‹ Contes de l'Ille-et-VilaineChapitre 48 sur 92 · 20.5

20.5

En arrivant à leur demeure, le père et la mère Guenoche rencontrèrent un étranger assis sur la margelle du puits, qui leur demanda s’ils n’avaient pas trouvé, la veille, une valise qu’il avait perdue.

« Non, ma foi », s’empressa de répondre Boniface. Sa femme qui n’était pas à sa hauteur, lui dit :

« Mais, notre homme, j’ons cependant trouvé queuque chose hier. »

Boniface lui imposa silence et pria l’inconnu de ne pas faire attention aux paroles d’une malheureuse privée de sa raison.

L’étranger n’insista pas davantage et s’en alla.

Il n’y avait pas une heure qu’il était parti, qu’une bande de voleurs vint frapper à la porte des époux Guenoche.

Boniface, qui les avait aperçus, déterra bien vite son trésor, le chargea sur son dos, et se sauva le plus promptement qu’il put, par une porte de derrière donnant sur la campagne.

Sa femme, se croyant obligée de l’imiter, voulut, elle aussi, emporter quelque chose, et ne trouvant à sa portée qu’un sac de pommes de terre s’en empara et suivit son mari.

Lorsqu’ils eurent marché quelques instants, ils comprirent que, chargés comme des baudets, ils ne pourraient aller loin sans être rattrapés ; aussi résolurent-ils de monter dans un arbre pour éviter les voleurs et regarder de quel côté ceux-ci se dirigeraient.

Il y avait justement près d’eux un gros châtaignier, dont les branches n’étaient pas trop élevées, et dans lequel ils grimpèrent en s’entraidant.

À peine étaient-ils blottis au milieu du feuillage, que les voleurs arrivèrent acharnés à leur poursuite, et vinrent justement sous l’arbre dans lequel ils étaient montés, parce que de cet endroit on dominait toute la campagne environnante.

Ne comprenant rien à la disparition subite des époux Guenoche les bandits se doutèrent d’un piège et résolurent d’attendre, sous cet arbre même, le retour des fugitifs, qui d’après eux devaient être cachés dans le voisinage.

Qu’on juge de l’effroi de Boniface et de sa moitié, en les voyant s’installer à leur aise sous le châtaignier, allumer du feu, attirer leurs provisions et s’apprêter à faire bombance.

Jeanne l’Hébétée ployait sous son fardeau et sentait les pommes de terre lui briser les épaules et le dos.

Tout à coup, à un mouvement qu’elle fit, le sac, qui était mal attaché, se délia et les tubercules tombèrent comme des bombes sur la tête des voleurs qui, surpris et effrayés, se sauvèrent à toutes jambes.

L’innocente, ravie d’avoir si bien réussi à renvoyer ses ennemis, descendit du châtaignier, et se mit à rire aux larmes en les voyant fuir dans toutes les directions.

Les bandits s’arrêtèrent cependant et eurent honte de leur frayeur. Le moins poltron les rallia et ils revinrent sur leurs pas.

La pauvre hébétée était toujours là qui se tordait à force de rire. Lorsqu’elle les vit, il était trop tard pour se sauver. Les brigands l’entourèrent, s’emparèrent d’elle, l’attachèrent solidement au pied de l’arbre et menacèrent de la tuer si elle ne leur disait immédiatement où s’était caché Boniface.