‹ Contes du Pays GalloChapitre 19 sur 78 · 3.3

3.3

Une année s’écoula sans qu’aucun incident sérieux ne vint altérer la bonne harmonie qui existait entre la marraine et le filleul.

La dame du château aux quatre piliers d’or annonça, un jour, qu’elle allait partir en voyage. Elle remit à Jean sept autres clefs qui ouvraient les écuries. « Tu pourras, lui dit-elle, monter tous les chevaux qui se trouvent dans six de ces écuries. Quant à la septième, s’ouvrant avec la plus petite clef, et qui renferme la jument dont je me sers, je te défends d’y entrer. Si, cette fois, tu me désobéis, je ne te pardonnerai pas, et te punirai sévèrement. »

Jean promit de se conformer aux recommandations de sa marraine.

Lorsque celle-ci fût partie, il choisit, chaque matin, pour aller se promener, l’une des bêtes qui lui plaisait le mieux.

Malgré sa joie, souvent il se disait : « Qu’elle doit être superbe la jument de ma marraine, et que j’aimerais à la voir. Non, non, n’y pensons pas. » Et cependant il y songeait sans cesse.

Après avoir longtemps résisté, la curiosité devint une obsession plus forte que sa volonté, et il pénétra dans la septième écurie.

Une jument noire, sans pareille, s’y trouvait. Elle fit au jeune garçon toutes sortes de caresses et sembla l’inviter à la monter.

Comme elle était sellée et bridée, il sauta dessus et partit, au galop, faire un tour dans le parc du château.

Soudain, la bête s’arrêta et lui dit : « Malheureux garçon si j’exécutais les ordres de la fée ta marraine – car elle est fée, tu l’ignorais sans doute – je te briserais la tête en te lançant contre un tronc d’arbre. Je ne le fais pas parce que j’ai pitié de ton jeune âge. La colère de la fée sera terrible, si elle nous retrouve ici. Crois-moi, fuyons au plus vite, car elle sait déjà, à l’heure qu’il est, que nous avons enfreint ses ordres. »

— Partons, répondit Jean.

— Retournons d’abord à l’écurie, pour que tu prennes mon étrille et ma brosse, dont nous aurons peut-être malheureusement besoin.

Jean s’empressa de faire ce que lui recommandait la jument, et après cela, celle-ci partit au galop, dévorant l’espace, comme si elle était poursuivie par un loup.

Bientôt, en effet, elle se mit à trembler et dit à son cavalier :

— Regarde derrière toi, si tu n’aperçois rien.

Jean détourna la tête et poussa un cri d’effroi.

— Ma marraine nous poursuit, et gagne de vitesse sur nous, que faire ? que faire ?

— Jette l’étrille dans sa direction.

Immédiatement des arbres sortirent de terre, formant une forêt remplie de ronces et de lianes infranchissables, qui obligèrent la fée à en faire le tour.

Pendant ce temps-là, la jument continua sa course échevelée sans se reposer un seul instant.

Tout à coup, elle se mit encore à frémir de tous ses membres, et reprit :

— Regarde derrière toi, si tu n’aperçois rien ?

— La voici, la voici, s’écria Jean.

— Jette la brosse bien vite.

Aussitôt un bruit effroyable se fit entendre, et une montagne, s’élevant à une hauteur prodigieuse, sépara la fée des voyageurs.

Ceux-ci ne tardèrent pas à faire leur entrée dans la capitale d’un royaume, où ils n’avaient plus à craindre leur ennemie.

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