XIV
Donc, Glatigny, puis Mendès eurent sur mon esprit instinctivement camarade, soit dit pour atténuer le mot de complice plus haut employé, qui serait trop fort en fin de compte, la domination qu’il fallait, moyennant la joie d’avoir raison dans des esprits de mon âge ou d’à peu près mon âge.
Pourquoi — puisque c’était indiqué, — pas cette alliance vers des égaux que je croyais dès alors être et qui sont des égaux admirés ?
Admirés ! oui, — aimés mieux encore.
Car quel camarade, en attendant d’être combien ami, me fut Catulle Mendès, et quel ami avant qu’il fût ce camarade, me devint tout de suite Albert Glatigny !
Ceci et cela sans connaître en personne ni l’un ni l’autre de ces frères, mais en me récitant, quasiment comme mes prières du soir et du matin, las ! oubliées lors, des bouts de vers dans ce genre-ci :
Ce jour, ma mie Aline avait un chapeau vert,
Là-bas des cuirassiers retentissants de cuivre…
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J’aime les fronts hâlés qui portent le hautbert :
Il est beau de mourir plus qu’il n’est bon de vivre,
Et lorsque la bataille effroyable se livre,
Le plus heureux a nom Murât ou Canrobert.
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Arche ! dit en riant mon joli colonel.
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Et vous voyez qu’il y avait de quoi, en effet, s’emporter de tout son être vers ce jeune talent — si beau déjà !…
Quant à Glatigny, — permettez-moi d’en parler pour l’instant plus longuement, afin d’en mieux revenir à mon non moins glorieux et, j’espère, bien longtemps survivant compagnon d’armes.
C’est le mot, car ce fut, de notre temps, la mode d’être militant et nous avions encore un peu du sang des Pétrus Borel et de ces Philothée O’Neddy que voici qui mourraient chez nous s’il n’y avait encore céans (et léans de nos jours) des jeunes gens, eussent-ils quarante et cinquante ans… avec le diable au corps, par-dessus le marché !
Ce Glatigny ! Son livre, les Vignes folles, où toute l’audace, toute la grande belle verve française furent retrouvées pour, Ponchon, que vous les retrouvassiez sous une tout autre forme non moins puissante. Sa comédie : Vers les Saules :
Je jette à qui le veut mon cœur : je n’en veux plus ! Son volume de dessous le manteau et de derrière les fagots : Joyeusetés galantes :
Le poète excellent dont nous t’offrons les carmes,
De son temps, bon lecteur, fut un des bons raillards
Que l’on vit…………… sous les armes !
D’ailleurs, acceptant avec orgueil la dureté de sa vie, ayant souffert tout au monde, même d’être arrêté par la « maréchaussée » de Corse comme étant l’assassin du président Poinsot, lui qui répondit au procureur impérial :
Or, moi je ne suis rien que le fils d’un gendarme.
ce qui était vrai, et qui, mis au violon, se dit :
— Jud, alors !
Ces notes sont trop anecdotiques pour que mon cœur et mon goût insistent trop sur ce cher disparu dont il sera question, tout à l’heure encore.
Quant à Catulle Mondes, ce fut, à mon égard, un magicien, à qui tout mon hommage est dû, en dépit de quelque dissidence que je ne défendrai pas à mon amitié si profonde de ne pas taire quand il faudra.
Mais, ça ne fait rien. Et los à ces deux associés de ma jeune misère… pour rire, en ces temps-là, — pas beaucoup plus riches que moi… quoi qu’il ait
Ah ! que Rothschild est pauvre ! Il n’a pas vu Lagny,
Sans bonheur et sans joie
Le riche est ce poète appelé Glatigny…
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et parce que le poète est toujours pauvre, quand même il s’appellerait Byron, Lamartine ou Tennyson.
Il est vrai qu’il y a Homère, Chatterton et, en attendant mieux, presque nous tous, les modernes, jeunes et vieux.
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