‹ Contes du Pays GalloChapitre 32 sur 78 · 7.1

7.1

Un roi et une reine habitaient, jadis, un château dont on voit encore les traces au village du Gué, dans la commune de Plélan. Ils eurent une fille, un amour d’enfant, mais si chétive que les médecins jugèrent nécessaire de la confier à une nourrice des bords de la mer.

On fit choix d’une vigoureuse paysanne, du bourg de Saint-Briac, qui semblait offrir toutes les garanties désirables pour élever l’enfant d’aussi grands personnages.

Cette séparation causa aux parents un chagrin véritable ; ils l’acceptèrent cependant, en songeant que la vie de la petite Yvonne, dépendait de ce sacrifice.

Les années s’écoulaient et, chaque jour, le roi et la reine se félicitaient de leur résolution. L’enfant se fortifiait et devenait la plus charmante créature que l’on puisse imaginer.

La nourrice, Jeanne Hervochon, était femme d’un pêcheur, et avait maintes fois aidé son mari dans ses voyages aux Ebihens, à Césambre et même jusqu’aux îles Chausey. Elle était très adroite et dirigeait une nacelle aussi bien que le batelier le plus expérimenté.

Par une brûlante journée d’été, la nourrice eut l’idée, pour procurer à la petite princesse la douce fraîcheur de l’eau, d’aller faire une promenade en mer. Rien, dans la nature, ne pouvait faire craindre un orage, les poissons folâtraient près des rochers, et pas un nuage n’obscurcissait le ciel.

Jeanne prit l’enfant dans ses bras et s’élança gaiement dans une frêle embarcation.

Après avoir déposé Yvonne à ses pieds, elle s’empara résolument des rames et gagna le large.

Une heure ne s’était pas écoulée depuis le départ de la batelière qu’un petit point noir fit tache à l’horizon. Les vagues commencèrent à moutonner, les poissons cessèrent leurs ébats, et bientôt le vent sur la côte courba la tête des tamarins et fit frissonner les bruyères.

Il était déjà trop tard pour regagner le rivage, la barque se serait infailliblement brisée sur les récifs.

La malheureuse femme s’oubliant elle-même, pleurait toutes les larmes de son corps, et levait les bras vers le ciel en priant Dieu de sauver la princesse qui lui avait été confiée.

Yvonne ne se doutait pas du danger qui la menaçait. Ballotée par la mer, elle dormait profondément au fond du bateau.

La tempête, cependant, redoublait d’intensité, et la nourrice crut que la barque allait chavirer. Elle se baissa trop précipitamment pour ressaisir l’une des rames tombée dans l’eau et disparut dans l’abîme.

Yvonne dormait toujours.