‹ Contes du Pays GalloChapitre 37 sur 78 · 8.1

8.1

Après la mort de feu noble homme René Morel, sieur de la Silandais, sa veuve, Jeanne Françoise Chantai, abandonna son pied-à-terre de Bain, pour aller passer le temps de son deuil dans son manoir du Bois-Greffier, sis en la commune de Pléchâtel.

Elle était mère d’une jeune fille, âgée de douze ans qu’elle idolâtrait. Annette était, il est vrai, jolie à ravir, et aussi bonne que belle.

L’existence de la mère et de la fille, calme et paisible, se passait en douces causeries, en prières, en promenades dans les champs et les bois. Ces promenades avaient toujours un but charitable : visiter les chaumières malheureuses et secourir les infortunes.

Le manoir du Bois-Greffier, situé dans une vallée, est exposé aux fièvres intermittentes, si difficiles à guérir, et qui sont causées par les eaux stagnantes d’un étang et de nombreuses mares.

Chaque année, lorsque les chaleurs faisaient évaporer de ces marais fangeux des miasmes pestilentiels, les pauvres petits enfants des fermes avaient la fièvre, et tremblaient comme par les plus grands froids de l’hiver. C’était alors qu’il fallait voir la châtelaine et sa fille entrer dans chaque maison, s’informer de la santé de celui-ci, préparer la tisane de centaurée pour celle-là, les soigner tous et relever leur courage.

Bientôt on ne les vit plus et l’inquiétude se lut sur tous les visages. Qu’était-il survenu ? La bonne dame était-elle malade ? La chère demoiselle était-elle en danger de mort ? Les bruits les plus divers circulaient de bouche en bouche.

La vérité fut enfin connue ; on apprit qu’un soir, Annette était rentrée fatiguée et souffrante. La nuit avait été terrible, la fièvre s’était déclarée et, depuis ce moment, ses jours étaient en danger.

Tous les médecins des environs furent appelés, mais n’apportèrent aucun soulagement à la malade. Mme de la Silandais, désespérée, ne savait plus à quel saint se vouer, lorsqu’elle songea aux miracles qui ne cessaient de s’opérer à Sainte-Anne d’Auray. On était à l’automne, et elle fit vœu, si sa fille recouvrait la santé, de l’y conduire au printemps suivant.

Dès le jour même, les accès de fièvre furent moins violents, devinrent bientôt plus rares et enfin, peu à peu, cessèrent complètement. La santé, la fraîcheur et la gaieté revinrent promptement.

Pendant ce temps, la châtelaine n’oubliait point son vœu. Dès les premiers soleils d’avril on s’occupa, au manoir du Bois-Greffier, des préparatifs du voyage. C’était toute une affaire, car, bien que la distance ne fut pas considérable, il fallait s’absenter toute une semaine, et l’on ignorait si les auberges pourraient fournir les provisions indispensables. À chaque instant on découvrait de nouvelles choses, qui prenaient place dans le coffre de la voiture.

Les chemins de fer étaient alors inconnus. À peine existait-il quelques lignes de grandes routes reliant les centres importants ; mais du Bois-Greffier à Auray, il n’y avait que des chemins remplis d’eau avec des fondrières, qui ne permettaient de faire, chaque jour, que de très courtes étapes.

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