‹ Comment on Prononce le Français, Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangersChapitre 8 sur 20 · VI.--LES VOYELLES NASALES

VI.--LES VOYELLES NASALES

1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales.

Quand la consonne =n= (ou =m=) est entre deux voyelles, elle se groupe naturellement avec la voyelle qui suit, et celle qui précède reste pure. Mais quand elle s’est trouvée placée dans les mots français à la suite d’une voyelle, devant une consonne autre que m ou n, ou à la fin d’un mot, la voyelle s’est d’abord nasalisée, puis l’n (ou l’m) a peu à peu cessé de se faire entendre (sauf dans le Midi). Il s’est maintenu toutefois dans l’orthographe, comme signe de la nasalisation de la voyelle qui précède: an ge, ch am bre, p in. Ainsi il n’y a plus que trois sons dans enfant, qui en avait six autrefois.

Cette conservation de l’n comme signe orthographique n’est pas sans inconvénient, car on ne sait pas toujours dans quels cas l’n est une consonne, ou un simple signe de nasalisation.

Pas plus que les voyelles fermées, les voyelles nasales ne peuvent se prononcer de deux manières. Une seule différence est à faire, pour la quantité. Quand elles sont finales, elles sont moyennes, comme toutes les autres voyelles: rom an, chem in, mout on, auc un; quand elles sont suivies d’une consonne articulée, elles s’allongent très sensiblement, surtout si elles sont toniques: rom an ce, bon-s en s, m in ce, t on dre, empr un te; quand elles sont atones, elles sont moins longues: on peut comparer r an g, r an ge, et r an ger, qui est entre les deux; de même l on g, l on gue et l on ger.

Il y a en français quatre nasales, c’est-à-dire quatre sons distincts qui ne sauraient se confondre; mais un même son nasal peut s’écrire de plusieurs façons. Outre que en se prononce tantôt an, tantôt in, que ain et ein ont le même son que in, il faut ajouter à cela la différence de l’m et de l’n; et si l’on tient compte, en outre, des consonnes non articulées, on obtient pour chacun des quatre sons un très grand nombre de graphies, que l’orthographe a conservées, à propos ou hors de propos.

Pour la voyelle =an=, voici d’abord rom an, am ant, flam and, c amp, fr anc, r ang, et naturellement leurs pluriels; puis Rou en, différ ent, différ end, har eng, et leurs pluriels; de plus am bition, em mener, t emps, ex empt ou ex emp te, sans compter J ean, C aen, L aon, han ter et Hen ri, ce qui fait bien trente manières d’écrire le seul et unique son an.

Il n’y en a pas moins pour la voyelle =in=: voici d’abord v in, v ins, prév int, v ingt, et quatre-v ingts, inst inct, et même c inq, dans cinq sous; puis s ain, s aint, s ein, s eing, ess aim, et leurs pluriels, f eint, th ym, avec v ainc et v aincs; de plus, exam en, vi ens et vi ent; sans compter l im pide, s yn taxe et R eim s; et j’en passe peut-être. Et encore faut-il considérer à part s oin ou mars ouin, p oint, p oing, et leurs pluriels.

La voyelle =on= se trouve à son tour dans chiff on, prof ond, affr ont, j onc, l ong, n om, pl omb, pr ompt, et leurs pluriels, et dans r omps, sans compter p un ch; la voyelle =un=, dans trib un, déf unt, parf um, et leurs pluriels, et dans à j eun ou Jean de M eung.

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Mais l’n et l’m ne s’emploient pas indifféremment: l’m ne fait généralement que remplacer l’n dans certains cas. En principe, l’m ne peut terminer une nasale qu’à l’intérieur des mots, devant une labiale, b ou p, ou dans le préfixe -em (pour en-) suivi d’un m. Le phénomène se produit même dans des syllabes masculines finales: c am p, ch am p, ex em pt et t em ps, pl om b, pr om pt et r om pt, ou r om ps[334].

Il faut y ajouter c om te et ses dérivés auxquels on a conservé l’m tout à fait exceptionnellement, devant un t, sans doute pour éviter une confusion avec co n te[335].

La prononciation est d’ailleurs exactement la même aujourd’hui, que la consonne qui termine la nasale soit m ou n: c am p, ch am p et t em ps, c am per et am bition, m em bre, t em pe et em mener, n im be et s im ple, pl om b et n om bre, r om pre et r om pt ou r om ps, et h um ble, prononcent leurs nasales exactement comme an ge, c in tre, r on de ou déf un t.

A la fin des mots s’il n’y a pas de consonne à la suite, la voyelle nasale est toujours écrite avec un n, les finales en m ayant perdu le son nasal. Il faut excepter:

1º Dam et au besoin quidam[336];

2º Daim, faim, essaim, étaim[337]; de plus, thym;

3º Nom et ses composés avec dom, qui est le même mot que l’espagnol don[338];

4º Parfum[339].

Dans tous les autres mots, l’m final se prononce à part, mais d’ailleurs tous ces mots sont des mots étrangers, prononcés comme ils sont écrits, ou des mots latins: hare m, intéri m, albu m, etc.[340].

2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées

Outre les finales en m, il y a encore d’autres syllabes qui ont perdu en français le son nasal. On parlera plus loin des finales en -en. Je veux parler ici de certaines syllabes intérieures, où la nasale n ou m était suivie d’un autre n ou m.

Nous avons déjà vu précédemment la nasale primitive se réduire à une voyelle dans fla(m)-me et fe(m)-me[341]. Il en fut de même de beaucoup d’autres mots, notamment gra(m)-maire[342].

Beaucoup de personnes conservent encore, très malencontreusement, le son nasal dans an-née, dans sol en-nel et sol en-nité, ou dans les adverbes en -amment ou -emment[343]. Dans tous ces mots la décomposition est définitive depuis longtemps; et comme la nasale avait partout le son an, c’est l’a qui a prévalu partout après décomposition; c’est pourquoi impudemment et abondamment se prononcent de la même manière, impudent et abondant ayant la même finale pour l’oreille[344].

Il est resté toutefois quelques spécimens de cette catégorie de nasales. Par exemple, il faut bien se garder de remplacer né an-moins par né a-moins, qui est devenu une prononciation purement dialectale; néant, qui a gardé ici son n à défaut du t, a gardé aussi sa prononciation. Le son nasal s’est maintenu également dans t în-mes et v în-mes, formes exceptionnelles et bizarres, dont l’orthographe et la prononciation sont dues à l’uniformité de la conjugaison.

Mais surtout le son nasal s’est maintenu dans les mots de la famille d’en-nui et dans les composés de la préposition en: en-noblir, em-mener, em-ménager, etc., y compris le vieux mot em-mi[345].

Il y a mieux, et voici une observation capitale: la préposition en a gardé parfois le son nasal, non seulement devant n ou m, mais même devant une voyelle, dans des composés d’origine purement française, sans que l’n se soit doublé: en-ivrer. Ce n’est pas sans peine, car le voisinage de mots tels que énigme, énergie, énoncer, tend continuellement à décomposer la préposition. La présence d’un h contribue peut-être à la maintenir dans enherber ou enharmonie qui d’ailleurs ne sont pas d’usage courant[346]. Mais il y a trois mots capitaux, trois mots très usités, trois mots nécessaires, où il est indispensable de maintenir la préposition en avec le son nasal, malgré le voisinage immédiat de la voyelle, sous peine de faire de véritables barbarismes. Ce sont en-ivrer, en-amourer et en-orgueillir, qui doivent se prononcer comme s’en aller, avec nasale et liaison.

Les fautes sur ce point sont si fréquentes que je ne sais trop quel avenir est réservé à ces mots[347]. En-orgueillir se tient encore assez bien[348]; mais que de gens même fort instruits, et même des typographes, vont jusqu’à mettre un accent sur énamourer, voir sur énivrer! Écriture et prononciation également barbares, auxquelles il faut résister de toutes ses forces, aussi longtemps qu’on le pourra.

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Passons aux observations particulières à chaque nasale.

3º Les cas particuliers de la nasale AN

I. C’est à la nasale =an= que se rattachent trois monosyllabes d’orthographe irrégulière: fa(o)n, pa(o)n, ta(o)n. Pour taon, c’est ton et non tan qui s’est prononcé longtemps et se prononce encore dans certaines provinces, mais cette prononciation, admise par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, est aujourd’hui dialectale[349].

Il va sans dire que dans les cas où la dérivation dénasalise la syllabe, c’est l’a seul qui s’entend: pa(o)n et fa(o)n ne peuvent donner que pa(on)ne, pa(on)neau, fa(on)ner, prononcés également sans o[350].

Autre observation sur an: nous nasalisons presque toujours le groupe an, et aussi am intérieur, dans les mots étrangers, même quand ces mots ne sont pas francisés par ailleurs. Il y a là un phénomène général très curieux.

Pour la finale, d’abord, il n’y a guère que les mots anglais en -man qui fassent exception; après avoir nasalisé autrefois drogm an, dolm an, landamm an, avec parmes an et d’autres, nous respectons aujourd’hui, par suite de la diffusion de l’enseignement, et aussi par un certain snobisme, la finale sonore de policema n, clubma n, sportsma n, etc.[351].

Pour an intérieur, il y a d’abord quelques mots qui sont entièrement francisés: d an dy, perform an ce, et même h an dicap, puisque nous en avons fait le verbe h an dicaper; de même an d an te ou an d an tino, f an tasia, fr an co ou dilett an te. Il y a ensuite les mots dans lesquels an seul est francisé: ainsi c an t, où nous prononçons le t, contrairement à l’usage français, et c an tabile, où nous prononçons l’e final; c’est toujours la demi-francisation. De même l an dwehr ou l an dsturm, st an d, s an dwich ou shak(e)h an d, c an zone ou b an derillero, et aussi warr an t, où le t final ne se prononce plus, quoique le w se prononce encore quelquefois ou.

En revanche, on ne nasalise guère an dans c an ter, highl an der ou four in h an d, dans f an toccini, bel c an to, acceler an do, ritard an do, tutti qu an ti, furia fr an cese, lasciate ogni sper an za, qui sont trop manifestement étrangers. Ou plutôt on nasalise bien un peu la syllabe, mais en faisant néanmoins sonner l’n, ce qui n’est pas la nasale proprement française[352].

Tra m way a pu se franciser sans se nasaliser. Cela tient à ce que le w ayant le son ou, l’m a l’air de sé-parer deux voyelles; mais on entend souvent dans le peuple tran-vè.

4º Quand le groupe EN se prononce-t-il an ou in?

Nous passons à =en=. Ici se pose la question la plus importante peut-être de celles qui concernent les nasales en français: quand en se prononce-t-il an? quand se prononce-t-il in? Car c’est le seul groupe à n final qui se prononce de deux manières, autrement dit qui appartienne à deux nasales. A l’origine, l’e n’avait pu se nasaliser qu’avec le son in, qui correspond phonétiquement à e ouvert et non à i. Mais il semble bien qu’à une certaine époque le groupe en était passé de in à an à peu près partout, et aujourd’hui encore =en= se prononce normalement =an=, ainsi qu’on va voir.

Mais les exceptions sont devenues assez nombreuses.

I. =EN final.=--C’est ici que le son in s’est le plus généralisé. Le changement ou le retour de an à in a dû se produire en premier lieu dans la diphtongue finale accentuée =-ien=. On la trouve d’abord dans bien, chien et rien, avec tous leurs composés[353]; puis dans mien, tien et sien; enfin dans les formes de venir et tenir, viens, viendra, tiendrait, etc., avec leurs composés, et aussi leurs dérivés: soutien, maintien, entretien. L’altération du son primitif est passée de là à tous les mots où la finale =-en=, dérivée du suffixe latin -anus, était précédée des voyelles i (et y) ou e: paï-en, moy-en, chréti-en (autrefois de trois syllabes), patrici-en, etc., europé-en, chaldé-en, etc.

Ce ne fut pas sans résistance. Beaucoup de mots, au moins les noms propres, ont hésité longtemps entre an et in. Voltaire, qui faisait parfois des efforts pour rapprocher l’orthographe de la prononciation, et qui écrivait fort judicieusement f e sons et bienf e sant, écrivait aussi europé an. Aujourd’hui il n’y a plus d’hésitation: tous les mots en =-éen= et =-ien= ou =-yen= se prononcent é-in et i-in ou plutôt yin, quoique les poètes s’obstinent à séparer l’i la plupart du temps: tragédi en, bohémi en, aéri en, parisi en, etc., etc.[354].

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Si nous passons aux autres mots terminés en -en, nous constatons que le son an ne se retrouve plus que dans la préposition en[355]. Il est vrai que dans la plupart des autres (ils ne sont d’ailleurs pas nombreux), la finale n’est plus nasale: ainsi abdome n ou glute n. Ces mots ont subi l’analogie des mots latins ou étrangers, et surtout des noms propres qui sont fort nombreux; nous les retrouverons quand nous parlerons de l’n final. Seul, exam en s’est complètement détaché du groupe: sa finale, qui n’avait d’ailleurs jamais perdu complètement le son in, l’a repris définitivement depuis un siècle[356].

De plus, les poètes ont fait longtemps et font souvent encore rimer hymen avec main; mais comme le mot n’est plus d’usage courant et prend une apparence un peu scientifique, il est fort rare qu’on nasalise sa finale en prose[357].

II. =EN tonique suivi d’une consonne.=--La finale -ent ou -end, à consonne muette, a partout le son an: prud en t, ag en t, m en t, susp en d, att en d, etc., etc., et même les mots en -ient, même ingrédi en t, qu’on écorche parfois[358].

Il faut excepter toutefois ti en t et vi en t et leurs composés, qui ne peuvent pas se prononcer autrement que les formes voisines de tenir et venir[359].

Il en est de même de -ens, qui en principe se prononce également an dans les mots proprement français, où l’s ne se prononce pas[360]. Mais ces mots sont en fort petit nombre: g en s, guet-ap en s, dép en s, susp en s, avec le substantif s en s, dont l’s se prononce aujourd’hui presque partout, et les formes verbales s en s, m en s, rep en s.

Les autres mots sont des mots latins, et sont naturellement prononcés comme en latin, c’est-à-dire que en se nasalise en in et que l’s se prononce (ince): g en s, delirium trem en s, alma par en s, semper vir en s, horresco refer en s, d’où, par analogie, labad en s, inventé par Labiche. Pourtant le mot technique cens a gardé le son an, sans doute par analogie avec sens et bon sens, qui n’ont jamais varié sur la nasale[361].

C’est aussi an tout court qui sonne dans t em ps ou har en g[362].

Enfin c’est encore an qu’on prononce toutes les fois que en est suivi d’une syllabe muette: ainsi les finales -ente, -ence ou -ense, -ende et -endre, -emble, -embre, -empe et -emple, etc.[363].

III. =EN atone.=--Si nous passons à en atone, nous constatons encore que c’est le son an qui est le son propre du groupe dans les mots proprement français.

En tête des mots, il n’y a pas d’exception[364].

A l’intérieur, le son an s’est maintenu non seulement dans les finales -ention, -entiel, etc., mais même dans des mots plus ou moins techniques ou savants qui étaient déjà anciens: d’abord les dérivés de cent, comme c en turie ou c en turion[365]; par analogie, c en taure; puis adv en tice et adv en tif, app en tis et perp en diculaire, cal en der et cal en drier, comm en sal, comp en dieux, dys en terie et li en terie, en tité, m en dicité, m en strues, sept en trion, stip en dier, etc. C’est la vraie tradition française[366].

Au contraire, dans les mots plus ou moins savants, plus ou moins techniques, qui sont entrés dans la langue assez récemment, c’est-à-dire depuis la Renaissance, la prononciation moderne du latin a amené l’emploi du son in. Ce sont d’abord des mots purement latins, ag en da, p en sum, mem en to, comp en dium, s en sorium, in ext en so, modus viv en di[367]; puis les mots tirés du grec, qui commencent par hendéca- ou par pent-, comme p en tagone[368]; en outre b em bex, rhodod en dron et plac en ta, avec m en tor et m en thol, etc.

En outre app en dice et s em piternel, quoique anciens, ont à peu près passé de an à in, sous l’influence du latin app en dix et s em piternus, et app en dicite, mot savant, qui se prononce fatalement par in, achève l’altération d’app en dice. Chrétien a fini aussi par entraîner chréti en té, qui a été longtemps discuté.

D’autres mots flottent déjà, comme adv en tice ou m en strues. Sapi en tiaux est exposé à passer de an à in, étant mal protégé par sapi en ce, qui est peu usité, tandis que obédi en tiel, pestil en tiel, et surtout sci en tifique, le sont beaucoup mieux par obédi en ce, pestil en ce et sci en ce, dont la finale est inaltérable actuellement.

En revanche, quelques mots plus ou moins récents ont pris ou gardé le son an par analogie, ou pour des raisons qui échappent, car une logique parfaite ne préside pas toujours à la répartition des sons.

P en d en tif a suivi l’analogie de p en dre et p en d an t; t en tacule, celle de t en ter et t en tative. Tar en telle et tar en tule ont suivi Tar en te, qui était ancien. Quand Fabre d’Églantine inventa v en démiaire, il le tira du latin v in demia, mais s’il l’écrivit ven et non vin, c’est qu’il voulait en faire un mot populaire comme v en tôse, et pour cela le rapprocher de v en dange; c’est donc à tort que quelques-uns le prononcent par in[369].

Tous ces mots s’expliquent assez bien. Mais pourquoi st en tor avec an à côté de m en tor avec in? Je ne sais si st en tor est ancien dans l’usage; en tout cas, les grammairiens n’en parlent pas[370]. Pourquoi prononce-t-on ép en thèse par an? Pourquoi, à côté de rhodod en dron prononcé par in, prononce-t-on d en drite par an? Que dis-je? A côté de téréb in the, non seulement prononcé, mais écrit par in, on a téréb en thine, prononcé par an; et au contraire, de m en the, qui a naturellement gardé le son de son orthographe primitive m en te, on a tiré m en thol, à qui on a imposé le son in, à titre de mot savant![371].

IV. =Les mots étrangers.=--On sait que les voyelles nasales appartiennent presque exclusivement au français. Quand on ne francise pas du tout un mot étranger, et il y a des cas où cela n’est guère possible, on doit se garder de nasaliser le groupe en, aussi bien que les autres. Ainsi l’anglais p e nce, e nglish, great ev e nt ou self governm e nt, g e ntry ou même g e ntleman et rem e mber; de même l’italien l e nto, a t e mpo ou s e nza t e mpo, rall e ntando, risorgim e nto, et aussi l’espagnol ayuntami e nto ou pronunciami e nto.

Mais si on francise, ne fût-ce qu’à moitié, c’est toujours par la nasale qu’on commence; or en ne peut se nasaliser directement qu’en in, seule nasale correspondant à e. Ainsi dans b en gali, dans b en join, d’où b en zine avec ses dérivés; dans eff en di; dans farni en te (que l’e final soit muet ou non), pol en ta, v en detta et cresc en do[372]. Ainsi encore dans bl en de et pechbl en de, qu’on prononce quelquefois par an, à cause de la finale ende; et encore dans sp en cer. A sp en cer on devrait joindre t en der et chall en ge, mais l’usage des employés de chemins de fer a définitivement francisé t en der par an, évidemment par l’analogie des mots t en dre, t en deur et autres, et de son côté chall en ge a pris le son des finales en -ange, comme v en ge.

D’autre part, beaucoup de gens prononcent aussi v en detta par an, et cette prononciation s’imposera fatalement un jour[373].

5º Les cas particuliers de la nasale IN.

Sur la nasale =in=, il y a moins à dire[374].

La préposition latine in, qui n’est pas nasale en latin, parce que l’n est final, s’est nasalisée en français devant une consonne, dans les termes qui désignent les formats de livres, in-folio, in-quarto, comme in-douze, in-seize, etc., et le plus souvent aussi in-plano; mais on ne nasalise pas i n-octavo à cause de la voyelle, pas plus que i n extremis ou i n extenso, qui sont en deux mots; pas davantage i n partibus, non plus que l’italien i n petto.

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D’autre part, dans les mots étrangers, c’est le groupe in qui se conserve le mieux en français sans se nasaliser. Ainsi on ne doit pas nasaliser la finale anglaise -ing, sauf dans schamp oin(g), qui est tout à fait francisé. Il est vrai que shelling et sterling peuvent encore se prononcer chel in et sterl in sans g, et d’autre part on nasalise encore quelquefois shirt ing, lasti ng et poud ing (sans parler de meet ing) en prononçant le g guttural, mais il semble qu’on cesse peu à peu de nasaliser ces mots. On ne doit pas non plus nasaliser fl i nt-glass, i ncome-tax, mack i ntosh, kronpr i nz, h i nterland, tch i n, khams i n.

On nasalise quelquefois g in, et ordinairement mue(z)-z in, toujours in cognito, im presario, pepperm in t, aquat in te (à côté de aqua-t i nta); généralement aussi in terview, suffisamment francisé, puisqu’on en a fait in terviewer. [375]

Le groupe =oin= doit se prononcer ouin et non ou an, comme on fait dans certaines provinces, et m oin dre peut rimer avec cyl in dre, mais non avec ent en dre.

J’ajoute que oin est toujours monosyllabe. V. Hugo a cru, et il n’était pas le premier, que les nécessités ou les commodités de la versification l’autorisaient à scinder en deux le mot groin:

... eux, déchiffrer Homère, ces gens-là! Ces diacres, ces bedeaux dont le gro-in renifle[376].

Mais alors on est obligé de prononcer gro-in, ce qui altère le mot sensiblement[377]. Ailleurs, il écrit grou-in pour la rime[378]: cela vaut encore mieux; d’autres l’avaient fait avant lui, et quelques personnes prononcent ainsi. Mais c’est une erreur, et, malgré les trois consonnes initiales (grw), groin n’est pas plus difficile à prononcer en une syllabe que bruit, instruit ou croix, qui en ont autant[379]. Voyez Saint-Amant, dans le Melon:

Et des truffes... qu’un porc..... Fouille pour notre bouche et renverse du groin.

Le groupe =ouin=, dissyllabe autrefois, est aujourd’hui monosyllabe, comme oin[380].

6º Les cas particuliers de la nasale ON.

La nasale =on= n’a d’intéressant que m on sieur, où on, réduit d’abord à o--on dit encore parfois m o sieu par plaisanterie--s’est réduit en définitive à un e muet (mesieu) qui, comme la plupart des e muets, disparaît ordinairement dans la prononciation rapide[381].

Nous avons parlé plus haut des mots en -aon, à finale monosyllabique, prononcée an[382].

On final ne se nasalise pas dans quelques mots empruntés au grec: epsil o n, omicr o n, kyrie eleis o n, gnôthi seaut o n, etc., ni dans sine qua n o n ou baralipt o n, ou les expressions italiennes c o n brio, c o n moto, etc.; mais en physique on nasalise micr on[383].

7º Les cas particuliers de la nasale UN.

La nasale un (ou um) se prononce on dans les mots latins: sec un do, conj un go, de prof un dis; dans rh um b, l um bago et p lum bago, dans j un gle et j un te, et dans p un ch[384]. Mais pourquoi ponch, qui n’est ni anglais, ni français? et pourquoi ponch à côté de lunch, qui se francise avec la nasale un, si bien que nous en avons fait luncher? Ce sont des mystères que nul ne peut expliquer.

Mais le point capital à propos de la nasale un, c’est de ne pas la prononcer in! On entend trop souvent in jour, in homme. Heureusement ce n’est pas encore chose très fréquente chez les gens qui ont quelque instruction; mais il est peu de fautes plus choquantes.

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