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Chapitre 4

C’était par une soirée pluvieuse du mois de mai.
Grignon, Joseph Jean, et les deux fils de Michel à Pierre, lourdement chargés de provisions et de présents qu’ils avaient achetés à la ville, cheminaient dans la boue et sous la pluie à travers le sentier qui monte du Coteau-Rouge à Roxton Pond.

Ils avaient encore quatre bons milles pour arriver à destination ; mais, malgré leur fatigue, la pensée de la maison leur donnait des forces et ils marchaient d’un pas rapide.

Enfin, vers dix heures du soir, Joseph Jean arriva au seuil de sa maison, avec ses trois compagnons.

Tout semblait dormir, à l’intérieur. Il souleva la clenche de la porte et ils entrèrent.

Madame Jean, son fils et ses deux filles se réveillèrent en sursaut. Mais la peur fut bientôt passée et ce furent des joies, des embrassades à n’en plus finir.

La chandelle avait été allumée.

Au milieu des accolades générales, Pitre s’approcha d’Adamanta, lui jeta sournoisement sur le cou un beau collier de perles bleues qu’il avait acheté à son intention et attendit l’effet.

Adamanta le regarda froidement, prit le collier, le jeta par terre et détourna la tête.

Une flèche empoisonnée traversa le cœur de Pitre. Il eut froid jusque dans les cheveux.

— Ah ! dit-il, je n’aurais pas dû partir.

Grignon parut tout étonné.

— Voyons, demanda-t-il, qu’est-ce qu’il y a ?

Adamanta l’entraîna dans un coin.

— Il y a, dit-elle, que Pitre a volé, voyez plutôt !

Et elle tendit à Grignon un morceau de papier tout froissé où ce dernier put déchiffrer, en substance, l’histoire de la hache.

— Ce n’est que cela ? dit-il ; dans ce cas, tu peux embrasser Pitre et prendre son collier. Cette lettre est une nouvelle mauvaiseté de Michel Béliveau qui est fieffé coquin. Brûle-moi ça ; je réponds de Pitre.

Adamanta ne demandait pas mieux que de croire. Les préliminaires de la paix furent arrêtés. Nous ne savons pas si Pitre put définitivement se blanchir au parfait ; mais tout ce que nous pouvons dire, c’est que, un mois après, l’existence d’Adamanta était attachée à celle de Pitre par un lien plus durable que le collier de perles bleues.

Joseph Jean est mort depuis longtemps et Célestina, malgré qu’elle en fit, a coiffé la sainte Catherine, en dépit de ses atours remarquables. Mais Pitre est encore l’un des cultivateurs les plus aisés de Milton où il a pris une terre nouvelle et où Adamanta trouve déjà la maison trop petite pour loger sa nombreuse lignée.

Malgré son âge avancé, il est encore robuste, et il ne craindrait pas, dit-il, de se mesurer encore avec Michel Béliveau, si, toutefois, ce coquin n’a pas péri de malemort, comme il a dû le mériter cent fois.

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