu se, r o se et peur eu se; et, de même que pour -euse, c’est un des points sur lesquels il importe le plus de corriger certaines prononciations dialectales, qui ouvrent partout o et eu[265].

A part les mots en =-ose=, o tonique avec consonne articulée n’est plus fermé et long qu’avec l’accent circonflexe, et dans un certain nombre de mots en =-ome=, =-one=, =-os= et =-osse=, que nous allons voir dans leurs catégories respectives.

Partout ailleurs l’o tonique est ouvert, mais, comme a, e et eu, avec certaines différences de quantité[266].

II. =O ouvert bref.=--L’=o= est naturellement bref devant une explosive brusque, c, t, p, ou une spirante sourde, f, ch, s: r o c, c o ke, bar o que, l o ch et même l(o)o ch, en une syllabe; d o t, rad o te et car o tte; st o p, st o ppe et mét o pe; sous-o ff, ét o ffe et philos o phe; r o che; r o sse et fér o ce[267].

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Il n’y a d’exceptions que pour l’s.

D’abord l’o est long et fermé dans ad o sse et end o sse (de d o s), dans gr o sse et engr o sse (de gr o s), dans f o sse (on ne sait trop pourquoi), et aussi dés o sse (du pluriel o s).

Mais surtout les mots en =-os= demandent un examen particulier. En principe, l’o y est ouvert et bref, mais il y a une tendance manifeste à le fermer et à l’allonger, peut-être par analogie avec les mots en -os à s non articulé. On dit, et on doit dire de préférence: un o s, avec o ouvert et en faisant sonner l’s, des o(s), avec o fermé, comme d o(s) et gr o(s); toutefois, on dit de plus en plus des o s avec o fermé et s articulé; et cette prononciation réagit parfois sur le singulier: un o s, avec o fermé[268]. D’autre part, les avis sont partagés sur rhinocér o s, mérin o s, albatr o s, et même albin o s; je pense qu’il vaut mieux fermer l’o dans ces quatre mots[269].

A vrai dire, les mois en =-os=, dont le nombre s’est fort augmenté, sont empruntés au grec le plus souvent, et la plupart sont des noms propres. Ceux qui n’en sont pas, mots savants, comme path o s, tétan o s, pepl o s, cosm o s, ou sphynx atrop o s, devraient tous avoir l’o bref, en vertu de l’étymologie. Mais cette prononciation, qui est de pure érudition, est en contradiction avec la tendance du français pour les mots en -os. Dès lors, une foule de gens fort instruits, et même sachant du grec (il est vrai qu’ils le prononcent fort mal), ferment l’o sans hésitation, par exemple, dans ce vers de Molière:

On voit partout chez vous l’ith o s et le path o s!

Il en est de même pour tétan o s, et cette prononciation est peut-être destinée à l’emporter sur la bonne. Elle ne peut, d’ailleurs, choquer que les érudits[270].

III. =O ouvert moyen.=--L’=o= est un peu moins bref devant une sonore, soit explosive, b, d, g, soit surtout spirante, j, v (et même parfois z), et devant l, m, n, et gn mouillé: ainsi sn o b et r o be, pag o de ou raps o de, gr o g et dr o gue; puis c o l, éc o le, déc o lle, et même alc(o)o l, réduit à deux syllabes[271]; h o mme et métron o me; micr o n, matr o ne et patr o nne; enfin, horl o ge, inn o ve et ivr o gne[272].

Seules les finales =-ome=, =-one= et =-oz= appellent quelques observations.

1º Autrefois on distinguait les finales =-omme= et =-ome=: les mots en -omme, mots de la langue commune, qui sont bien huit ou dix, avaient seuls l’o ouvert[273]; les mots en -ome, mots savants, avaient au contraire l’o fermé, au moins à partir du XVIIᵉ siècle. Cette prononciation était justifiée dans beaucoup de cas par l’étymologie, notamment dans sympt ô me et dipl ô me, qui ont pris l’accent; dans idi o me et axi o me, qui ne l’ont pas pris, et aussi dans br o me, chr o me, am o me, gn o me et ar o me. Est-ce par analogie que tant d’autres suivirent? Toujours est-il que prodr o me et hippodr o me, t o me, at o me ou épit o me (remplacé depuis par épitomé), n o me, écon o me, et même astron o me, et aussi majord o me, n’avaient aucune raison de fermer leur o[274]. Ils le fermèrent pourtant, sans doute en qualité de mots savants. Que dis-je? On en vit deux, à o également bref d’origine, qui allèrent jusqu’à prendre l’accent circonflexe: d ô me et mon ô me, avec bin ô me et polyn ô me[275]. Ceux-là sont altérés pour longtemps par l’orthographe. Pour les autres, on est revenu en arrière, mais on y a mis le temps, et il en reste encore quelque chose.

Quoiqu’il n’y ait plus guère de divergence sur la prononciation de métron o me, astron o me, auton o me, qui ont certainement l’o ouvert, on trouverait sans peine des vieillards qui ferment encore l’o dans écon o me; et l’on hésite souvent sur les autres[276]. La tendance à ouvrir est cependant très marquée; et même on voit se produire depuis une génération le phénomène inverse: on avait fermé des o légitimement ouverts; on a ouvert des o légitimement fermés. Am o me, ou du moins cinnam o me, ne se dit plus guère avec o fermé[277]; gn o me et ar o me ouvrent leur o de plus en plus souvent, et polychr o me encore davantage. Je ne vois guère, sans accent circonflexe, que idi o me et axi o me qui résistent avec succès; et encore ils sont certainement touchés[278].

2º C’est une observation toute pareille qu’on peut faire sur les mots en =-one=, mots savants ou noms propres, qui autrefois avaient l’o long et fermé, par opposition aux mots en =-onne=, mots de la langue vulgaire, qui l’avaient bref et ouvert. Ici aussi, l’o fermé pouvait se comprendre dans des mots comme carb o ne, aph o ne, polyg o ne, aném o ne, matr o ne, mots savants où se conservait la quantité étymologique[279]; ou encore dans aut o mne, autrefois nasal, comme d a mne; il ne s’expliquait ni dans mad o ne ou bellad o ne, de l’italien d o nna, ni, et moins encore, dans at o ne ou autocht o ne, et pas davantage dans pr ô ne et tr ô ne, qui ont imité d ô me et mon ô me[280]. Aujourd’hui, à part les mots que l’orthographe a altérés, pr ô ne et tr ô ne, cette prononciation a disparu à peu près, par assimilation de -one à -onne: sans parler d’aném o ne et matr o ne, qu’on ne discute pas, at o ne ne saurait garder l’o fermé à côté de monot o ne, ni aph o ne à côté de téléph o ne ou saxoph o ne. Carb o ne et les termes mathématiques de la famille de polyg o ne résistent encore, mais pas pour longtemps[281]. Je ne vois plus avec o long fermé d’une façon assez générale que z o ne et amaz o ne, cycl o ne et ic o ne; encore ces mots sont-ils atteints, surtout amaz o ne[282].

3º Pour ce qui est de l’s doux, nous avons vu plus haut que les mots en =-ose= avaient l’o fermé. Comme il n’y a pas de finale féminine en =-oze=, il ne reste que les mots en =-oz=, sur lesquels l’accord n’est pas parfait; mais cette finale appartient exclusivement aux noms propres[283].

IV. =O ouvert long.=--De même que =a=, =e= et =eu= devant r, l’=o= est allongé dans =-or= (avec ou sans seconde consonne non articulée) et dans =-ore= (ou =-orre=), tout en restant très ouvert sans exception: o r et h o rs, ab o rd et abh o rre, c o r, c o rps, rec o rs, acc o rd, enc o r et enc o re, p o rc, p o rt et p o re, t o rd, t o rds, t o rt, ret o rs, st o re et ment o r, ne se prononcent pas de deux manières[284].

3º L’O suivi de groupes à liquides.

Dans les groupes à liquides, l’=o= est également ouvert. Il est plus ou moins bref ou moyen dans les finales en =-ocle= et =-ocre=, =-ople= et =-opre=, =-otre=, =-ofle= et =-ofre=, où l’o est suivi d’une sourde: s o cle et médi o cre, sin o ple et pr o pre, n o tre et v o tre, gir o fle et c o ffre[285]; il est un peu plus long dans les finales en =-oble=, =-obre= et =-ogre=: n o ble, s o bre, o gre[286].

4º L’O atone.

L’=o= atone est exactement dans le même cas que l’a: tandis que l’o tonique peut être long en restant ouvert, l’o atone ne peut être long qu’autant qu’il est fermé, et ce n’est pas très fréquent. Ainsi l’o de d o re ou dév o re, n’étant pas fermé, s’abrège dans d o rer ou dév o rer.

L’=o= reste long pourtant, d’abord quand il conserve sur la prétonique l’accent circonflexe de la tonique: enj ô ler, enr ô ler (ou enr ô lement), fr ô ler, ch ô mer, pr ô ner, tr ô ner, aum ô nier, ô ter, c ô té, h ô tel, prév ô té, rappellent sensiblement ge ô le, r ô le, pr ô ne, tr ô ne, etc., quoique l’accent circonflexe ne soit pas toujours justifié[287].

La prononciation de coteau, dérivé de côte, comme côté, a quelque chose d’irrégulier, car l’o de ce mot est tout à fait bref et ouvert; aussi a-t-il perdu son accent. Il est vrai que beaucoup de gens ouvrent aussi celui de c ô té (cf. acc o ter); et même il est assez rare qu’on maintienne fermé celui de c ô telette, qui n’a pourtant que deux syllabes pour l’oreille.

A plus forte raison, quand l’accent circonflexe est plus éloigné, l’o reste difficilement fermé: il peut l’être dans fant ô matique, qui est savant, et d’ailleurs fort peu usité, et aussi dans H ô tel-Dieu, car h ô tel ne peut y changer de nature; mais l’accent d’h ô pital, qui est le même mot qu’h ô tel, ne sert plus absolument à rien[288].

On ouvre aussi assez généralement l’o de r ô tir et de ses dérivés.

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Même sans accent circonflexe, l’=o= reste ordinairement fermé et long dans o ssements ou dés o sser[289]; dans d o ssier, ad o sser, end o sser; dans gr o sseur, gr o ssir ou gr o ssier; dans f o ssé[290].

L’=o= est surtout fermé devant s doux ou z: o seille, gr o seille, o sier, g o sier, ég o sille, r o sier, r o sée, arr o soir, expl o sif, corr o sif, et tous les verbes en -oser, avec les substantifs en -osion et même -osité, comme arr o ser, ér o sion ou génér o sité[291]. Il est moins fermé dans les mots en -osition, notamment dans prép o sition. Il est naturellement plus ouvert dans h o sanna, m o saïque et pr o saïque, et tous les mots qui commencent par pros-, ou même plus généralement par pro-.

L’=o= prétonique est encore fermé dans m o mier, m o merie et m o mie, et dans les mots en -otion: l o tion, ém o tion, n o tion, p o tion, dév o tion[292]. Il est encore à peu près fermé, mais avec tendance à s’ouvrir, dans o bus et o deur, et il s’ouvre naturellement dans leurs dérivés, qui sont polysyllabiques. Il est douteux et plutôt ouvert dans t o per, dans v o mir et ses dérivés, dans à l’o rée, dans m o tus.

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Malgré l’étymologie, l’=o= est tout à fait ouvert et bref dans disp o nible et p o ney[293]; de même dans m o teur et m o trice; il l’est surtout dans les verbes en -orer, et dans les dérivés des mots en -ot, suivant l’analogie des mots en -ote: cah o ter, sab o ter, tric o ter, fl o tter, v o ter ou v o tif, et même numér o ter; de même abric o tier ou idi o tisme, tout comme escr o quer ou gal o per; et encore, peut-être par analogie, mal o tru ou o tage.

Beaucoup de Parisiens ferment l’o dans o vale, mais ceci est purement dialectal, car o est ouvert partout devant v, comme devant r (à part alc ô ve, bien entendu).

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Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’o dans vari o rum ou qu o rum (en opposition avec déc o rum ou f o rum, dont l’o est ouvert et bref); de même dans o lim, dans ex v o to ou ab o vo, dans le premier o de pr o domo, qui est un o final; mais il est ouvert dans fact o tum et t o ton, dans s o liste, et souvent même dans s o lo, dans quipr o quo, orat o rio et sanat o rium, et naturellement les polysyllabes qui commencent par d o déca[294].

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Remarque.--Par un phénomène d’assimilation que nous avons déjà constaté pour e ou ai, qui se fermaient devant une tonique fermée, la répétition de la même syllabe fait que l’=o= prétonique est presque aussi fermé que l’=o= tonique dans b o b o, c o c o, roc o c o, d o d o, g o g o et l o l o. Même le premier o de r o c o c o, qui est le même que l’o ouvert de r o caille, tend à se fermer comme les deux autres. Ces mots étant uniquement du style familier, il n’y a pas lieu de réagir ici[295].

Devant une voyelle aussi, l’=o= tend à se fermer à demi: c o-alition, c o-habiter, c o-efficient, b o-a, cl o-aque, o a-sis, p o ème, assourdiraient leur syllabe initiale, si l’on ne veillait à la distinguer de la suivante; et cette tendance, livrée à elle-même, irait jusqu’à changer o en ou consonne, ainsi que cela s’est fait plus d’une fois, notamment dans m o elle[296]. On fera bien d’y résister et d’ouvrir l’o. De plus, on doit prononcer les deux o séparément et ouverts dans quelques mots savants où on les trouve: c o-o pération, épiz o-o tie, z o-o logie, etc.[297].

5º L’O de quelques mots étrangers.

L’=o= est fermé dans l’anglais h o me, at h o me, et l’allemand kr o nprinz (sans nasale), mais l’r l’a ouvert dans folk l o re; il est assourdi en ou dans time is m o ney, ou t o be or not t o be[298].

L’=o= double anglais se prononce ou dans c oo lie, qu’on écrivait jadis couli, fort justement; dans b oo k, arrow-r oo t, f oo t-ball, gr oo m, sl oo p, sch oo ner, snowb oo t, waterpr oo f[299].

L’=o= double flamand n’est qu’un o long, comme dans v oo ruit[300].

6º Le groupe AU.

Le groupe =au= (ou =eau=) se prononce généralement comme o fermé[301].

I. =AU tonique.=--=Au= final est pareil à o final: rad eau, land au ou eldorad o, pann eau et pian o, mart eau et in-quart o ne se prononcent pas de deux manières.

Il en est de même quand il y a une consonne non articulée: f au x, déf au t, échaf au d, avec cette différence que -aut (ou -aud) est un peu plus long et surtout plus fermé que -ot[302].

Devant une consonne articulée, tandis que les groupes =oi= ou =ai= sont toujours ou presque toujours ouverts, et souvent brefs, comme a ou e, au contraire le groupe =au= est régulièrement et très également fermé et long comme ô: au be, déb au che, émer au de, ch au ffe, g au fre, s au ge, s au le, b au me, f au ne, t au pe, r au que, c au se, f au sse et s au ce, f au te et p au vre.

On ouvre quelquefois s au f, qui devient bref, surtout employé comme préposition, et aussi holoc au ste, en vertu du principe général des deux consonnes[303].

Mais l’exception capitale, c’est la finale =-aur= ou =-aure=: =au= y est toujours long, plus long que jamais, mais il y est ouvert autant et plus que fermé, car c’est le propre de l’r d’ouvrir les voyelles.

Ainsi au est ouvert d’abord dans s au r, qui est pour sor (comme Paul pour Pol), et dans t au re, qui est aussi pour tore (comme taure au est pour toreau), car au n’est dans ces mots que par réaction étymologique[304].

Et partout le groupe latin aur serait devenu or si on l’avait laissé faire, ce qui veut dire aussi que partout aur se prononcerait or ouvert, si l’érudition ne maintenait parfois le son o fermé. Ainsi l’usage le plus ordinaire ouvre la finale de cent au re et Minot au re, proches parents de t au re, et que les érudits seuls continuent à fermer, et plus encore celle de rest au re, sur qui l’érudition n’a pas de prise. La finale -aure s’ouvre même dans des termes techniques, comme ichtyos au re ou plésios au re[305].

II. =AU atone.=--=Au= atone est généralement fermé aussi, surtout quand il est prétonique, sauf devant un r: au bépine, au berge, au dace, au tel, etc., c au chois, c au tion, clab au der, ch au ffer, ch au sser, f au ssaire, m au viette, p eau ssier, etc., et les finales en -auté: cru au té, loy au té. Il est fermé même dans s au rien, t au romachie et cent au rée, malgré l’r, parce que ce sont des mots savants, et aussi dans v au rien, où le verbe primitif se reconnaît toujours.

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Mais les exceptions sont fort nombreuses.

=Au= atone est ouvert d’abord devant un r, dans t au reau, comme on vient de voir, et s au ret; généralement aussi dans les futurs et conditionnels d’avoir et savoir[306]; dans au rore, au réole, au rifère ou au rifier[307]; et tout au plus est-il douteux dans l au rier (pour lorier), l au réat, l au réole.

En second lieu il tend naturellement à s’ouvrir devant deux consonnes, non seulement dans au gment et au gmenter, où le phénomène est général, mais souvent aussi dans des mots comme au sculter ou au xiliaire, où il s’impose beaucoup moins, et même dans des mots où il est prétonique: au spice, au stère, au stral, c au ch(e)mar ou enc au stique.

Il s’est même ouvert sensiblement aussi devant une seule consonne, dans au toriser et au torité (mais non dans au teur), et surtout dans m au vais, sans parler de rig au don, qui s’écrit aussi rig o don. D’une façon générale, il tend à s’ouvrir dans quelques mots très usités, d’abord dans les polysyllabes, au thentique, au tomate, au tonome, au topsie, c au tériser, et aussi dans au mône, où il se distingue ainsi de l’ô qui suit, dans au guste, au tomne, ép au lette (malgré ép au le), p au pière, ou même nau frage. Toutefois on prononce encore la plupart de ces mots plus correctement en fermant au, aussi bien que dans au jourd’hui, où il est tout à fait incorrect de l’ouvrir[308].

La diphtongue allemande =au= se prononce comme o fermé quand elle se francise: block au s[309].

V.--LES VOYELLES I (y), U, OU.

Les voyelles =i=, =u=, =ou=, étant fermées par définition, ne se prononcent pas de deux manières. Les instruments délicats de la phonétique expérimentale constatent bien une petite différence de timbre, mais encore n’est-ce guère qu’entre les voyelles atones et les toniques, celles-ci étant un peu plus fermées[310].

Au point de vue de la quantité, nous ferons les mêmes distinctions que pour les autres voyelles.

1º La voyelle I.

L’=i= final est moyen, seul ou avec consonne non articulée, avec ou sans accent: hard i, créd i t, rend i t ou rend î t, rad i s, out i l, crucif i x, r i z, jur y, Jésus-Chr i st ont la finale identique. Pis, adverbe, est un peu plus long. D’autre part, dans ui final, la brièveté du premier élément paraît allonger le second: app ui, min ui t, m ui d[311].

Parmi les voyelles finales qui peuvent être suivies de l’e muet, l’=i= se distingue particulièrement, au moins en vers, parce que là =ie= devient facilement i-ye, et se trouve, par suite, singulièrement allongé:

Adieu: je vais traîner une mourante vi-ye, Tant que par ta poursuite elle me soit ravi-ye[312].

Mais il y a quelque affectation à prononcer ainsi: il faut laisser cela aux chanteurs. En tout cas, on ne le fait jamais dans l’usage courant, où il est difficile de distinguer par exemple: elle est part ie ce matin, de il est part i ce matin, ou mon am ie est venue de mon am i est venu. On maintient sans doute une légère différence quand on rapproche un masculin d’un féminin: un am i, une am ie, et ce n’est pas grand’chose[313].

Devant la plupart des consonnes articulées, l’=i= est bref ou moyen: traf i c et traf i que, p i pe, hu i t, prof i te et f î tes; r i che, capt i f et cal i fe; v i ce, v i sse et v i s[314]; diatr i be, ar i de et fat i gue; hab i le, an i me, f î mes et cab i ne. Il est plus long devant g et n mouillé: vert i ge et ind i gne; plus encore devant r, s doux et v: r i re, mour i r, fin i rent, mer i se et arr i ve. Mais surtout, contrairement aux cas des autres voyelles, la finale mouillée =-ille=, autrefois brève, quand on connaissait l’l mouillé, est devenue longue, depuis qu’on la prononce i-ye.

Même gradation de quantité dans c y cle, disc i ple, g i fle, l i tre et ch i ffre; l i bre, h y dre, t i gre et v i vre.

Hu i le a encore l’i un peu plus long qu’hab i le, peut-être à cause du groupe ui; mais l’accent circonflexe ne sert plus à rien, non seulement dans les prétérits, f î mes ou f î tes, pareils à tous les prétérits, mais aussi bien dans î le, hu î tre, ép î tre et bél î tre, et souvent même dans d î ne. La prononciation oratoire ou poétique appuie également sur ab î me et subl i me: on voit que l’accent circonflexe n’y est pour rien. On appuie de même sur fils en poésie, et sur bis, mais seulement quand on applaudit.

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L’=i= atone est rarement long; tout au plus est-il moins bref quand il est suivi d’un s doux, comme dans les verbes en -iser. Pourtant l’i long de p i re se conserve exceptionnellement dans emp i rer, contrairement à l’usage des verbes en -rer, qui ont presque tous la prétonique brève, comme adm i rer.

L’i est également long dans les verbes en -i-er, à l’imparfait et au subjonctif présents, devant les finales -ions et -iez: pr i-ions, pr i-iez; c’est la seule manière de distinguer ces formes de celles de l’indicatif présent. En fait, on prononce presque priy-yons; mais le nombre des syllabes n’est pas augmenté pour cela[315].

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L’=i= final avec tréma fait une syllabe à part en français: ha-ï, ou-ï e; mais, dans certains mots étrangers, comme le japonais banza ï ou samoura ï, il vaut mieux considérer aï ou oï comme des diphtongues, où le tréma sert uniquement à empêcher de prononcer ai (è) ou oi (wa) à la française, sans pour cela séparer l’i[316].

2º L’I dans les mots étrangers.

L’=i= anglais se prononce i dans g i n, m i ss et m i stress (missess), dans cl i pper, p i ckles (ess) et cr i cket, dans g i psy, wh i sky et wh i g, dans br i dge, dans les mots en -ing, etc. D’autre part, on francise encore assez généralement esqu i re (ki) et r i fle, et surtout outs i der. Enfin, beaucoup de personnes prononcent encore fl i rt par i, aussi bien que par eu ouvert, d’autant plus que de fl i rt nous avons fait fl i rter: toutefois, la diffusion progressive de l’anglais tend à faire prévaloir fleurte et même fleurter, ce qui est presque aussi absurde qu’interviouver[317].

Mais il y a beaucoup d’autres mots qui ne sauraient être francisés, et on doit se résoudre à donner à l’i de ces mots un son intermédiaire entre aï (ou aye) et aë, notamment dans all r i(gh)t (olraït en deux syllabes), r i(gh)t man at the r i(gh)t place (atzéraïtplèce), h i(gh)l i fe ou h i(gh)lander, t i mes (taïms) et t i me is money, ou f i ve o’clock[318]. Pourtant rien n’empêche un fantaisiste de s’amuser à faire rimer high life (iglife) avec hiéroglyphe. On peut même se demander si, avec toutes les Chapelleries, Draperies ou Épiceries du high life qu’on trouve partout maintenant, l’obligation d’employer ce mot, imposée à tant de gens qui ne savent pas l’anglais, n’arrivera pas à le franciser tel quel à bref délai.

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L’=y= final, ou intérieur, devant une consonne, n’existe plus en français que dans des noms propres, et naturellement se prononce i. L’y final anglais se prononce i ou e; mais beaucoup de mots en y sont suffisamment francisés pour que ceux qui ne savent pas l’anglais puissent prononcer un i indifféremment et sans scrupule dans brand y, lad y, penn y, nurser y, tilbur y, dand y, whisk y, tor y, gips y, derb y, gentr y, garden-part y, et clerg y man; on prononcera de préférence aï dans dr y farming, et cross-countr y se prononce keuntré[319].

3º U et OU.

Il est inutile de répéter littéralement pour =u= et =ou= ce que nous avons dit pour i.

Ils sont également moyens dans f u s, f u t, refl u x et touff u, dans j’eu s, il eu t, dans m ou, m ou d, m ou t, rem ou s, j ou g, l ou p et caoutch ou c[320].

Brefs ou moyens devant la plupart des consonnes finales articulées, ils sont longs, comme toutes les voyelles, devant r: j ou r, brav ou re, obsc u r, bless u re[321]; devant s doux: ép ou se, d ou ze, r u se; devant v: l ou ve, ét u ve, déc ou vre, sauf pourtant les verbes pr ou ve et tr ou ve, qui paraissent plus brefs.

Devant s dur, u et ou ne s’allongent pas, sauf dans le mot t ou s, quand il est tonique, en opposition avec tou(s) atone, qui est très bref: t ou s les hommes, il t ou sse, pour t ou s, font trois degrés très distincts[322].

Un certain nombre de mots en -ouille ont aussi généralement la finale longue: f ou ille, r ou ille, br ou ille, s ou ille; on y joint quelquefois h ou ille et dép ou ille[323].

On allonge aussi ordinairement r ou le et cr oû te; quelquefois r ou ge et b ou ge, du moins en poésie.

L’accent circonflexe se fait encore un peu sentir dans br û le et aff û te, beaucoup moins dans fl û te, quelquefois dans c oû te, g oû te, cr oû te, v oû te et s oû le, au moins quand ils ne sont pas liés au mot qui suit, car cela c oû te cher n’a pas toujours le même son que cela me c oû te[324].

La voyelle prétonique reste à peu près longue dans les verbes qui ont l’accent circonflexe, comme br û ler, m û rir ou c oû ter; exceptionnellement aussi dans deux ou trois verbes en -rer: m u rer, b ou rrer, f ou rrer, l ou rer. Elle est flottante, mais plutôt longue que brève, dans f ou iller, r ou iller, br ou iller, s ou iller, avec br ou illard et quelquefois br ou illon, mais non s ou illon; dans r ou iller, r ou ler, r ou lure et cr ou ler, et dans la plupart des verbes en -user et -ouser; voire même dans p ou rrir et les mots en -urie[325].

L’=u= ne s’entend pas dans l’interjection ch(u)t, où le ch est ordinairement prolongé; chut est donc une orthographe conventionnelle, qui a paru nécessaire pour désigner l’interjection, quand on en fait mention dans une phrase: on entendit plusieurs ch u t, et aussi pour la rime. On en a fait d’ailleurs le verbe ch u ter, dont l’u se prononce toujours[326].

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L’=u= se prononce o, ouvert et bref, dans la finale latine =-um=, suivant la manière française de prononcer le latin, et cela, même dans les mots complètement francisés, comme alb u m, for u m, post-script u m, gérani u m, etc.; et aussi barn u m[327].

On prononce l’u de la même manière à l’intérieur de certains mots composés, d’origine latine, comme tri u mvirat ou circ u mnavigation[328].

L’u se prononce encore en o dans rh u m et rh u mmerie.

Dans parf um seul, la finale est restée nasale[329].

4º L’U dans les mots étrangers.

L’=u= se prononce ou dans les groupes -gua- et -qua-, surtout dans les mots d’origine étrangère: nous en parlerons aux lettres G et Q.

D’ailleurs l’u se prononce ou presque partout ailleurs qu’en français[330]. Mais, à part la finale -um, nous le francisons infailliblement en u dans tous les mots étrangers que nous adoptons. Ainsi dans u hlan, où l’u non seulement se prononce u, mais est devenu bref; de même dans trab u co. On peut hésiter pour certains mots, comme nég u s, qu’on prononce par u et ou, ou b u lb u l, qu’on prononce plutôt par u; comme p u ff, dont nous avons fait p u ffisme et p u ffiste, alors que nous avions déjà pouff.

Il vaut mieux prononcer ou dans les mots qui ne sont pas certainement francisés, comme l’italien jettat u ra, f u ria francese, e p u r si m(u)ove, et les termes de musique opera b u ffa, risol u to, riten u to, sosten u to, u n poco pi u, t u tti[331]. De même l’espagnol c u adrilla, ch u lo, f u eros, m u leta, ay u ntamiento et pron u nciamiento; l’allemand b u rg, k u lt u rkampf et landst u rm; l’anglais home r u le, b u ll f u ll (au poker), homesp u n, pl u mcake. Mais on prononcera: bleu dans blu (e) book et pleum-poudding (plum-pudding)[332].

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Quoique l’=u= anglais se prononce quelquefois ou, il se prononce plus souvent comme eu ouvert: c’est le cas, par exemple, dans cl u b, t u b, st u dbook, r u sh et str u ggle for life[333]. Toutefois club était déjà francisé sous la Révolution, et, en histoire, on prononce plutôt cl u b, cl eu b étant réservé aux cercles plus ou moins aristocratiques qui trouvent ce mot plus élégant que cercle. D’autre part, on le prononce sensiblement comme un o au poker, dans fl u sh et bl u ff, d’où le verbe bl u ffer. L’=u= de g u lf-stream se francise aussi en o, sous l’influence de golfe, dont il vient. Enfin b u dget et t u nnel sont francisés complètement depuis longtemps; t u rf l’est sans difficulté, ainsi que u lster, tilb u ry, h u mour, g u tta-percha, n u rse et n u rsery; tr u st lui-même est en voie de l’être.

=Ou= anglais se prononce aou dans boarding-h ou s(e) ou clearing-h ou s(e); mais on se contente généralement de ou, sinon dans st ou t, au moins dans ou tlaw et ou tsider. Il se prononce o dans f ou r in hand.

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