Chapitre 32 Le rêve de Mariette
Le lendemain, au point du jour, après avoir couché à Presle, petit village de cinq cents âmes situé sur la traverse, à trois lieues de Laon et à cinq lieues de Soissons, les deux jeunes gens s’étaient remis en route, toujours à travers plaines et bois, suivant ce que leur indiquaient les paysans allant d’un village à l’autre ou travaillant dans les champs.
L’aspect du ciel n’avait pas changé ; il faisait toujours un beau et vivifiant soleil, tempéré seulement par une douce brise matinale ; peut-être cette brise devait-elle être dévorée plus tard par la chaleur croissante du jour, comme ces belles et fraîches gouttes d’eau, diamants liquides et transparents qui tremblaient aux branches des arbres et aux tiges des blés. Le chant des oiseaux, silencieux la veille, s’était réveillé et semblait, comme une rosée d’harmonie, égrener dans l’air ses notes sonores. Les grillons chantaient, les papillons voletaient, les abeilles bourdonnaient ; chacun apportait son cri au concert universel que la terre, à son réveil, envoyait comme une hymne de reconnaissance à son Créateur.
Et Mariette, toute ranimée, toute consolée, toute humide et toute rafraîchie de sa toilette du matin, comme les plantes, les arbres et les fleurs de leur rosée, Mariette semblait avoir des ailes comme les papillons, avoir un chant comme les oiseaux, et semait ce chant sur le chemin du pauvre aveugle, pour le lui rendre plus facile et plus court.
Conscience souriait : ce doux chant, cette joie continue de Mariette lui desserraient le cœur. Il marcha longtemps en silence ; puis, enfin, s’arrêtant :
— Mariette, lui dit-il, comme tu es gaie ce matin !
— C’est que ce matin je suis heureuse, dit Mariette.
— Heureuse de voir ce beau soleil, n’est-ce pas ? d’entendre ces gentils oiseaux qui chantent sa bienvenue, ces laborieuses abeilles qui bourdonnent en travaillant ? Voilà ce qui te rend heureuse !
— Oui, Conscience, cela, et autre chose encore.
— Bonne et chère Mariette, tu ne te repens donc pas de ta promesse d’hier ?
— Non, car Dieu m’en a déjà envoyé la récompense.
— La récompense ?
— Oui… Moi aussi, j’ai fait un rêve, non pas triste et maussade comme le tien, mais joyeux et étincelant. Oh ! Conscience, le beau rêve !
— Dis-moi cela.
— Prends mon bras, marchons doucement, et je te le dirai.
— Ah ! oui, marchons doucement ; nous avons bien le temps d’arriver, n’est-ce pas ? La route est si douce avec toi, Mariette. Voyons ton rêve.
— Écoute. Hier au soir, après que je t’eus lavé les yeux avec cette bonne eau fraîche que j’ai été puiser moi-même à la source, et qui t’a fait tant de bien, je t’ai laissé dans ta chambre et j’ai prié notre hôtesse de me conduire dans la mienne. Il y a, en vérité, une bénédiction du bon Dieu sur toi, Conscience ; tous les gens qui te voient semblent, à l’instant même, te plaindre et m’aimer. Tout en te plaignant, tout en me caressant, tout en me demandant si je n’avais besoin de rien, notre hôtesse me conduisit à une petite chambre bien blanche, bien propre, telle qu’il nous en faudrait une pour nous deux, Conscience… Dans cette chambre, il y avait un petit lit blanc comme un lit de jeune communiante ; seulement, la bonne femme s’excusa de ce qu’il n’y avait pas de rideaux à la fenêtre. « Mais bah ! dit-elle, c’est tout profit ; cette nuit, la lune vous éclairera comme une lampe, et, demain matin, puisque vous voulez partir au point du jour, son premier rayon vous réveillera. » Je remerciai la bonne femme ; elle m’embrassa encore, me dit qu’elle avait une fille de mon âge en service à Fismes, et qu’elle allait, en se couchant, prier pour sa fille et pour moi. Sur quoi, elle me laissa seule. Une demi-heure après, j’étais couchée, ma chandelle était éteinte, j’avais fait ma prière devant mon beau bouquet de Notre-Dame de Liesse suspendu au chevet de mon lit. Mais j’avais beau être couchée, ma chandelle avait beau être éteinte, je ne sais pourquoi, je n’avais pas envie de dormir ; c’était le bonheur, sans doute, qui me tenait éveillée ; car je suis si heureuse, Conscience, depuis que nous nous sommes expliqués, si tu savais !
Et elle embrassa fraternellement le jeune homme au front.
— Chère Mariette ! murmura Conscience.
— Mais ce qui m’empêchait surtout de dormir, continua la jeune fille, c’était cette belle lune toute brillante qui semblait me regarder doucement à travers les carreaux de ma fenêtre, si bien que, moi et mon lit, nous étions tout entiers illuminés de ses rayons.
— Oh ! Mariette, Mariette, comme tu dis bien, s’écria Conscience, et comme je vois ce que tu dis ! Tu avais raison, Mariette, avec toi, je pourrai me passer de mes yeux.
— Je ne sais quand je m’endormis, continua Mariette, tant fut doux pour moi le passage de la veille au sommeil. En tout cas, il me sembla qu’ouverts ou fermés, mes yeux ne cessaient pas de voir cette belle lune qui, de son côté, toute lumineuse, me regardait. Peu à peu, ces taches qui lui composaient une espèce de visage avec lequel elle me souriait se régularisèrent, et elle continua de me sourire, tandis que, non seulement elle semblait prendre une tête, mais même un corps. Bientôt cette tête et ce corps me rappelèrent des traits et une forme bien connus. C’était Notre-Dame de Liesse avec son petit Jésus entre ses bras ; elle avait sa belle couronne de diamants ; sa belle robe d’or toute parsemée de fleurs naturelles et de lis d’argent ; seulement, outre sa couronne de diamants, elle avait autour du front ce doux rayonnement de lumière céleste qui éclairait la lune. À cette vue, et comprenant que celle-là, c’était la vraie madone, puisqu’elle m’apparaissait au ciel, je me laissai couler de mon lit et je tombai sur les genoux en murmurant : « Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. » Alors je vis un rayon d’or s’étendre de ses pieds jusqu’à la fenêtre de ma chambre ; elle glissa légèrement sur une pente inclinée, venant à moi sans secousse, et, tout à coup, elle se trouva remplir le cadre de la croisée comme, dans l’église, elle remplissait sa niche au-dessus de l’autel. Je me retournai te cherchant, car je me sentais si heureuse de la divine apparition, que je voulais que tu fusses de moitié dans mon bonheur ; et, en effet, je vis avec joie que tu étais là près de moi à genoux. Comment et quand étais-tu entré ? je n’en sais rien ; mais tu étais là, et de tes yeux aveugles tu regardais comme moi la Vierge mystérieuse, vers laquelle nous tendions nos mains, soulevées par une seule et unique prière. Alors elle descendit de cette espèce de châsse dans la chambre, tenant toujours son petit Jésus entre ses bras ; elle s’approcha de mon chevet, y prit le bouquet de fleurs bénites, le mit à la main du petit Jésus, et, lui ayant dit quelques mots tout bas, elle passa devant moi en répondant à mon signe de croix par un sourire, et se dirigea vers toi… Le petit Jésus souriait aussi comme elle, et, souriant, il étendit le bras, te toucha les yeux avec la fleur d’or du bouquet bénit, et toi, aussitôt, tu t’écrias avec un accent de joie si profond, qu’il semblait être un accent de douleur : « Oh ! je vois ! je vois ! merci, bonne Vierge, je vois. » Pour moi, à ce cri, je fus tellement saisie, que je rouvris les yeux toute palpitante… Hélas ! c’était un rêve : tout avait disparu ; seule, la lune brillait toujours au ciel et, légèrement pâlissante, commençait à descendre à l’horizon. Mais ce qui restait de tout cela en réalité, vois-tu, Conscience, c’était la foi, la sérénité, le bonheur presque, et voilà pourquoi je suis si joyeuse ce matin ; car, avoue-le, n’est-ce pas, ce rêve est un rêve heureux ?… Eh bien, eh bien ! demanda Mariette après avoir attendu un instant, tu ne me réponds pas, Conscience ?
— Non, je ne te réponds pas, chère bien-aimée, car j’écoute encore. Oh ! pendant que tu parlais, Mariette, mon cœur débordait de joie, car, je te le répète, je voyais tout : cette belle lune resplendissante et tranquille devenant peu à peu la Vierge sainte avec sa couronne de diamants, son auréole de flammes, sa robe d’or aux roses de pourpre et aux lis d’argent, et tout cela était si vivant, si réel, que, lorsque tu m’as dit que le petit Jésus me touchait les yeux avec le bouquet bénit, j’ai senti le frôlement des fleurs, et il m’a semblé voir des milliers d’étincelles.
— Oh ! tu as vu, oh ! tu as senti cela, s’écria Mariette. Bonheur ! bonheur ! bonheur !
— Chère Mariette, dit Conscience avec mélancolie, il ne faut pas te bercer d’un fol espoir : ce que j’ai vu, ce que j’ai senti, c’est l’effet de mon imagination excitée par ta parole. Remercions Dieu de cette consolation qu’il nous envoie pendant notre voyage, mais ne lui demandons pas plus, je ne dirai pas qu’il ne veut, mais qu’il ne peut accorder.
— Oh ! n’importe ! s’écria Mariette, il y a quelque bon présage là-dessous, crois-moi, Conscience ; et j’aime et je vénère la mère de Dieu, depuis notre pèlerinage à sa chapelle, encore plus que par le passé. Maintenant, remettons-nous en route et marchons un peu vite avant que le soleil monte au haut du ciel. À midi, nous nous assoirons à l’ombre de quelque bouquet d’arbres et nous nous reposerons ; ou bien, si nous trouvons quelque village, nous ferons une halte pour laisser passer la chaleur.
Et tous deux continuèrent leur route silencieusement, car chacun, de son côté, pensait : Mariette, au beau rêve qu’elle avait fait, et Conscience au beau rêve qu’elle lui avait raconté.
Il résulta de cette préoccupation que Mariette, qui servait de guide, cessa de donner au chemin toute l’attention nécessaire dans un pays inconnu et sur une route de traverse.
Le sentier que suivaient les deux jeunes gens devint de plus en plus étroit, de moins en moins tracé, et finit par se perdre dans une prairie parsemée de petits bois d’aulnes.
Mariette regarda devant elle, autour d’elle et à ses pieds ; mais, ne voyant plus aucune trace de chemin, elle s’arrêta tout à coup.
— Eh bien ! Mariette, demanda Conscience, sentant qu’elle s’arrêtait, qu’as-tu donc ?
— Oh ! mon pauvre Conscience, dit la jeune fille, voilà que j’ai fait un beau coup, moi !
— Qu’as-tu fait ?
— J’ai marché, marché, marché en pensant à autre chose, et je me suis écartée du droit chemin, au point que nous voici arrivés sur le bord d’une petite rivière qui coupe la prairie dans toute sa longueur sans que je voie ni pont ni pierre pour la traverser…
— C’est fâcheux, répondit Conscience ; tu n’as pas idée, Mariette, combien il est fatigant de marcher sans voir clair et de se heurter à chaque caillou du chemin, si bien que l’on soit conduit par un excellent guide comme toi. L’eau de cette rivière est-elle bien profonde ?
— Oh ! non, le ruisseau est large, mais on en voit le fond ; et tiens, voici Bernard qui vient de le traverser et qui nous attend déjà sur l’autre bord sans avoir eu besoin de se mettre à la nage.
— Alors, demanda Conscience, qui empêche que nous le traversions nous-mêmes ?
— Rien. Seulement, nous nous mouillerons, selon toute probabilité, jusqu’aux genoux.
— Eh bien ! risquons cela, Mariette, ce n’est pas un grand malheur par la chaleur qu’il fait.
— D’autant plus, répondit Mariette, que, de cette manière, nous éviterons un grand détour qui nous éloignerait peut-être encore davantage de notre chemin.
— Allons, dit Conscience.
— Allons, dit Mariette, et tiens-toi bien à mon cou.
— Pourquoi cela ?
— Parce que le talus est rapide pour descendre et rapide pour remonter. Heureusement, de l’autre côté, il y a des branches de saule qui pendent presque dans l’eau ; tu t’accrocheras à ces branches, et tu t’en aideras ; viens !
Conscience se laissa glisser du talus jusque dans la petite rivière, la traversa à gué, soutenu par Mariette, gagna l’autre bord, et comme l’avait dit la jeune fille, en se faisant un appui des branches pendantes, il gravit le second talus avec facilité.
Arrivé là, il s’assit.
— Ah ! que tu as bien fait de te tromper de chemin, dit-il ; comme cette eau est douce, et comme elle rafraîchit !… Sommes-nous bien ici pour faire une petite halte, Mariette ?
— Parfaitement, mon ami, et si tu veux même, nous déjeunerons.
— Volontiers, dit Conscience, j’ai faim. Il y a longtemps que cela ne m’est arrivé, Mariette, d’avoir faim. C’est ce bon air qui me donne de l’appétit.
Mariette tira un pain et un morceau de veau froid du double panier où ils étaient enveloppés, coupa le pain en deux, et la viande en une foule de petits morceaux, fit à Conscience sa part, comme elle l’eût faite à un enfant, et le repas commença.
— Mariette, murmura Conscience, tu es le dévouement et la bonté en personne, et je ne sais comment il me sera possible de te récompenser jamais de tant d’amour et de tant de pitié.
— Bon ! dit gaiement Mariette, parlons-en ! avec cela que ça en vaut la peine. Parce que je t’ai aidé à traverser un ruisseau ; parce que je me suis mouillé les jambes jusqu’aux genoux, et parce que je te coupe ton pain, tu ne sais comment me récompenser jamais de tant d’amour et de pitié !… En vérité, Conscience, tu mets un trop haut prix à tous ces petits services dont je compte bien faire le bonheur de ma vie.
— Bonne et chère Mariette ! dit Conscience.
Puis, après un instant :
— L’eau du petit ruisseau que nous venons de traverser est-elle pure ? demanda-t-il.
— Comme un cristal, mon ami.
— Donne-moi à boire, alors.
Mariette avait acheté une gamelle de bois qui servait à boire d’abord, et ensuite à transporter de l’eau pour mouiller de temps en temps les yeux du pauvre aveugle. Mariette descendit vivement avec sa gamelle vide jusqu’à la rivière, et remonta lentement avec la gamelle pleine.
Conscience prit la gamelle à deux mains, et, après l’avoir vidée :
— Oh ! la bonne eau, Mariette !
— Mais, dit celle-ci avec cette gaieté qui ne la quittait plus depuis l’explication de la veille, et surtout le songe de la nuit, mais c’est de l’eau comme une autre, cependant.
— En effet, et peut-être est-ce seulement parce que c’est toi qui me la donnes…
— Ah ! voilà qui est gentil ! dit Mariette en faisant une révérence que le pauvre aveugle ne put voir, merci, Conscience…
— Mais mange donc, bois donc à ton tour, Mariette.
— Dame ! j’aurais bien bu, mais tu n’as rien laissé dans la gamelle.
— C’est vrai, l’eau était si bonne… Écoute, lorsque nous allons avoir fini, tu me laveras les yeux avec cette eau, et il me semble qu’elle me fera aux yeux un plus grand bien qu’aucune autre ne m’a encore fait.
— Alors pourquoi attendre ? dit Mariette. Si tu dois être soulagé, mon bien-aimé Conscience, autant que tu le sois tout de suite que plus tard.
— En effet, Mariette, les yeux me pleurent ; cela provient sans doute de l’ardeur du soleil.
Mais Mariette était déjà à la rivière ; elle remonta vers Conscience avec la sébile pleine d’eau fraîche et pure, et, trempant son mouchoir dans cette eau, elle commença de laver les yeux du jeune homme.
— Ah ! fit celui-ci en respirant, quelle douce et bonne sensation !… On dirait un second baptême… cette eau me fait revivre… C’est qu’aussi ta main est si légère, Mariette !
— Mon Dieu ! quelle bonne récompense tu me donnes pour tout ce que je fais en me remerciant ainsi, Conscience ! Mais en voilà assez, je me souviens de l’ordonnance du chirurgien-major.
— Où vas-tu donc, Mariette ?
— Où je vais ?
— Oui… Tu t’éloignes de moi, il me semble.
— Je vais étendre au soleil mon mouchoir qui est mouillé et qui doit être sec pour rentrer dans ma poche, entendez-vous, monsieur le curieux ?
— Va ! Mariette, va !
Et, guidé par le bruit des pas de la jeune fille et par le chant dont elle accompagnait sa course, l’aveugle fixa ses yeux sans regards du côté où, sur une belle pelouse verte parsemée de marguerites et de violettes, elle étendait son mouchoir humide.
Tout à coup Conscience jeta un cri.
Mariette se retourna, et, le voyant le regard fixe, la bouche entrouverte, les mains étendues :
— Mon Dieu ! dit-elle en courant à lui ; que t’est-il donc arrivé, mon cher Conscience ?
— Mariette ! Mariette !… dit celui-ci tout frissonnant et en la repoussant avec douceur.
— Eh bien ? eh bien !… demanda la jeune fille.
— Mariette, recule un peu, je t’en supplie… retourne où tu étais.
— Pourquoi cela ?
— Par grâce… par grâce, Mariette !
Et, tout en disant ces mots, Conscience, par un effort de ses muscles, se soulevait et, sans l’aide de ses mains, toujours étendues vers Mariette, se retrouvait debout, suppliant toujours de la voix et nous dirons presque du regard.
Et la jeune fille obéissait sans lui demander d’autre explication, et se replaçait sous ce rayon de soleil qui semblait ruisseler autour d’elle comme un manteau de flammes.
— Oh ! Mariette ! Mariette ! s’écria Conscience, je te vois… je te vois !… Mes yeux ne sont pas tout à fait morts !…
La jeune fille chancela, comme si elle eût été frappée de vertige ; puis, tremblant de tout son corps :
— Conscience ! dit-elle, mon bon… mon cher Conscience !… Oh ! ne me fais pas mourir de joie…
— Je te dis que je te vois, continua le jeune homme, comme une ombre vêtue de noir, c’est vrai… mais enfin, je te vois… Oh ! je te le répète, Mariette ; mes pauvres yeux ne sont pas tout à fait morts, et c’est ton rêve qui s’accomplit…
Mariette tomba à genoux, remerciant la Vierge sainte par une fervente prière.
Conscience avait vu ce mouvement comme à travers un épais brouillard.
— Je vois, dit-il, et la preuve, c’est que tu es à genoux maintenant… Tu vois bien que je vois, Mariette… tu vois bien que je vois !
— Sainte Mère de Dieu ! s’écria la jeune fille, c’est toi qui as opéré ce miracle ! Sainte Mère de Dieu, nous ne l’oublierons jamais, et nous te jurons qu’avant notre mort nous ferons un nouveau pèlerinage à ta chapelle bénie, non plus pour t’invoquer, mais pour te remercier, cette fois.
Et, après cette invocation, faisant un grand effort comme pour arracher ses genoux de la terre, elle s’élança dans les bras du jeune homme en s’écriant :
— Ah ! Conscience ! est-ce bien vrai que tu m’as vue ?…
— Je t’ai vue… répondit le jeune homme.
— Ah ! murmurèrent ensemble les deux enfants aux bras l’un de l’autre et les yeux levés vers le ciel : gloire à Dieu ! qui a laissé tomber jusqu’à nous son céleste regard !…
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