‹ Contes du Pays GalloChapitre 20 sur 78 · 3.4

3.4

— Comment allons-nous vivre ? demanda Jean à la jument noire. Nous sommes partis si précipitamment que j’ai oublié ma bourse.

— Enlève les fers qui sont sous mes pieds et qui sont en or. Tu iras les vendre, et le prix que tu en obtiendras suffira à nos besoins pendant longtemps.

Jean trouva un orfèvre qui ne le vola pas trop, et ils purent ainsi, lui et sa bête, vivre tranquillement sans se préoccuper de l’avenir.

Dans une de leurs promenades, la jument fit remarquer à son cavalier qu’il ne pouvait rester à rien faire, que l’ennui s’emparerait de lui. « Tu as reçu de l’instruction, ajouta-t-elle, tu es bien de ta personne, il faut aller offrir tes services au roi. »

Jean sollicita une audience du souverain qu’il eut le bonheur de charmer par son savoir et sa bonne mine ; aussi fut-il admis, sur-le-champ, dans le personnel du palais.

Grande fut un jour sa surprise, en apercevant sa marraine en grande conversation avec le roi, et en apprenant qu’ils étaient fiancés et sur le point de se marier. Son effroi fut plus grand encore, lorsque son maître l’appela pour le présenter à sa future.

Celle-ci sembla ne pas le reconnaître, et répondit au roi qui insistait pour qu’elle fixât promptement la date de leur mariage :

— La noce aura lieu, lorsque votre serviteur, ici présent, aura fait venir mon château aux quatre piliers d’or, près de votre palais.

Le souverain, bien que surpris d’une pareille idée, ordonna néanmoins à Jean d’exécuter, sans retard, ce qu’il venait d’entendre.

Le pauvre garçon s’inclina, en pâlissant, et alla conter son embarras à sa fidèle jument, qui le consola, et lui dit :

— Rends-toi immédiatement au château. Dis aux quatre domestiques qui en ont la garde, et que tu connais, que ta maîtresse t’a pardonné, que tu reviens au milieu d’eux. Sous prétexte de fêter ton retour, emmène-les au cabaret, et tâche de les enivrer afin d’arriver à connaître comment on peut faire changer de place le château.

Jean exécuta, de point en point, les conseils de la jument, et après force rasades il apprit des domestiques, que chacun d’eux avait la garde d’un pilier d’or qui reposait sur une roue, et qu’il suffisait de les mettre en mouvement, tous les quatre en même temps, pour diriger le château où l’on voulait le conduire.

Jean manifesta, avec intention, des doutes sur la possibilité de déplacer un édifice aussi considérable. Les buveurs, entêtés comme des hommes pris de boisson, proposèrent de lui prouver qu’ils avaient raison.

Lorsque le filleul de la fée fut suffisamment renseigné, il ramena les gardiens au cabaret, leur offrit de nouveau à boire, et les mit hors d’état de s’opposer à son dessein.

Profitant donc de leur ivresse, il retourna au château, se fit aider par des valets subalternes auxquels il dit qu’il agissait d’après les ordres de sa marraine, et conduisit le château aux quatre piliers d’or, près du palais du souverain.