25.3
À quelque temps de là, la mère de l’enfant alla à confesse et le curé lui raconta son aventure.
De retour chez elle, la paysanne gronda son fils et voulut le corriger à coups de bâton ; mais lui, prenant son violon, fit sauter sa mère comme il avait fait sauter M. le curé.
Furieuse de voir que son enfant était sorcier, elle alla quérir les gendarmes pour l’en débarrasser. Lorsque ceux-ci arrivèrent, il réussit à les faire danser comme les autres. Ils voulurent lui prendre son violon sans pouvoir y parvenir.
— Marchez devant moi, dit-il aux gendarmes, je vous suivrai jusqu’à Rennes.
En effet, il les accompagna jusqu’à la porte de la prison où les habitants du quartier sortirent dans la rue pour voir ce garçon que les gendarmes conduisaient au cachot.
Le prisonnier accorda son instrument et mit tout le monde en danse. Malheureusement la plaisanterie dura trop longtemps, la foule se fâcha, se rua sur lui et finalement le poussa dans la prison.
Il ne tarda pas à être jugé, et fut condamné à être brûlé vif comme sorcier.
Amené sur la place des Lices, à Rennes, où le bûcher avait été dressé, on lui dit de formuler un dernier désir et qu’on lui accorderait tout ce qu’il demanderait.
— Qu’on me rende, pour un instant mon violon, répondit-il.
On alla le lui chercher, et, aussitôt qu’il l’eut entre les mains, il se mit à jouer, et tous les assistants, y compris le bourreau et ses aides, se mirent à danser.
Profitant du trouble et de l’hilarité générale, il se sauva sans qu’on pût l’arrêter, et jamais plus on ne le revit dans le pays.