‹ Contes et nouvellesChapitre 26 sur 34 · 4

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Or, voyez comme ça se trouve. Ce soir-là, le patron des cordonniers, saint Crépin lui-même, était venu passer sa veillée de Noël sur la terre, et il se trouvait à ce moment au beau milieu de la « savane », et marchant à grandes enjambées vers Saint-Hyacinthe. Quand je dis qu’il marchait, vous comprenez que c’est plutôt façon de parler, car vous pouvez croire que les mottes de terre lui étaient plutôt légères et qu’il glissait là-dessus que c’en était un émerveillement. Du plus loin qu’il entendit le couplet d’Aristide, il reconnut à qui il avait affaire et il se dit :

— La peste m’étouffe ! si ce n’est pas là ce sacripant de Belhumeur, et plus plein que jamais, aussi, le malheureux.

Il s’apprêtait à le morigéner d’importance, puis tout aussitôt il changea d’idée. On lui avait affirmé qu’Aristide était, en dépit de son vice, l’homme le plus charitable qu’on pût rencontrer et il voulut en avoir le cœur net.

L’instant d’après, Aristide s’entendait apostropher par une ombre surgie au beau milieu de la route et qui lui demandait la charité pour l’amour du Bon Dieu. Il faisait maintenant assez de lune pour qu’on pût distinguer une sorte de petit vieux à longue barbiche blanche et portant une besace au bout d’un bâton.

— Y a ben du bougre de sort là-dedans, bégaya Aristide, v’là les quêteux dans la savane, maintenant. Mais, c’est égal, batêche, la v’là, la charité, et de bon cœur.

Et puisant dans le sac où il avait mis ses emplettes de Noël il en sortit un beau pain tout doré qu’il remit au vieux. Et fouette César.

Le saint aurait pu en rester là, mais il lui en coûtait de se séparer si vite de ce bon bougre, et cela d’autant plus, comme vous allez voir, qu’il avait maintenant tout un plan en tête. Il faut vous dire, ici, qu’il avait pour ce gai luron une affection toute particulière, car il avait appris tout récemment qu’Aristide s’estimait on ne peut plus fier de l’avoir pour patron. À preuve l’enluminure mise en bonne place dans sa « chambre de compagnie » où lui-même, le saint, était représenté en tablier de cuir et tapant à tour de bras sur une semelle.