‹ Contes et nouvellesChapitre 13 sur 34 · 1

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La porte du pénitencier s’ouvrit toute grande et Jean Dutras se trouva libre, sur le chemin du roi se déroulant tout droit devant lui.
Un instant, il resta indécis, et ses yeux, faits depuis si longtemps aux préaux sombres de la prison, clignotèrent dans la grande lumière d’août. Puis, subitement, il s’éloigna, marchant à grandes enjambées, dans la hâte de sortir du village, de gagner la campagne, surtout de voir disparaître au plus tôt l’horrible mur de pierre derrière lequel lui, Jean Dutras, l’ex-forçat, avait perdu durant cinq ans jusqu’à son propre nom pour ne plus être qu’un numéro, le n∘ 213.

Et maintenant, il était libre. On venait de lui signifier son congé. Il avait payé sa dette à la société, et il pouvait, tout comme un autre, lever la tête et s’emplir les poumons de la tiédeur de cette splendide journée d’été. Dieu ! que c’était bon !

Jean Dutras était un beau et grand garçon de vingt-cinq ans, de forte carrure et au regard naturellement fier et droit. Mais la flamme de gaieté qui autrefois animait son visage avait maintenant disparu, et un pli dur et haineux creusait le large front, rappelant le calvaire gravi depuis cinq ans…

Il avait payé sa dette, et il serait désormais un honnête homme. Cela, il se l’était promis bien des fois, durant les nuits interminables où le souvenir de sa honte le tenait éveillé. Il l’avait surtout promis à sa pauvre mère, dont le portrait, enfermé dans un vieux portefeuille, ne le quittait pas, et qui avait manqué mourir de douleur en apprenant que son Jean, son petit Jean aux cheveux bouclés, avait été condamné, pour faux en écritures, à cinq ans de pénitencier.