‹ Contes du Pays GalloChapitre 34 sur 78 · 7.3

7.3

Pendant ce temps-là, le roi et la reine pleuraient la perte de leur enfant. Ils la faisaient rechercher inutilement dans toute la Bretagne, mais les années s’écoulaient sans qu’ils entendissent parler d’elle.

La reine n’ayant pas eu d’autre enfant, la couronne devait revenir à un neveu du souverain.

Souvent le roi disait à ce neveu qu’il affectionnait : « Que n’ai-je ma fille ? je vous unirais l’un à l’autre, et je serais le plus heureux des pères. »

Le jeune prince, un peu plus âgé qu’Yvonne, avait si souvent entendu parler de sa cousine, qu’il en était devenu amoureux sans la connaître.

Or, un jour, il dit au roi : « Sire, permettez-moi d’aller à la recherche de la princesse votre fille, j’ai le pressentiment que je la découvrirai. »

Bien que le roi et la reine doutassent beaucoup du résultat des recherches du jeune homme, bien qu’ils ressentissent une vive peine à se séparer de lui, ils ne purent que le remercier de sa détermination et l’encourager dans son noble dessein.

Le prince, ravi d’aller chercher la dame de ses rêves, partit immédiatement.

Le futur roi parcourut le pays dans tous les sens, sans oublier le plus petit recoin, et sans découvrir la moindre trace de sa cousine. Il ne lui restait plus à visiter qu’une île, à peu près déserte, dans laquelle il ne supposait guère la rencontrer. Il y arriva fatigué, ennuyé, triste, malheureux, en songeant qu’il allait rentrer seul au Gué de Plélan.

C’était précisément l’île qu’habitait Yvonne.

La princesse était à la porte de sa demeure, donnant sur la mer, occupée à regarder quelques barques de pêcheurs qui voguaient au loin, et le bateau qui venait d’amener le voyageur.

Celui-ci l’aperçut, sentit battre son cœur en présence de cette adorable jeune fille, la plus belle qu’il eût jamais vue.

Yvonne, de son côté, se sentait attirée vers l’étranger.

« C’est elle ! s’écria-t-il, voilà bien le portrait que je m’en étais fait. » Et il eut vite oublié ses fatigues et ses peines.

Le prince s’avança vers la belle enfant, la salua respectueusement, et lui fit connaître le but de son voyage.

Au récit de la disparition de la fillette et du chagrin du roi et de la reine, la princesse, très émue, versa d’abondantes larmes.

En terminant, le voyageur dit à Yvonne :

— Pourriez-vous, Mademoiselle, me donner quelques renseignements et m’aider dans mes recherches ?

— Si je ne craignais d’être trop présomptueuse, en supposant que je puisse être la fille d’un roi, je vous dirais :

« C’est moi ! L’histoire que vous venez de narrer est la mienne. »

Et elle raconta, à son tour, tout ce qui lui était arrivé. « Hélas ! ajouta-t-elle, j’ai perdu l’espoir de revoir ma famille, un pareil bonheur ne m’est pas réservé. »

— Dieu en a peut-être décidé autrement, répondit le jeune homme qui reprit : « Ma cousine avait au cou, lorsqu’elle fut mise en nourrice, un médaillon semblable à celui-ci, renfermant les portraits de ses parents. » Et il ouvrit un bijou qu’il présenta à la jeune fille.

En voyant cet objet, Yvonne manqua s’évanouir.

« Ciel ! que vois-je ? s’écria-t-elle, mon médaillon ! »

Et elle ôta de son cou un joyau semblable à celui qu’elle avait devant les yeux.

Il ne pouvait plus y avoir de doute, elle était bien la fille du roi.

Qu’on juge de la joie des deux enfants qui ne songèrent plus qu’au moyen de fuir ensemble.

Page 1