‹ Contes du pays d'ArmorChapitre 14 sur 41 · III

III

Trois semaines plus tard arriva la vraie fête des jardiniers. Cette fois encore, ce fut Péronic qui régala, et d'une manière encore plus magnifique que la première.--Il y eut des joutes sur l'eau, un splendide festin et un feu d'artifice. On joua encore à différents jeux, et, comme on regrettait les quilles et la boule d'argent...

«J'en ai de bien plus belles», dit Péronic, et il alla chercher ses quilles d'or.

Elles parurent si merveilleuses, que le bruit en vint encore jusqu'à la princesse. Elle envoya de nouveau sa demoiselle d'honneur les demander et, quand elle les vit, elle en fut dans une telle admiration, qu'elle ne voulait plus les rendre.

«Combien voulez-vous me vendre vos quilles et votre boule d'or? alla demander la demoiselle à Péronic.

--Pour qui?

--Que vous importe?

--Cela m'importe beaucoup. Est-ce pour vous?

--Non.

--Est-ce pour votre maîtresse?

--Oui!

--Eh bien! cette fois encore, je ne les donnerai ni pour or ni pour argent.

--Pour quoi donc alors?

--Pour un baiser que je déposerai sur la main de la princesse.

--Insolent! osez-vous bien parler ainsi? Jamais ma maîtresse ne consentira à une telle condition, vous pouvez en être sûr.

--Peut-être! demandez-lui toujours.»

La demoiselle revint au château royal, l'air assez déconfit.

«Qu'y a-t-il? dit la princesse.

--Madame, les exigences de ce garçon n'ont plus de bornes; il veut encore être admis en votre présence et baiser votre main.

--Il est vraiment bien hardi, et je ne sais trop si je dois l'encourager... Mais, après tout... les seigneurs de la cour du roi mon père me baisent la main, pourquoi celui-là n'en ferait-il pas autant? Il n'est pas laid, ni mal élevé,--j'ai pu le voir l'autre jour. D'ailleurs, je veux avoir sa boule d'or, ajouta-t-elle, en faisant sauter dans sa main le globe doré, qui étincelait de mille feux.--Va le chercher...

--Oh! madame! madame!» murmura la pauvre suivante consternée.

Péronic s'était préparé pour cette royale entrevue; il avait mis ses plus beaux habits, que rehaussaient encore sa taille élégante et sa démarche gracieuse.

Il fit trois profonds saluts à la princesse, qui se tenait debout près d'une fenêtre, jouant toujours avec la boule d'or.

«Vous avez dit à ma suivante que vous vouliez bien me vendre vos quilles et votre boule d'or? dit-elle.

--Oui, princesse.

--Mais, à quel prix vous les mettez!--Vous n'y pensez pas, jeune homme!

--Oh! si, madame! dit Péronic avec une telle ardeur, que la princesse rougit jusqu'aux yeux.

--Vous me demandez là une faveur que je n'accorde qu'aux ducs et aux comtes de la cour du roi mon père.

--Madame, vous êtes libre de me la refuser, mais daignez me rendre mes quilles et ma boule d'or, alors.

--Oh! pour cela non! dit la princesse. Allons, venez, puisque vous êtes si intraitable.» Et elle lui tendit la main.

Péronic la prit délicatement et la porta à ses lèvres.

«Vous l'avez gardée un peu trop longtemps, dit la princesse, mais comme c'est la première fois, et la dernière aussi, que vous la baisez, je vous pardonne.» Et elle lui fit un sourire gracieux et le congédia.