‹ Contes du Pays GalloChapitre 70 sur 78 · 25.4

25.4

Une femme, qui courait le garou, s’en allait la nuit danser avec les sorciers. En partant elle chantait :

« En passant par-dessus has et buissons,

J’m’en vas rejoindre mes compagnons. »

Une nuit que son mari était éveillé, il l’aperçut qui prenait, dans une petite niche cachée dans le fond du lit, un pot renfermant une pommade avec laquelle elle se frotta le corps.

Aussitôt l’opération terminée, elle disparut comme par enchantement, sa voix seulement se fit entendre dans les airs :

« En passant par-dessus has et buissons,

J’ m’en vas rejoindre mes compagnons. »

Intrigué, il se leva et examina la pommade. Je ne veux pas aller rejoindre ma femme, pensa-t-il, mais je puis employer cette pommade à graisser ma charrette qui en a grand besoin.

Aussitôt que le véhicule fut graissé, il s’ébranla et bientôt franchit les baies et les buissons. Le paysan courut après, et arrivé dans un carrefour il vit une bande de sorciers, hommes et femmes, complètement nus, qui dansaient autour de sa charrette.

Le bonhomme, indigné d’un tel spectacle, rentra chez lui et se tint sur le seuil de sa porte pour voir revenir sa femme.

Il l’attendit longtemps. Soudain, il vit un chat, qu’il ne connaissait pas, et qui venait de son côté. Prenant un fouet, il le frappa de toutes ses forces, et l’atteignit au nez d’où le sang coula.

Malgré cela, le chat se glissa dans la maison et, lorsque le paysan se retourna, il vit sa femme qui remettait, dans le fond du lit, un pot renfermant une pommade qui sans doute, lui avait servi pour se métamorphoser en chat.

Son mari lui demanda d’où elle venait. Elle ne répondit pas ; mais il vit qu’elle avait une large éraflure sous le nez. Ce doit être mon coup de fouet, lui dit-il. Elle baissa la tête mais n’articula pas un mot.

À partir de ce jour, la malheureuse cessa d’aller, la nuit, courir le garou, ce qui prouve, une fois de plus, ajouta la bonne femme de Bruz qui nous racontait ce conte, qu’il suffit de faire couler le sang d’une personne pour la guérir de courir la nuit.

(Conté par Fine Daniel, fermière au Houx,

commune de Bruz)

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