10.3
Enfin le jour tant désiré arriva.
Sans dire adieu à personne, il quitta le pays, emportant sur son dos sa bûche d’or dissimulée par de vieux habits attachés avec des cordes.
En voyant passer par les chemins ce failli gars, pâle, maigre, chétif, sous un aspect misérable, l’on ne pouvait se douter qu’il était porteur d’une fortune considérable.
Il voyageait ainsi, de village en village, économisant le plus qu’il pouvait afin de ne pas subir de retard, et, pour cela, vivant en Bretagne de pommes et de châtaignes tombées des arbres ; plus loin de raisins dérobés aux vignes, ou de mûres sauvages. Il acceptait aussi, avec empressement, l’hospitalité que les paysans lui offraient par compassion et pitié pour sa mauvaise mine.
Un soir, après une longue route, il vit les toits de la grande ville se dessiner devant lui ; mais exténué de fatigue, il chercha un gîte dans les faubourgs.
Le lendemain matin, il brisa sa bûche d’or en morceaux et s’en alla les vendre chez les orfèvres. Des sommes énormes lui furent versées. Il dépouilla dans l’échoppe d’un marchand, ses vêtements de charbonnier et revêtit des habits de bourgeois qui, avec son teint hâve, lui donnèrent l’air d’un monsieur.
Il s’en alla loger dans un hôtel et goûta bientôt à tous les plaisirs qu’offre Paris.
Doué d’une intelligence peu commune, d’une physionomie douce et agréable, et ayant avec cela de l’or à pleines mains, il se façonna promptement aux belles manières.
Un cortège d’amis lui fraya son entrée dans le monde. Les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes devant lui, et le marquis de Comper – tel était le nom qu’il avait pris, – ne tarda pas à devenir un chevalier accompli, adulé, choyé, envié !
Tous ces succès, qu’il accueillit d’abord avec enthousiasme, le fatiguèrent de bonne heure, il était breton, et le souvenir de son pays le suivait partout.
Au milieu des fêtes les plus brillantes, François, le charbonnier, songeait aux grandes futaies de la forêt de Trécelien et aux champs de blé noir parfumés. Souvent il se disait : « Je pourrais là-bas, tout aussi bien qu’ici, m’amuser et recevoir mes amis.