‹ Contes et nouvellesChapitre 27 sur 34 · 5

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Y a le gros Prudent, oui-dà !

Qui la voudrait, la jolie fille,

Mais qui ne l’aura pas.

Et youp ! et youp ! là, là.

César pouvait avoir trotté environ une dizaine d’arpents quand il s’arrêta net, buté nez à nez avec ce qu’il semblait à Aristide être le même petit vieux de l’instant d’avant, tandis que la même voix lamentable lui demandait encore la charité.

— Batêche ! v’là, pour sûr, la savane ensorcelée, que tous les quêteux se ressemblent ! Eh ben, oui, la v’là la charité, et sans rechigner, foi de Belhumeur.

Et puisant de nouveau dans son sac, il en sortit un autre pain tout doré qu’il remit au vieux. Et va donc, César.

Tout doux ! Prudent, oui-dà !

Domitille est brunette,

Mais tu ne l’auras pas.

Et youp ! et youp ! là, là.

Bon sang des sangs ! Vous me croirez si vous voulez, mais Aristide n’eut pas plutôt fait une autre dizaine d’arpents dans l’interminable savane, que voilà encore César qui s’arrête net, buté au même quêteux de malheur. Et ne me demandez pas comment cela pouvait se faire, car vous devez savoir que les saints, ça vole, sur les ailes du vent.

Cette fois, Aristide en restait tout ébaroui, tandis que, du coup, les dernières fumées de sa « fête » lui sortaient de la tête.

— La charité, doux Jésus ! clamait la même voix lamentable.

— Cré tord-nom ! hurla Aristide, je veux que le diable me patafiole si je comprends goutte à tout ça. Mais on me laissera donc rien à manger, à la fin des fins !

Puis, se ravisant :

— Allons, oui, on va te la faire, la charité, mon bonhomme.

Et il remit au vieux un troisième pain. Il lui en restait un autre pour sa Noël, mais sortirait-il jamais de l’infernale savane ?

Et il allait fouetter César, quand le vieux, cette fois, saisissant le cheval à la bride, le retint immobile en même temps qu’il tenait ce discours à Aristide :

— Oui, au fond, tu es une bonne pâte d’homme, et il te sera beaucoup pardonné pour cela. Trois fois je t’ai demandé la charité, et trois fois tu m’as secouru. En récompense, et à mon tour, je te promets d’exaucer les trois premiers vœux que tu pourrais avoir à formuler. Tu n’auras qu’à t’adresser à moi, ton patron, et ce sera fait.

Et il se nomma. Aristide sentit ses cheveux qui se hérissaient sous son casque en même temps qu’un petit froid lui descendait au creux du dos. Et il faut avouer, aussi, qu’il y avait de quoi, car une flamme bleuâtre courait maintenant tout autour de la tête du saint, et de toute sa personne soudainement grandie émanait une lueur diffuse. Ce fut, du reste, très court et, le temps de le dire, pfuitt ! l’apparition s’était évanouie en fumée.