6.7
Le second fils du pêcheur, étant allé un matin près du bassin de la cour, remarqua que l’eau était trouble :
« Mon frère est mort ou en danger de mort, se dit-il. Il faut que j’aille sans retard le venger ou le secourir. »
Encouragé d’ailleurs par son père, il partit le jour même, guidé par son chien qui, malgré le temps écoulé, suivait encore la trace du précédent voyageur.
Il arriva promptement dans la ville habitée par la reine.
Qu’on juge de son étonnement lorsqu’il se vit entouré de tous les habitants qui crièrent : « Vive le roi ! Vive le roi ! » en le conduisant presque malgré lui au palais de son frère.
La reine, en entendant ce tapage, crut au retour de son époux et se précipita à sa rencontre.
Les deux frères se ressemblaient tellement, qu’elle se jeta dans les bras du jeune cavalier qui, ne comprenant rien à cette démonstration, ne lui rendit pas ses caresses.
Une explication s’ensuivit nécessairement, et ils apprirent ce qu’ils étaient l’un à l’autre.
La jeune reine lui raconta ensuite où était allé son mari et les craintes qu’elle éprouvait en ne le voyant pas revenir.
Afin de réparer ses forces, le voyageur accepta le dîner que lui offrit sa belle-sœur, et aussitôt après remonta à cheval pour aller à la recherche de son frère.
Le chagrin et les larmes de la reine lui donnèrent un triple courage. Il partit bien décidé à vaincre ou à mourir.
Son chien le conduisit de nouveau, tout droit, au pied de l’arbre où étaient enchaînés le malheureux roi et ses deux animaux. Trois cadavres gisaient à terre et servaient de pâture aux corbeaux.
Le pauvre enfant s’agenouilla près de son frère et versa d’abondantes larmes, en priant Dieu avec ferveur de lui donner la force de supporter une pareille épreuve.
Un rire diabolique vint le distraire de son chagrin. Il aperçut, derrière un buisson, la vieille fée, qui ne pouvait maîtriser la joie qu’elle éprouvait en présence de cette scène déchirante.
La douleur fit place à la rage, et, comme un furieux, il s’élança vers la mégère qui, n’ayant pas le temps de lui jeter sa poudre aux yeux, fut traversée d’un coup d’épée, écrasée par le cheval et mise en lambeaux par le chien.
Soudain la terre s’ouvrit pour engloutir les dépouilles de la fée, et un géant d’une taille effrayante sortit de ce trou béant armé d’un arbre qui lui servait de bâton.
Le malheureux chevalier, surpris et effrayé à la vue de ce nouvel ennemi, ne songea pas à se mettre en défense, et fut assommé, lui et ses bêtes, d’un seul coup de l’arbre que le géant brandissait entre ses mains.