‹ Contes de l'Ille-et-VilaineChapitre 49 sur 92 · 20.6

20.6

Jeanne aurait bien voulu ne pas trahir son mari mais comment faire ? sa vie en dépendait.

Elle eut cependant le courage de ne pas prononcer un mot pouvant le compromettre ; seulement elle le chercha des yeux dans le feuillage pour le consulter sur ce qu’elle devait faire, et cette manœuvre seule suffit aux voleurs pour le découvrir. Ils l’aperçurent avec sa sacoche, collé comme un écureuil contre une branche autour de laquelle il tournait comme un pivert, afin de se dérober à leurs regards.

L’un des brigands arma son fusil et menaça de le descendre s’il ne venait aussitôt déposer à leurs pieds le trésor qu’il avait sur les épaules.

Toute fuite était impossible, toute résistance absurde ; aussi Boniface laissa choir en gémissant, sa regrettée valise et descendit au milieu de la bande qui, pour le récompenser, l’attacha au même arbre que sa femme et les laissa là tous les deux, dos à dos, en emportant leur fortune.

Les malheureux eussent sans doute passé la nuit dans cette position gênante, si l’étranger qu’ils avaient rencontré le matin, n’était venu briser leurs liens et dire à Boniface :

« Tu vois, bonhomme, que l’argent volé ne profite jamais. »

Puis il ajouta : « Les brigands eux-mêmes qui viennent de s’en aller avec mon argent n’iront pas loin sans être arrêtés, car j’ai prévenu la maréchaussée qui les attend près d’ici. »

— Qui donc êtes-vous ? » demandèrent-ils.

— Je suis un saint du Paradis, répondit l’inconnu, envoyé par Dieu tout exprès pour voir jusqu’où pouvait aller ton penchant pour le vol. Maintenant que je suis fixé sur ton compte, je te préviens que si tu ne cesses la vie de rapine que tu mènes depuis trop longtemps déjà, tu recevras bientôt le châtiment de tes crimes. »

Après avoir prononcé ces paroles, le saint cessa d’être visible pour les époux Guenoche qui s’en retournèrent chez eux en méditant sur ce qu’ils venaient de voir et d’entendre.

À partir de ce jour, Boniface changea d’existence ; il devint aussi laborieux qu’il avait été fainéant, et voulut, sur le produit de son travail, rendre à tous ses voisins la valeur du dommage qu’il leur avait causé.

Il mourut en saint homme, bénissant Dieu de l’avoir converti.

(Conté par le père Marnel,

facteur à Bain, âgé de 69 ans).

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