‹ Contes du Pays GalloChapitre 36 sur 78 · 7.5

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Le roi de Plélan aimait passionnément la chasse, et s’en allait souvent poursuivre les sangliers dans la forêt de Brocéliande.

Connaissant parfaitement le pays et les essences d’arbres qu’on y rencontre, il fut un jour bien surpris de trouver un oranger chargé de dix oranges.

Il en cueillit une, et son étonnement devint de la stupeur en voyant la branche saigner, à l’endroit où le fruit venait d’être détaché.

Le roi se souvint que l’enchanteur Merlin habitait la forêt, et il l’envoya quérir aussitôt, pour avoir l’explication de ce prodige si nouveau pour lui.

Lorsque Merlin arriva Sa Majesté lui dit :

— Toi qui sais tout, peux-tu éclaircir cet étrange phénomène ?

— Parfaitement, Sire. Cet oranger cache un être vivant, métamorphosé par une fée ou un magicien. Les neuf oranges, qui restent à cette arbre représentent les doigts de l’infortuné qui est devant vous et qui nous entend. Le dixième doigt était le fruit que vous avez cueilli, et c’est pour cela que le sang coule.

— Peux-tu rendre à ce malheureux sa forme première ?

— Oui, répondit le magicien, car ma baguette est plus puissante que celle de la fée qui a opéré ce changement.

L’enchanteur toucha l’oranger, le jeune prince apparut aux yeux de tous et alla se jeter dans les bras du roi.

Qu’on juge de la joie de ce dernier en embrassant son cher neveu, dont il n’avait plus entendu parler depuis son départ.

Lorsque leurs premiers transports furent un peu calmés, le roi fit au prince toutes sortes de questions pour connaître par quelle suite de circonstances, il le retrouvait sous l’écorce d’un oranger.

Le jeune homme lui répondit :

— Mon oncle, je vous ferai plus tard le récit détaillé de mon voyage ; mais, pour le moment, permettez que je m’occupe de ma cousine, que j’ai eu le bonheur de retrouver et qui, elle, se trouve changée en abeille. Tenez, la voyez-vous qui voltige autour de votre tête en nous écoutant ?

Le magicien rendit le même service à la jeune fille.

Son père, en la voyant si belle, si charmante, était fou de bonheur, et ne se lassait pas de la contempler.

Comme on le pense bien, la chasse en resta là. On retourna promptement au Gué de Plélan, où le mariage des deux jeunes gens ne tarda pas à être célébré.

Le roi céda sa couronne à son neveu qui, pendant de longues années, fit le bonheur de son peuple.

(Conté par Julien Niobé du

village du Canée, en Paimpont.)

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